La harpe du driseoc

Krrrââââââ !!!! On disait autrefois que les corbeaux étaient messagers des dieux... / Puck-le-Fou vous présentera, sur ce blog, la naissance d'une BD celtique et pourquoi pas, quelques vieilles légendes.

11-11-09

Ygerne

Encore un personnage dont la fiche n'était peut-être pas indispensable... Elle apparaît en effet assez peu. On la voit, à l'arrière plan, d'abord, et puis, sur une scène, on la voit mieux et elle est même amenée à prendre la parole et en public encore (chose que n'aurait jamais pu faire Belsen).

On la voit tout de même assez, au cours de GRISANDOLE, pour que j'en parle.

Au début de l'épisode, Uther est encore célibataire, mais l'histoire se déroule sur plusieurs années. A la date de l'action principale, elle est à ses côtés et un petit Artus de quatre ans joue dans les couloirs du palais.

La première chose qui frappe, chez elle, c'est sans doute ses cheveux, les mêmes que ceux de ses soeurs Morrha et Morgause, d'un rouge éclatant. La seconde, ça sera peut-être son calme et sa majesté, car à la différence d'Uther, elle est princesse jusqu'aux dernières fibres de son être.

Encore que ? Uther, si peu "royal" qu'il soit, est tout de même "premier", même s'il n'épprouve pas besoin de le montrer... Mais ça, ce sera dans des épisodes ultérieurs que ça sera dévellopé.

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08-11-09

La taverne de Diogène - IV -

Retrouver l'épisode 1

Cette terrible journée resta ancrée dans la mémoire de chacun des enfants de Margot et Théophile pendant des années, y compris dans celle de Marinette, qui n'avait pourtant pas encore deux ans pleins. Seule Gatienne, qui dormait paisiblement dans son couffin et ne s'était rendue compte de rien eut le désespoir d'avoir été présente et de ne pas se souvenir.

Tandis que la mère Moniot examinait d'un oeil soupçonneux les deux arrivants en se demandant s'il fallait les inviter à partager le repas du soir ou bien les envoyer se faire cuire un oeuf à l'auberge du village le plus proche, que Margot faisait montrer à toute sa marmaille des mains plus sales que propres mais qui le resteraient parce qu'il n'y avait ni source ni ruisseau près de ce charmant pré où la taverne s'était arrêtée pour la nuit et pendant que le Père Moniot et Théophile achevaient d'enfoncer dans le sol les piquets pour attacher les mules (toujours à s'ensauver ces bêtes-là!), lesdits arrivant, l'un saisissant un gourdin (que personne n'avait remarqué jusque là), l'autre arrachant du sol un jeune arbre et le débarrassant de ses branches (même ustensile, au final, mais au moins, comme le fit immédiatement remarquer Constance à Bernardine, on sait où il l'a trouvé). Ceci fait, ils eurent, ainsi que le souligna Constance (encore elle) un instant d'hésitation, se penchant (se penchant même beaucoup, en raison de leur très grande taille, nota Bernardine) sur Edmonde, puis sur Marjolaine, puis sur Rolande, puis encore sur Edmonde, et ainsi de suite, avant, finalement, de se regarder l'un l'autre, puis de chercher aux alentours.

Ici, Armande fit à l'oreille d'Ermeline la remarque qu'ils devaient être en train de chercher Alban et qu'il était heureux qu'il soit encore dans le sac à couture de Marjolaine. S'étant grattée le nez pour marquer que la chose méritait d'être réfléchie, Ermeline se haussa sur la pointe des pieds pour répéter la chose à l'oreille de Constance, parce que Constance était la plus maligne de la famille et qu'elle saurait lui dire si c'était bien comme ça. On vit alors une paire de petits yeux toujours plissés s'agrandir, puis Constance, tiraillant ses deux nattes en même temps, consulta Bernardine, qui fit appel à son tour à Jacquette, laquelle fut empêchée de consulter Diogène par Théophile qui entendait, attaque de malvoulants ou pas, voir ses enfants manger leur repas chaud.

Pendant ce temps, les deux individus armés de gourdins mais dénués de cervelle (même d'une seule pour deux) avaient pris le parti que l'un d'eux empile Edmonde, Marjolaine et Rolande comme des assiettes sur les bras solides de l'autre et dépose le gourdin désormais non tenu par-dessus la pile.

- « Je vous de m'excuser, messieurs, mais si vous avez envie d'enlever mes filles, faites-le après le repas, ça vaudra mieux... Sinon, vous allez devoir leur trouver à manger, et je vous préviens, celle-là, elle est difficile. »

Edmonde, se sentant sans doute visée, rougit, ce qui eut pour effet que le plus chevelu des deux monstres, arrachant Marjolaine et Rolande des bras de son compagnon, les jeta à terre sans ménagement, l'air d'être sûr que c'était bien celle-là qu'ils cherchaient.

- « Je me demande s'ils savent parler autrement qu'en grognant » lâcha Constance entre deux cuillers, sur un ton un peu évaporé, qui fit craindre à Margot qu'elle oublie de manger et lui fit, par conséquent, venir reverser de la porée à la savante de la famille (on ne sait jamais).

Tandis que Rolande et Marjolaine se relevaient en se débarrassant l'une l'autre des épines de pins restées accrochées à leurs robes (a-t-on idée de jeter les gens dans des épines!), un grondement se fit entendre dans l'un des sacs à ouvrage. Celui de Marjolaine, pour être exact... Vous l'aurez compris, c'était Alban, mais un un Alban pas tout à fait comme d'habitude. Un Alban qu'on avait encore jamais vu. Un Alban tout de noir vêtu, portant immense cape semblant de fourrure d'ours, coiffe de feutre noir orné de médaillon d'argent, ceinturon tout de grosses plaques gravées de toutes les phases de la lune, et tenant contre lui un grimoire relié de cuir noir et renforcé de ferrures blanches comme argent pur. Plus inquiétant encore: ses jolies boucles blondes étaient devenues noires. A son côté, le petit poignard tout fin avait laissé place à une dague de belle taille qui valait presque une bonne épée.

- « Holà ! Veuillez lâcher cette demoiselle et venir vous battre, si vous l'osez ! Ce sera aux armes de votre choix!

- Heuuuooonnnn ????

- Aaaagghh ? Mmmmhhh ??? »

Hochant la tête en avalant sa porée, Constance leva un doigt pour donner indication à Bernardine de dire sa pensée.

- « Ils ne parlent pas. »

Pensée qui, si elle était bien celle de Constance fut cependant très vite démentie.

- « Il nous prend pour qui, l'autre, là ?

- On est des bandits, pas des chevaliers.

- Je ne suis pas chevalier non plus, mais cette demoiselle est soeur de celle que j'aime. Je ne laisserai personne lui faire du mal.

- Ah zut... On s'est trompés... Normalement, on doit enlever la fiancée du neveu du roi.

- Le neveu du roi c'est moi, là d'où on vient, vous et moi, mais ici, je ne suis rien, même pas le fiancé de qui que ce soit... Pas encore... Et vu la tête que tirent les parents et les grands-parents de ma mie, je doute que ça change bientôt.

- Ah... C'est notre faute, ça prince Ignacio... On aurait pas dû attaquer comme ça, sans se renseigner avant...

-Pis c'est embêtant, prince Ignacio... On fait quoi, si on peut pas enlever ta promise et que tu peux pas nous ratatiner pour ça ? »

Alban (?) eut alors un petit rictus assez inquiétant, avant de répondre sur le ton le plus courtois qui puisse être :

- « Oh... Si cela peut vous donner satisfaction, je suis tout à fait d'accord pour un combat. Je crois vous l'avoir déjà fait entendre

- Ca va pas, prince... C'est pas comme ça que ça doit se passer.

- Ouais. Il a raison. C'est pas comme ça.. »

Ici, Diogène, désireux, pour une fois, de ne pas être pris de vitesse par ses soeurs, se hasarda à commenter tout haut :

- «  En vrai, dans le livre, le combat, il a même pas lieu. C'est que des vantards, ces deux-là. Dans le livre, quand le prince avec son armée de fantômes, il les poursuit, ils se sauvent comme des lapins et la princesse, elle en profite pour se sauver. »

Un peu inquiet, Théophile regarda son fils un instant, puis, certain qu'il ne mentait pas, se promit, à la première occasion, de demander à son ami copiste ce que c'était que ce prétendu roman de chevalerie où on croisait des princes sorciers et dont les personnages étaient tellement réels.

*


Découvrez Dan Ar Braz!

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06-11-09

Le ciel nous tombera-t-il sur la tête ?

Je ne pense pas que les gaulois avaient peur "que le ciel leur tombe sur la tête". "Ciel" est souvent une façon de désigner l'univers, le cosmos, le monde qui est en un certain temps. Je pense plutôt qu'il faut comprendre "que l'univers cesse d'exister".

Et pourquoi pas ? Les vickings, dont la cosmogonie est, par certains points, proche de celle des celtes, croyaient au Ragnarok... Mais le Ragnarok n'est pas la Fin absolue: d'après la prédiction des nornes, quand s'éteindra l'incendie de l'arbre Yggdrasil, embrasé lors des combats mais dont le tronc n'aura pas brûlé, un homme et une femme en sortiront et d'eux, sur les branches qui pousseront à nouveau à l'arbre, renaîtra un nouveau monde.

Qu'en était-il chez les celtes ?

Je dois dire que chez eux, les choses sont tellement cycliques que je ne vois pas, paradoxalement, parmi mes lectures, la moindre légende évoquant une "fin"... Et pourtant, de par cet aspect cyclique des choses, il est évident que ce qui est sorti de "l'Indifférencié" au début des temps y retournera, même si ça n'est que pour en ressortir sous une autre forme.

Donc... Oui, je pense, ils croyaient à la possibilité de la fin du monde. Mais la craignaient-ils ? Grave question, ça...

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04-11-09

L'Auberge du bout du Monde

L'Auberge du bout du Monde

Prugne et Oger

Quand j'ai ouvert cette BD...

C'est bien simple : j'en suis restée sans voix.

Depuis les Compagnons du Crépuscule (Bourgeon), je n'avais plus resenti un tel émerveillement. pas grand-chose en commun, pourtant...

Au niveau graphisme, ça se rapprocherait plus du "Col du vent" (oh que c'est vieux, ça?), c'est à dire que c'est tout en nuances d'aquarelle qui donnent une impression constante que le vent de Bretagne a soufflé sur les pages et que la brume marine y est restée accrochée comme aux rochers.

Au début, tout semble normal, mais ça ne dure pas. Dès l'arrivée à l'auberge, on sent que quelque chose ne va plus, que ce pays n'est pas désert pour rien et que les petites formes sombres dans la cuisine ne sont pas des rats. On sait que l'aubergiste malade ne délire pas.

Mais ça n'est vraiment qu'à la fin, alors que le vieil homme a raconté bien des choses étonnantes, qu'on se rend compte à quel point rien ne va plus dans cet endroit coupé du monde et à quel point, depuis le tout début, rien n'allait dans cette histoire. Parce que... Rien de tout ça n'aurait jamais dû se produire. Un élément crucial aurait dû y manquer...

Et pourtant, tout cela s'est produit.

Mis à part cette narration magistrale sur un scénario somme toute assez simple (c'est ce qui en fait le charme), les costumes sont merveilleusement soignés, les physionomies également. Les dates choisies avec grand soin. L'ensemble est splendide.

Quand au dessin : j'ai dit plus haut ce que j'en pense. Qu'est-ce que je voudrais savoir manier l'aquarelle avec une aisance pareille ! Moi qui suis un manche avec un pinceau !

Ca n'est pas un magazine qu'on trouve très facilement, mais en cherchant un peu, ou bien si on a un marchand de journaux qui, justement, l'a en rayon, ou bien en allant voir sur leur site... Ca peut se faire !

En tous cas, outre que c'est un magazine assez sympa (le site est dans ma colonne de liens), si je fais, un peu de pub pour eux, aujourd'hui, c'est aue j'ai un conte à moi dans leurs pages.

Eventuellement, si le conte vous a plu, vous pourrez venir me le dire ici !

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02-11-09

La taverne de Diogène -III -

Retrouver l'épisode 1

S'étant chargée d'un passager supplémentaire, quoique peu encombrant car épisodique et doté, de plus, de l'étrange capacité de réduire sa taille à celle d'une souris, la Taverne du Père Moniot devint très vite plus florissante qu'elle n'avait jamais été.

Fini les tonneaux trop rapidement vidés. Fini les jambons trop petits. Fini les roues qui tombent dans une ornière et que les enfants doivent aider à dégager. Au moindre petit souci, la solution était devenue de faire signe à Marjolaine pour qu'elle sorte son promis de son aumônière et lui demande ce petit service. En général, le très courtois jouvenceau tout de blanc vêtu ne se le faisait pas dire deux fois et, tant qu'il y était, après avoir rempli les tonneaux ou remis la charrette sur la route, il enchaînait en proposant son aide pour plumer le poulet du repas du soir ou bien tenir l'écheveau de laine du tricot de Margot, ou bien aider Théophile à apprendre leurs lettres aux enfants, ou bien étriller les mules fatiguées, ou bien...

En bref : on ne l'arrêtait plus... Notons au passage que tout ce qu'il faisait, il le faisait sans se faire jamais le moindre tache, ni sur lui, ni sur ses habits, et puis, chaque fois, de manière quasiment imprévue, il disparaissait et on le retrouvait caché dans un coin, pas plus grand qu'une souris. Alors, Marjolaine lui donnait un bol de soupe bien plus grand que lui, mais qu'il avalait vaillamment avec un gros morceau de pain, puis elle le soulevait par sa petite cape toujours immaculée et elle le glissait dans sa bourse ou dans son sac à ouvrage.

Evidemment, mieux valait un galant comme celui-là qu'un gros vilain paresseux qui n'en aurait eu qu'à la vertu de la fille, mais Théophile, malgré tout, se posait quelques questions.

La première de ces question était celle-ci : « Cet être est-il réel ou vient-il vraiment de cette saleté de bouquin ? »

Comme il avait, sur un mouvement d'humeur, lancé le livre dans une rivière, il n'avait plus guère de moyens d'en avoir la réponse.

La deuxième de ces questions était celle-ci: « Est-il bien chrétien de laisser ma fille épouser cet être ? »

Alban (de tous les noms donnés à l'étrange jouvenceau, celui-ci, qui était venu de la Mère Moniot, semblait devoir lui rester, nous allons donc l'employer) n 'ayant pas grand mal à se trouver en présence d'une croix ou même à entrer dans une église, Théophile en était venu à penser que, peut-être, ça pouvait se faire.

Le problème allait être de le convaincre qu'il devait, pour cela, prendre dimension humaine et ne pas la quitter.

De l'avis de la mère Moniot, et il était absolument sans appel, Alban était un lutin, mais il était impossible qu'il s'agisse d'un nuton, car les nutons sont créatures d'aspect empâté et celui-là était, grand ou petit, beau comme un ange. Il ne pouvait non plus s'agir d'un puck, car cela avait été convenablement vérifié, sa belle chevelure bouclée aux tons ensoleillés ne dissimulait pas la plus petite corne. Un temps, la mère Moniot avait pensé à un lupron, mais elle s'était ravisée en constatant que le damoiseau avait peur des souris.

- « Hé! C'est que ces choses-là, la Mère, ça mange le papier! »

L'explication donnée là par le Père Moniot à cette frayeur qu'il n'aurait ordinairement tolérée chez personne, laissa la Mère Moniot très dubitative, mais convint à tout le reste de la famille.

- « Il est plus dans son livre. Il s'habituera. »

Et de fait, Alban s'habitua très vite. Preuve en fut qu'au premier marché qui lui en offrit l'occasion, il fit l'acquisition d'un couple de furets qui, dès lors, traquèrent les voleurs à longues incisives qui oseraient attaquer les provisions de la taverne.

A le voir, désormais, se promener sur le dos de ces bêtes-là quand il reprenait sa petite taille, la mère Moniot fut plus convaincue que jamais d'avoir affaire à un lutin et sûrement pas à autre chose. Théophile, lui, au vu de ses prouesses d'équitation en vint à se demander ce que pouvait bien être Alban, dans ce fichu roman, s'il n'était pas chevalier.

Mis à part qu'il se nommait Ignacio, dans son livre, et que ce prénom, s'il plaisait beaucoup à Marjolaine, avait le don d'agacer de façon absolument unanime tout le reste de la famille, on ne savait pas grand-chose de lui... Ah vraiment, quel bêtise d'avoir jeté ce livre ! Encore que ? Sait-on jamais ? S'il était venu à l'esprit d'un autre personnage de prendre vie ? Au moins, celui-là n'était pas dangereux, et même était assez gentil, mais si ça avait été un gros vilain géant ou bien un dragon ? Hein ? Qu'aurait-on fait, alors ?

Théophile, donc, finalement, était sans trop de regrets de son acte, le jour où il eut la très mauvaise surprise de découvrir Diogène, Constance et Ermeline à plat ventre dans l'herbe, en train de lire le fameux roman.

Mis à part une certaine difficulté de compréhension due à l'absence du héros dans le livre, les enfants ne signalèrent rien de particulier. Le livre fut donc rangé soigneusement hors de leur portée, et on passa à table, car la porée était chaude et le poisson grillé.

Etait-ce l'odeur du repas qui les avait attirés ?

En tous cas, avant même que les bols soient remplis, une paire de ribauds aux mines fort peu engageantes fit son apparition, sans qu'on aie bien compris de quel côté de la route ils étaient venus.

Episode 4

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31-10-09

Le Corps Sans Ame

Le "Corps sans Tête" remonte aux traditions celtes.

Cette étrange créature (et encore plus étrange du fait qu'elle a, en fait, une tête) entre dans la catégorie des monstres errants dans la nuit et qu'il est dangereux de croiser sur son chemin.
Selon certains, le Corps Sans Tête serait unique et serait né d'une sirène violentée (ou séduite puis abandonnée) par un loup-garou. Dans tous les cas, il se reconnaît de loin à sa tête très ronde et au fait qu'il marche sans but. On peut assez aisément le comparer à l'image qu'on a de nos jours des zombies, car finalement, cet être erre en but de ce qui lui manque: une âme.

Quittons les légendes celtes et les traditions transmises rendues floues par les siècles et la christinisation qui est passée sur les populations des régions de la zone "celtique", pour l'est de l'Europe (celtique aussi, à une époque, d'ailleurs...) et le XVI° siècle.
Trois croyances, alors, s'y cotoient, qui, à la fin du XVII°, se seront fondues pour n'en faire plus qu'une.
- Les vrykolakas ou broucolaques,  sortes de fantômes, âmes en peine échapées de leurs sépultures, défunts morts en état d'excommunication et qui sont, en général rendus à la paix par une simple réintégration en la communauté chrétienne.
- Les lycanthropes ou loup-garou, humains capables de communiquer avec les loups et d'en prendre l'apparence. Réputés avoir de grands appétits sexuels et être très violents (donc facilement accusés de bien des choses). Soupçonnés facilement aussi de sorcellerie, mais pas automatiquement. Le mythe est entretenu par l'existence de personnes qu'une maladie héréditaire fait avoir une pilosité  hyperdévellopée.
- Les "prédateurs", créatures qui aspirent la vie (et le sang) non pas en mordant pour sucer le sang mais à travers la peau ou même à distance. On peut les associer aux "masticateurs", apparus en différents endroits d'Europe depuis le XIV° (étrangement partout là où passe la peste), et aux "cadavres suceurs" apparus en Angleterre au XI° (encore des histoire d'excommuniés comme les vrykolakas, mais avec ceux-là, le seul remède était la destruction du corps par le feu)
*

Comme le "prédateur", "le Corps Sans Tête" aspire l'essence vitale... Ou plus exactement, l'âme, qu'il n'a pas. Car il n'a pas besoin d'aspirer la vie, étant lui-même immortel. En cela, il diffère grandement du vampire.
Est-ce que le "Corps sans Tête" (je traduirais plutôt "Corps Sans Ame") a un défaut à sa cuirasse ? Je n'en ai jamais trouvé mention nulle part, mais il est vrai que le mythe est assez peu connu, comme bien des mythes anciens.
S'il n'en a pas, il n'en est que plus dangereux... Mais ne tremblez pas trop, quand même, car il est unique et le mythe ne fait pas non plus mention de la possibilité d'une contagion.
*
Il en va autrement des "cadavres suceurs" du XI°, des "masticateurs" du XIV° et des "prédateurs" du XVI°. Ceux-là sont des dévoreurs avides à qui il faut des victimes fréquentes et qui, de plus, semblent de reproduire, puisqu'on en voit de véritables épidémies.

Il sont, en cela, très semblables aux vampires de certaines légendes de la fin du Moyen-Age (origines du mythe). Dans ces versions, point de crocs, ni de morsure, ni même de succion du sang. Le vampire dévore l'âme de sa victime à distance, ce qui le rend encore plus redoutable. Comment, en effet, échapper à un monstre qui peut vous tuer sans même se lever de sa tombe ?
Quand au broucolaque,, en sa qualité d'âme errante sortie de la tombe pour attaquer les vivants et boire leur sang, il tient une position intermédiaire entre le fantôme, le vampire et le loup-garou et porte en lui pas mal d'éléments du mythe vampiresque actuel.

Pleine Lune = 2 novembre

Nouvelle Lune = 16 novembre

29-10-09

La taverne de Diogène - II -

Retrouver l'épisode 1

La taverne du père Moniot aurait pu rester à jamais un simple tonneau, même très grand, hissé dur une charrette. L'attraction faisait déjà une bien belle enseigne, certes et la cuisine de « la mère Moniot » et de sa fille étant connues en tous lieux depuis longtemps, on se pressait autour des deux charrettes et des mules sitôt qu'on apercevait, sur un marché, le fameux tonneau sur lequel, s'aidant du grand filet que leur père avait tendu pour y accrocher des feuillages, les enfants grimpaient admirer le paysage.

Mais la taverne de Diogène ne serait jamais devenue ce qu'elle est si elle avait seulement été cela, et comme vous vous en doutez, elle ne le resta pas bien longtemps.

Diogène avait, je crois, six ans, quand Théophile, lors d'une halte, en prenant dans le fond du charriot-tonneau une couverture pour y emballer Amandine, petit bout de femme de trois ans qui venait de tomber dans une mare en voulant y cueillir un nénuphar, découvrit caché là un individu qui n'avait rien à y faire.

Ah non... Vraiment rien... Qui donc avait bien pu laisser entendre à ce jouvenceau aux habits d'un goût vestimentaire impeccable, quoique sans prétention, au visage tout aussi exempt de boutons que de barbe ou de crasse, à la ceinture modeste mais bien ouvrée soutenant une dague de belle facture mais sans prétention, qu'il y avait place pour lui dans ce chariot ?

De stupeur, Théophile regarda autour de lui. Non, c'était pas normal... Le père Moniot, la mère Moniot, la Margot, lui-même, les gosses, rien que des mochetés. Y'avait jamais eu que des gens moches à faire peur dans ces deux charriots. Ce type créait un précédant inquiétant.

Du coup, étant de nature à vouloir chercher des explications, Théophile se mit à passer en revue sa marmaille, leur faisant signe de se ranger pour qu'il puisse le faire à son aise. Ah mais... Qu'est-ce que c'était donc que ça ? On allait pas lui faire avaler, à lui, que ce joli page tout droit sorti des pages d'un livre enluminé était venu là tout seul ? Sans blague ? Et Théophile, secouant vivement la main parce que le rang n'était pas assez rapide à se former, scrutait attentivement tout son petit monde.

Les premiers à se voir autorisés, d'un geste vif du revers d'une grande main osseuse par dessus l'épaule aigüe comme pin bien fier, à retourner à leurs occupations, furent Diogène et les plus petites soeurs. Le père Moniot s'était joint à Théophile pour l'interrogatoire muet, mais les suspectes, non seulement ne disaient rien mais ne laissaient rien transparaître dans leurs gestes ni dans leurs regards.

La Mère Moniot s'en mêla, menaçant toute la famille des pires calamités cuilinaires dont elle soit capable. Rien. C'était à n'y rien comprendre.

Margot, enfin, se décida, et elle n'y alla pas par quatre chemin: elle arracha du rang, sans ménagement, sa grande bécasse de Marjolaine, une idiote qui, à quatorze ans, cherchait des trèfles à quatre feuilles dans toutes les pâtures et laissait toujours un quignon de pain pour les lutins près de la taverne. A coup sûr, c'était un coup à celle-là, ça !

- « Dis donc, toi, le beau monsieur, avec ta jolie mine à bailler aux corneilles et à raconter des poèmes, ça serait pas que tu t'es ennamourraché de ma petite merveille, dis ? »

Théophile se garda bien, puisqu'il avait fait chou blanc, d'intervenir. Il aurait été trop tenté de glisser à sa femme que qualifier Marjolaine de « merveille » était sûrement très abusif. Elle avait hérité de lui son nez crochu, ses joues maigres et ses grands pieds, et de sa mère, ses cheveux de crin de cheval et toujours gras.

Contre toute attente, le jouvenceau se mit à secouer frénétiquement la tête.

La Mère Moniot, coupant la parole au Père Moniot qui, du coup, se contenta de lever les bras au ciel, prit sa voix la plus gentille, celle habituellement employée pour donner une cuiller de miel aux enfants quand ils étaient malade, et demanda :

- « Et d'où sortez-vous donc, comme ça, mon petit ?

- Mais... D'un livre, bonne dame ! »

Un livre ?

Théophile et Moniot regardèrent ensemble Marjolaine, puis ils regardèrent le jeune homme, puis ils regardèrent encore Marjolaine et encore le jeune homme. Et puis, d'un de ces bons qui époustouflaient toujours les clients de la taverne, Théophile fut dans le chariot, dans le tonneau, à l'endroit où il avait pris la couverture... Où, c'était bien ça, il y avait son panier à livre dessous.

Pourtant, aucun n'avait la moindre image, il en était certain.

Comment ça « pourtant » ? C'était ridicule... Images ou pas, ça n'aurait rien expliqué.

- « Qu'est-ce que c'est que cette histoire de livre ? Personne ne peut sortir d'un livre !

- Je le croyais aussi, messire, mais votre fille a beaucoup de volonté.

- Et que comptez-vous faire à présent ?

- Sûrement pas retourner dans mon livre. Celui qui l'a écrit ne m'a pas accordé une vie bien passionnante. Je serais donc très honoré si vous vouliez bien m'accorder la main de Marjolaine.

- Pardon ?

- Si vous désirez que j'accomplisse une quête quelconque avant nos épousailles, ce sera avec joie. Mais ne la choisissez pas trop dure, je vous prie. Je ne suis pas chevalier. »

Soudain, Théophile regrettait de n'avoir jamais lu le roman de chevalerie qu'un ami copiste un peu farceur lui avait un jour donné parce que le maître l'avait trouvé trop mal écrit.

-« Vous êtes quoi ? »

Dans la clairière, c'était un silence à entendre les écureils grignoter les pommes de pin. Le soleil dansait sur les nénuphars. Les enfants disposaient dans l'herbe des bols, avec des cuillers dedans. La soupe d'orties et de pois embaumait merveilleusement.

C'est alors que, sans que personne l'aie vu s'en aller, le jeune homme disparut d'un seul coup.

EPISODE 3

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28-10-09

Couleur du temps

Pas touché à une planche de la "Geste" depuis la dernière actu "Atelier".

Pas que je n'aie rien fichu de mes dix doigts et de mes crayons... Non...

Mais je n'ai pas réglé les doutes qui me taraudent à propos de la "Geste". Pas eu le temps de me pencher dessus. Réglé d'autres questions. Bossé d'autres sujets.

La priorité, entre mes deux BD a changé. Désormais, c'est sur "Code = Nestor" que portent mes efforts avant la "Geste"

Mais e ne délaisse pas le thème celte pour autant... Au contraire.

Ma priorité numéro 1 en ce moment est une série de dessins sur le thème de la mythologie celte.

Certains sont déjà rangés dans un des albums de ce blog. D'autres sont en travail. Je veux en faire au minimum une douzaine. Je n'ai pas de nombre exact, mais j'aimerais assez réussir à aller jusqu'à 15. Enfin... Vu le mal que j'ai à définir les sujets,ça  ne sera déjà pas facile d'arriver à 12, alors ! Rêvons pas !

L'hiver arrive. Le temps des colorisations se termine et j'en ai à finir d'urgence. Cet jiver je reprendrai mon travail de webmestre sur le site. Sûrement, il faudra, d'ici-làn que j'ai mis au clair mes idées à propos de la "Geste" !

" - Maitre, enseignez-moi le Zen.

- As-tu mangé ton riz ?

- Oui Maitre.

- Alors vas laver ton bol."

Tous les jours et à chaque instant, il est bon de vider ce qui se remplira ensuite.

Heu non... C'est pas tout à celte, ça.

Juste un tout petit peu plus à l'est...

Posté par SeleneC à 07:33 - - Sous le crayon - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26-10-09

La taverne de Diogène - I -

La taverne de Diogène est à ce jour bien connue là où il y a des tournois ou des foires. La bonne humeur de son patron y est pour beaucoup. L'apparence de la taverne, qui date à peu près du temps de la naissance dudit patron, y est pour bien plus.

Pour conter l'histoire de cette taverne, il faut remonter au temps où elle n'avait pas cette apparence et où personne ne la nommait la taverne de Diogène parce que, étant tenue par le grand-père de celui-ci, elle était alors la taverne du père Moniot.

Pourquoi le nommait-on ainsi, ce brave homme dont le prénom, oublié de tous sauf de sa femme quand elle était en colère, était « Innocent » ? Bien des raisons ont été avancées, et point toutes fort catholiques, disons-le. Quand à la taverne, c'était une taverne ambulante très ordinaire, montée sur une charrette que suivaient quatre mules souvent bien trop chargées. Le père Moniot conduisait la charrette. Sa femme et sa fille menaient les quatre mules attachées à la queue-leu-leu. Année après année, on les voyait se transporter de foire en tournoi et de tournoi en marché avec leurs tonneaux qui, il faut le reconnaître, étaient toujours de la meilleure qualité et jamais assez remplis pour n'être pas vidés plus vite que prévu. Quand à la cuisine de la taverne, pour être sommaire et faite sur un simple feu de camp, elle était toujours parfaite.

Le seul défaut que cette taverne aurait pu avoir, c'était la fille du tavernier, grosse, laide, empestant l'ail et le fromage, le cheveu gras et l'oeil bigleu, un pied tordu et l'esprit un peu lent à la détente. Encore fille à vingt-cinq ans, elle faisait lever les yeux et les bras au ciel à sa mère, quand à son père, il avait depuis longtemps renoncé à lui expliquer que les princes charmants vêtus de blanc ne s'arrêtent pas dans les tavernes.

- « Pendant ce temps-là, disait-il, elle ne fait pas de bêtises... »

Ce à quoi sa femme lui répondait invariablement:

- « Faudrait encore qu'elle trouve quelqu'un qui aie envie d'en faire avec elle. »

Tout vient à point à qui sait attendre.

Un soir de beuverie un peu plus prononcée que de coutume, et après quelques parties de dés plus ou moins désastreuses, le jeune Théophile, cinquième élément mâle d'une nombreuse fratrie, et destiné par cet état de choses à des études de théologie qui feraient de lui un de ces grands prélats qui disent en tous lieux ce qu'il est bon de faire ou de ne pas faire, se hasarda à tomber amoureux.

Le jeune homme n'avait pas précisément le profil parfait du prince charmant tout de blanc vêtu: il portait une cotte noire toute rèche et démodée depuis au moins soixante-dix ans, il avait un nez rien moins que crochu, assorti à ses joues creuses et à ses petits yeux orangés tout brillants. Ses bras étaient maigres comme des ceps de vigne, et une de ses chaussures laissait voir le gros orteil.

Chacun sait bien que l'amour est aveugle. Théophile, peut-être parce qu'il avait souvent le ventre creux, trouva charmante l'odeur d'ail et de fromage de Margot. Margot, peut-être parce que, comme son père et sa mère, elle portait des sabots, chose qui ne se crève pas, s'attendrit devant le gros orteil dépassant de la chaussure trouée.

Vous l'aurez compris: quand la taverne du père Moniot se remit en marche, elle emportait avec elle le petit clerc Théophile et ses maigres hardes. Il épousa Margot à la première chapelle venue et dès lors, à chaque printemps, la charrette se chargea d'un passager supplémentaire.

La science des chiffres et des lettres de Theophile aida Moniot à tenir mieux ses affaires et après avoir augmenté le nombre des mules afin de porter plus de marchandises et de porter aussi les enfants (rien que des filles, sacrebleu!), on se décida, une année, à acheter une deuxième charrette.

Quand la décision se prit, Margot, entourée de sa mère et de ses neuf filles, préparait la venue du dixième morveux de la famille et Moniot sentait venir qu'à ce train, à force de transporter des habits et autres affaires pour tout le monde, on allait plus pouvoir transporter de marchandises. Pour un peu, il aurait regretté le temps où sa fille était vieille fille.

Théophile, se sentant sans doute un peu coupable, ne disait rien et brossait les sabots des mules avec acharnement, montrant à ses filles ainées comment faire pour que ça soit bien propre et pour que la bête ne file pas un coup de pied en traître pendant qu'on ne regarde pas.

La venue du premier garçon de la fratrie fut un terrible choc. Personne ne s'y attendait. A tel point que le seul prénom envisagé était « Roseline » et qu'il ne convenait, à l'évidence, pas du tout.

C'est alors que les yeux de Théophile se portèrent sur un énorme tonneau qu'on évacuait d'une taverne (une taverne ordinaire celle-là, avec des murs et une cave), un gigantesque tonneau vide où le duc Guillaume aurait facilement pu faire entrer une vingtaine d'hommes en armes.

Il alla vers le tavernier qui supervisait les opérations, discuta un peu avec lui, puis revint.

-« Mon fils s'appelle Diogène, Père Moniot, et si ça ne te fait rien, nous allons installer notre taverne dans un tonneau. »

EPISODE 2

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24-10-09

Il était une fois ... (7)

Le poing serré sur le lacet de cuir rouge qui s'enroule autour de la poignée de son épée, Bréa s'efforce de cacher la peur qui lui tenaille le ventre. Ses frères et ses cousins doivent être fous, pour avoir convaincu l'oncle de l'absolue nécessité de cette attaque. Le père de Bréa n'était pas d'accord, et plusieurs autres anciens ne l'étaient pas non plus. Trop risqué. Pas assez à gagner. Trop près de l'hiver. Trop loin du camp, de l'avis de certains. Trop près de l'avis d'autres.

Cheval-Soleil, blessé par une pique, a chuté et dévalé la pente. Bréa est resté accroché à un buisson, moulé par le choc, mais vivant, et terrorisé. Il écoute son cheval hennir, un peu plus bas. C'est lui. C'est sa vie. C'est sa force vive. Cheval-Soleil ne doit pas mourir.

Tout ça, c'est la faute de Caille. C'est lui qui a eu cette idée stupide. Ou peut-être que c'est sa faute à lui, Bréa, puisque c'est le frère de sa femme qui est venu leur parler de cette expédition à laquelle, finalement, il n'y a pas grand-chose à gagner.

Pas autant que ce que d'autres y gagneront... Car ces pauvres pillages de récoltes, Bréa le voit bien, ne font que préparer celui des maisons rassemblées pour défendre leurs métaux et leurs étoffes. Culantos, hier au feu, parlait de revenir prêter sa lance ici. Le pillage est tentant.

Bréa, lui, regrette déjà les grands arbres près desquels il a laissé Abona, les jumeaux, et tout le camp. Il n'est pas inquiet. Il y a suffisamment de monde là-bas, suffisamment d'hommes, de jeunes gens, de femmes sachant se battre, pour qu'une attaque ne soit pas à craindre. Il a seulement envie de rentrer. Soir après soir, il pense la même chose et ne dit rien. Jour après jour, il se tourne vers le soleil, au moment où il a encore la couleur de la robe de son cheval, et il s'immerge dans sa lumière, après quoi, il est brûlant comme le bronze qui n'a pas encore refroidi et capable tout le jour sans jamais prendre un instant de repos. Culantos le regarde chaque soir avec une méfiance un peu plus envieuse. Il se sent menacé, lui, le fils aîné du chef, le plus habile guerrier. Il voit son cousin devenir capable de passer devant lui.

Ca n'est pas une belle expédition. Pueslos a été blessé l'autre jour. Blessé fort. Une expédition avec des blessures sérieuses, ça n'est pas une expédition réussie. Encore un peu caché par son buisson, Bréa masse son épaule gauche, qui a l'air d'avoir reçu vraiment un très mauvais coup. Il n'a pas le temps d'approfondir. Un cavalier est sur lui, hache levée. Se penchant, d'abord, puis agrippant au passage l'animal comme il sait le faire, il plonge d'un coup sec son épée dans la jambe qui se présente à lui, avant de se hisser sur le cheval et d'étourdir le cavalier.

Ce que deviendra ce manieur de hache, Bréa n'en sait rien. Il a un cheval, et s'en sert le reste de la journée. Cette monture-là ne vaut pas Cheval-Soleil, mais lui est dans une rage folle. Il n'a plus envie de se souvenir d' Abona, de la forêt, ni des jumeaux. Il n'a pas envie de penser à son cheval blessé. Il n'a plus envie de voir les piques et les haches qu'on lève vers lui. Il a seulement envie de frapper et de tuer. Il frappe. Il frappe sans cesse et le plus fort possible, avec toute la précision qu'il y mettrait s'il s'agissait d'une chasse au loup ou au cerf. Il frappe et puis c'est tout. Parfois, il sent une déchirure dans son bras Il ne s'en soucie pas. Le ferait-il s'il était en train de lutter contre des loups ? Quand le soleil se couche, il est en train de poursuivre un fuyard. Il s'arrête. Il regarde le ciel changer de couleur. Il se rend à peine compte que son frère Fuimid, le retenant un peu pour qu'il ne tombe pas de son cheval, car il vacille, le ramène à leur campement. Il s'y endort tout de suite, sans manger. Ou peut-être qu'il dormait déjà quand il est descendu de cheval. Il ne sait pas. Il ne sait plus. Et puis, il est déjà loin, quelque part là où l'esprit de la forêt veille sur Abona et les jumeaux.

Au matin, quand il se réveille, tout le monde dort encore. Le camp est gardé par Elig, le fils aîné de Culantos, mais il dort comme un bébé. Bréa ne le réveille pas. Il se dirige vers les chevaux. Il y a aperçu une tache dorée couchée dans l'herbe.

Ca doit être Lamios qui est allé chercher Cheval-Soleil et a pansé sa blessure... Mais il est en piteux état quand même. Courra-t-il jamais comme avant, le bel étalon couleur de bronze en fusion ? Ou boitera-t-il comme une pauvre rosse ?

Quelqu'un, aussi, a mis plusieurs pansements sur ses bras, un autour de sa tête, et un autre à son torse. Il ne s'est pas rendu compte qu'il était blessé. Pourtant, à son bras, ça doit être profond. Il y a du sang sur le tissu. A son front, c'est sûrement rien, il s'en rendrait compte. Bréa ne comprend pas bien. Il retourne s'asseoir. Il faut qu'il réfléchisse.

Pas le temps de penser. Quelqu'un vient poser un morceau du gibier grillé la veille au soir et un bol de bouillie froide près de lui. C'est Culantos. Il a les yeux remplis de quelque chose que Bréa ne lui a jamais vu avoir pour personne. Ce regard ressemble à celui de Semias le jour où il a tué le sanglier. Il lui parle avec le ton de respect qu'il n'a que pour parler aux anciens. Bréa a envie de se recoucher, tout à coup. Il a envie de revenir au matin précédent. Il a la tête qui tourne.

Culantos le fait asseoir et lui fait boire de l'eau. Il se rend compte, tout à coup, qu'il avait soif. Très soif. Il le fait manger un peu. Bréa fait signe qu'il se débrouillera seul.

Son silence a l'air d'inquiéter Culantos, qui va, en quête de renfort réveiller Fuimid et Lamios. Bréa regarde ses frères un moment, et puis, tranquillement, il déclare :

- « Sitôt que Cheval-Soleil et Pueslos peuvent voyager, je rentre. Faites comme il vous plaira. »

Culantos hoche la tête.

Le retour est décidé.

C'est drôle. Ca ne fait pas grand-chose à Bréa. Il a l'impression d'être en train de s'extirper d'un mauvais rêve.

Là-bas, là où ils se sont battus hier, on voit des oiseaux par grosses masses sombres.

D'un camp allié qui est du côté d'où vient le vent, on entend venir des rires épais. Tout près, il y a le camp du frère d'Abona et des archers de son peuple. On y entrevoit que ça bouge un peu, pour préparer les armes et soigner les chevaux.

Quelque part, loin d'ici, pas très loin d'une sombre forêt, il y a le camp, avec les bêtes à laines autour, et les chevaux plus loin. Oui, sûrement, c'est un rêve. Quand il en reviendra, il ira dans la forêt à la rencontre des esprits.

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Huitième épisode dans 6 semaines.

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L'histoire est lisible aussi sur le site.

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