Guillaume de Gellone a réellement vécu sous les règnes de Charlemagne et de Louis le Pieux (?). Il a tellement bien existé que l'Eglise le célèbre le 28 mai, sous le fort joli nom de "Saint Guillaume du Désert". Cependant, il serait très abusif de dire que les chansons de gestes qui relatent sa vie sont de l'ordre de l'historique. Guillaume "au Fier Bras" est avant tout un personnage de légende. Ne vous étonnez donc pas si les sarasins présentés dans cette histoire n'ont que peu à voir avec les arabes du IX° siècle...

D'autre part, j'ai recomposé ce récit d'après plusieurs des chansons consacrées à Guillaume. Leurs rédactions sont à situer sur une très longue période. Diverses influences s'y font sentir... Et surtout, les faits relatés ne sont pas toujours tout à fait cohérents de l'une à l'autre.

Les amours de Guillaume et Orable (3)

Contre toute attente, la ville de Nîmes est prise rapidement et sans perdre aucun chevalier ni homme homme d'armes. Guillaume prête hommage à Louis pour son fief. Le voilà comte, ou bien marquis, car en ce temps-là, un marquisat est un comté situé sur les marches du royaumes, et c'est le cas ici.

Mais alors que les troupes de Guillaume se reposent dans Nîmes à peine conquise, on découvre dans les environs de la ville un malheureux vêtu de haillon et complèement affamé. Chose rare dans la région, c'est un chrétien, ce qui attise la curiosité et amène à le conduire à Guillaume. Il s'agit d'un chevalier évadé des cachots de la ville d'Orange. Son récit à propos de la ville fait rêver les chevaliers. Orange est une merveille bien plus grande que Nîmes !

Mais à Orange... Il y a une merveille encore plus grande... Il y a Orable.

Depuis plusieurs mois déjà, le mariage de la princesse est sans cesse retardé, car des choses effrayantes et merveilleuses se produisent au palais du roi Carreau sitôt qu'on y festoie. Sans nul doute, le diable ou bien quelque sorcier s'est mis en tête de tourmenter les sarrasins ! Les gens de Guillaume s'en réjouissent. Des adversaires inquiets seront moins redoutables. Ils se soucient assez peu des maléfices qu'on leur annonce. Ils les verront bien après avois pris la ville... Ou ne les verront pas ! Quand à Guillaume, il a hâte de pénétrer dans le palais et de se rendre compte par lui-même des beautés que renferment les murailles si hautes de cette ville dont on lui a dit tant de choses.

Guillaume confie son armée à l'un de ses neveux et part en avant avec deux compagnons, tous grimés avec soin, afin qu'on les prenne pour des sarrasins. Ils entrent sans peine dans Orange et la parcourent longuement.... Mais alors qu'ils sont déjà parvenus à trouver une terrasse depuis laquelle on voit la belle Orable descendre au jardin du palais et se demandent s'il est sage de continuer ou s'ils doivent revenir en arrière et rejoindre leurs troupes, voilà qu'un marchand passé par Nîmes reconnaît le nez coupé de Guillaume et le dénonce aux gardes. Les voilà tous les trois pris et conduits devant Carreau pour décider de lors sort.

C'est compter bien vite que Guillaume au Fier Bras se laissera tuer sans rien dire. Orable est là, il n'a pas l'intention de se laisser couper le cou sans se défendre. Ses compagnons ne sont pas non plus des lâches ni des manchots, quand à Orable... Hé bien Orable, elle les aide à s'enfuir et s'enferme avec eux dans la tour. Mais ils ne sont pas encore sauvés ! L'armée venant de Nîmes est encore hors les murs... Las ! Les manuscrits qui nous sont parvenus ne content pas la fin de ce romantique et néanmoins terrible épisode. Nous n'en savons donc pas les détails... La seule chose qui soit assurée est que Louis recevra bientôt la nouvelle de la prise d'Orange et celle du mariage de Guillaume.

Dans les années suivantes, le trop glorieux vassal se calme un peu. Il s'occupe d'administrer ses terres qui deviennent un fief puissant et paisible. Louis évite de trop regarder de ce côté. Il évite de regarder du côté de cette famille, d'ailleurs, car les frères de Guillaume, où que soient leurs terres, ne sont guère moins inquiétants que lui. Tous ces gens sont vaillants chevaliers, certes... Mais trop puissants et trop hardis vassaux !

Guillaume, après avoir pris Orange et s'être marié a fait ce que tout homme un peu raisonnable aurait fait à sa place : il a rangé ses armes, mis son cheval au pré et s'est reposé, se contentant de défendre et gérer ses terres. Plus d'aventures pour lui... Tout ça n'est plus de son âge et c'est sans aucune vergogne qu'il reste maintenant auprès de sa dame à couler des jours tranquilles aussi loin des champs de bataille qu'il le peut faire.

Pendant ce temps, ses frères aînés, qui ont reçu fief avant lui et pris femme avant lui voient grandir leurs enfants... Ou ne le voient pas, dans le cas de Vivien, fils de Garin d'Anséune, pris en otage par l'ennemi quand il était tout jeune enfant. Au terme de quelques années et aventures, Vivien étant de retour dans sa famille, c'est à Guillaume qu'on demande de le faire chevalier. Mais devant la famille entière terrorisée, voilà le jouvenceau qui afirme haut et fort, afin de faire honneur à son oncle et à ses parents, ne jamais vouloir reculer devant les sarrasins. Rien ne peut le convaincre de retirer ce serment. La fête s'achève dans la tristesse. Guillaume est peut-être le plus triste de tous, car c'est pour faire honneur à son bel exemple et à sa gloire sans pareille que Vivien a pris cette abominable décision qui ne saurait que lui couter très vite la vie sitôt qu'il aura mis un pied sur un champ de bataille.

Ah ! Si on pouvait faire en sorte que ce jour-là n'arrive jamais ! Mais Vivien ne rêve que combats et gloire, depuis son plus jeune âge. Ce n'est pas maintenant qu'il a les éperons d'or aux pieds qu'il va renoncer !