J'ai évoqué, ces derniers temps, la saga de Guillaume au Fier Bras...

Il m'est arrivé aussi d'évoquer les plus connus romans de la Table Ronde et leurs fameux chevaliers.

Entre les deux... Il y a un fossé. Un univers, presque !

Arthur est arrivé jusqu'à nous, avec sa légende et des regards différents portés dessus. Guillaume.... Pas trop. On ne se souviendrait même plus de lui, peut-être, sans l'épisode du "Charroi de Nîmes", version médiévale du "Cheval de Troie", présente sur bon nombre d'enluminures et même des vitraux. Il faut dire qu'il a rang de saint pour la société médiévale, ce qui n'est pas le cas du célèbre roi, héros plus séculier.

Des différents éléments de cette saga, si on les compare à la saga arthurienne, ce qui ressort c'est finalement une vision (relativement) plus réaliste des chevaliers. Guillaume a beau être un héros, il est humain. Il a des mouvements d'humeurs, il est amoureux, il a une famille, des frères, des neveux... Ah oui, mais Arthur aussi il a ça, non ? Ah ben oui, tiens... On ne peut même pas dire qu'il n'aie pas d'ennuis avec sa famille, Arthur. Mais ce qui est certain c'est qu'on élude facilement les histoires de généalogie. Lancelot n'a plus de famille. Gauvain et ses frères ne se fréquentent pas des masses. Erec ne retourne chez son père le roi Lac que parce qu'il faut bien, un jour, y retourner. Tout ce petit monde est d'abord chevalier avant toute chose (quoique des fois, ils sont amoureux avant d'être chevaliers, mais même ça, c'est pas souvent).

Dans la saga de Guillaume, toutes dates de rédaction confondues, le lien avec ses neveux est très fort. Il faut dire qu'il est aussi, dans bien des cas, celui qui leur a enseigné le métier des armes (cas de Bernard) à moins qu'il ne soit chagé que de l'adoubement (cas de Vivien), acte qui fait déjà de lui leur "père en chevalerie". On trouve peu de personnages qui n'appartiennent pas à la famille de près ou de loin, dans l'entourage immédiat de Guillaume, et cela correspond sans doute bien à la réalité féodale. Ses frères, ses neveux, son beau-frère... Tout ça saute aux yeux. Par contre, il faut peut-être un peu d'attention pour se rendre compte que l'empereur Louis est également son beau-frère (il a épousé sa soeur) et je ne suis pas certaine d'avoir dans les romans trouvé mention de la parenté bien réelle entre Guillaume et Charlemagne (cousins du côté de la mère de Guillaume).

Nous sommes ici en plein univers féodal.

Alors que la saga arthurienne place une jolie utopie, où le roi traite ses chevaliers comme ses égaux et où les dames sont toutes des reines, la saga de Guillaume plante un décor dont le réalisme va en s'accentuant avec le temps.
Les Aliscans, texte de la fin du XII° (2° Croisade en 1147, 3° Croisade en 1189) décrit les combats avec un réalisme cruel et présente des chevaliers certes héroïques, mais en proie à l'échec. Les femmes, courageuses et vaillantes y interviennent pour rendre le courage et la force quand tout semble perdu.

Dans le Roman de Girard de Roussillon (XV° s) ce sera encore une fois les femmes qui maintiendront le courage et rétabliront l'harmonie.

Il y a entre ces deux univers à peu près aussi nette qu'entre Dragon Ball et Gaston Lagaffe.

J'exagère, vous trouvez ?

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