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Les auteurs antiques et médiévaux mélangent un peu reptiles et batraciens. Le lézard des murailles, la grenouille rainette, et le basilic sont à considérer comme étant des serpents.

Evidemment... A l'école, ça n'est pas tout à fait ce qu'on apprend. Un lézard a des pattes, un serpent n'en a pas, n'est-ce pas ? Ce qui place l'orvet dans la catégorie des serpents, chose qui peut se discuter, puisqu'il s'agit, comme chacun sait, d'un lézard, sa queue étant détachable...

 

Mais bon, puisque ma question, ici, est le bestiaire médiéval, ça n'est pas le moment d'entrer dans le détail de la classification des espèces.

Toutes ces infâââââmes bestioles, au Moyen-Age, sont des serpents, et sont considérées comme ayant partie liée avec le Malin.

Ah ? On fait moins le malin, maintenant, monsieur du Crapaud ? Démasqué, hein ?

Tout ça ayant sans doute quelque lointain rapport avec une sombre histoire de fruit (pomum en latin) du Bien (bene en latin) et du Mal (malum en latin) qu'un serpent (anguis en latin) aurait fourguée à Adam et Eve. Même que selons certains, c'était une pomme (malum en latin). Sans qu'on sache bien pourquoi, c'est toute la gent serpentine qui a plongé, sur ce coup-là. Faut croire qu'à l'époque (le sytème des corporations sans doute) on bossait en famille (familia en latin).

Reste, au final, que pas mal de siècles (voire plus) après la Genèse, on en est encore à dire que c'est la faute au serpent, et encore à décréter que c'est une sale bête et un agent du Malin.

Ce qui est profondément injuste, n'est-ce pas, Mam'zelle Grenouille, vu que  pendant des siècles et même plus que ça, on n'a pas eu tant de ressentiment envers la gent reptilienne.

Le fruit était-il bon, on peut en débattre à l'infini. Ce qui est sûr, c'est que la gent serpente s'est vue attribuer l'étiquette maléfique. Et pourquoi ça ? Après tout, elle est responsable du Bien autant que du Mal... Si on s'en tient à la Genèse.

Et puis, de toutes façons, M'sieur Caméléon, autrefois, on nous cherchait pas tant d'histoires, même pour nous chasser pour faire des trucs magiques avec nous.

Ca serait peut-être bien le moment que notre bon souverain montre de quoi il est capable, n'est-ce pas M'sieur Dragon?

Même sans lui, moi, j'me grillerais bien un humain, tiens donc, M'dame l'Aspic...

Hem-hem-hem...

Notre reporter ayant jugé plus prudent de renoncer à inerviewer les créatures du bestiaire médiéval, il nous faudra nous contenter de dire qu'à cette période, les créatures reptiliennes se voient cantonées dans le domaine infernal. Leur rôle n'est pas toujours néfaste. Certaines sont clairement des fées (fatum en latin), survivances païennes et émanations du Destin, mais de façon générale, elles n'ont rien de chrétien et en cela sont condamnable.

D'ailleurs, leur rôle, même quand il est favorable et en apparence innocent, s'achève aussitôt qu'elles sont confrontées à une représentation solide de la foi chrétienne.

Mélusine est sans doute le serpent médiéval (pardon la serpente) le plus connu... Mais pour être plus connue, et peut-être moins malmenée par la légende, laquelle a fait d'elle une ancêtre de grande famille, elle n'en reste pas moins un démon comme en témoigne le fait qu'elle ne peut éviter de redevenir serpente le samedi.

La fin du Moyen-Age, surtout, voit se mettre en place une mythologie des créatures démoniaques, là où les siècles précédant étaient un peu plus flous. Cette mythologie se renforcera encore avec les auteurs plus tardifs, de cette période bizarre où on redécouvrira les traditions locales (XVIIII°-XIX°). Dans le tas, au chapitre des reptiles, le dragon se taille si j'ose dire, la part du lion. Où est-on aller pêcher qu'il crache du feu ? Où A-t-on donc imaginé qu'une pierre d'invisibilité est cachée dans son crâne ? Où a-t-on vu qu'il vole ? Dans l'Antiquité, Pline le décrit comme une sorte de gros boa constrictor (de mon avis personnel nettement moins effrayant que le basilic). Tout au plus pourrait-on dire qu'il l'accuse de vampirisme à l'égard des éléphants. Notez bien que je n'ai pas consulté les avis d'autres auteurs antiques, lesquels, peut-être, le décrivent autrement !

En tous cas, à la fin du Moyen-Age, le "roi des serpents" a du souci à se faire pour sa couronne, car en face de lui se dresse un rival de taille : au garrot, haut comme une maison, des écailles aiguisées comme des lances gauloises collées tout au long de l'épine dorsale, une haleine plus torride que les tréfonds de l'Enfer, des ailes membraneuses pour le porter d'un lieu à un autre sans effort et rapidement, des griffes... Ah oui, des griffes, ça c'est banal.

En tous cas, un bestiau de premier ordre, devant lequel notre pauvre petit basilic ne fait guère le poids... Notez bien qu'il peut toujours changer le mastodonde en question en un gros tas de caillasse.

Alors que le gros mastodonte ne peut pas plus le cramer que ses ancêtre dragons des eaux ne pouvaient le noyer... Notez quand même que c'est bizarre cette histoire et qu'on ne saura sans doute jamais comment le dragon, créature des eaux, est devenu une créature de feu ... Mutation génétique ?

Le petit lézard basilic reste accroché à ses murailles et à ses blasons...

Il reste le même... Dangereux... Très dangereux... Mais dangereux seulement s'il se retourne, et le peintre et le sculpteur, toujours, l'ont positionné de façon à ce qu'il se tourne d'abord vers l'ennemi. On appelle ça combattre le feu par le feu...

Mais pour le reste...

Mauvais temps pour les serpents !

Et pas que pour eux, d'ailleurs.