La harpe du driseoc

Krrrââââââ !!!! On disait autrefois que les corbeaux étaient messagers des dieux... / Puck-le-Fou vous présentera, sur ce blog, la naissance d'une BD celtique et pourquoi pas, quelques vieilles légendes.

06-11-09

Le ciel nous tombera-t-il sur la tête ?

Je ne pense pas que les gaulois avaient peur "que le ciel leur tombe sur la tête". "Ciel" est souvent une façon de désigner l'univers, le cosmos, le monde qui est en un certain temps. Je pense plutôt qu'il faut comprendre "que l'univers cesse d'exister".

Et pourquoi pas ? Les vickings, dont la cosmogonie est, par certains points, proche de celle des celtes, croyaient au Ragnarok... Mais le Ragnarok n'est pas la Fin absolue: d'après la prédiction des nornes, quand s'éteindra l'incendie de l'arbre Yggdrasil, embrasé lors des combats mais dont le tronc n'aura pas brûlé, un homme et une femme en sortiront et d'eux, sur les branches qui pousseront à nouveau à l'arbre, renaîtra un nouveau monde.

Qu'en était-il chez les celtes ?

Je dois dire que chez eux, les choses sont tellement cycliques que je ne vois pas, paradoxalement, parmi mes lectures, la moindre légende évoquant une "fin"... Et pourtant, de par cet aspect cyclique des choses, il est évident que ce qui est sorti de "l'Indifférencié" au début des temps y retournera, même si ça n'est que pour en ressortir sous une autre forme.

Donc... Oui, je pense, ils croyaient à la possibilité de la fin du monde. Mais la craignaient-ils ? Grave question, ça...

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17-10-09

La Dame des Batailles

La louve rouge...

La dame des batailles...

La grande corneille...

Etrange, cet amour de la guerre qu'avaient les celtes, pour nos esprits modernes influencés (en occident au moins) par des siècles de christianisme, religion prêchant l'amour et jetant l'opprobre sur toute forme de violence (sauf cas exceptionnel, en certains temps médiévaux tristement célèbres...).

Etrange, tout autant, la folie des terribles guerriers fous "se jetant nus dans la bataille" (je comprends plus volontiers "sans protection corporelle efficace", plutôt que "en état de nudité").

Etranges, ces cadavres élevés en trophée dans les sanctuaires par certaines tribus...

Etrange, cette déesse de la guerre qui, tout en personnifiant la mort au combat, est également la mère du guerrier et l'épouse du héros...

Etrange ?

Pas tant que ça...

Souvenez-vous... Les celtes préchrétiens ne croient pas en un au-delà coupé en deux entre le Bien et le Mal et sans retour possible jusqu'au jour où le monde s'effondrera. Leur au-delà à eux n'est rien d'autre que la continuité de ce monde-ci. Aussi longtemps que le monde existera, les âmes y poursuivront leur chemin.

J'ai publié voilà quelques temps un texte tiré du Cad Godden : cliquez ICI pour le retrouver.

Dès lors, le guerrier n'a rien à craindre, sinon que sa vaillance et son courage lui ayant fait défaut, il parte dans sa vie future avec la honte d'une défaite ou d'une fuite. Et de cela, il est maître : il n'à qu'à "s'exercer au courage". D'autres qualités sont demandées à l'homme celte (on le voit dans les préceptes de Cuchulainn, qu'il faudrait, d'ailleurs, que je poste un de ces 4), mais en ce qui concerne la mort du guerrier : point d'enfer...

Juste celle pour qui le guerrier vit et par qui il passe d'une vie dans l'autre. Tout cela en un seul Tout.

La Morrigan.

A coup sûr, oui... Ca n'est pas facile, à notre époque, d'imaginer la Mort en déesse-Mère... Sauf peut-être pour ceux que la mode gothique influence ?

Bon... J'en sais rien, c'est vrai. Je n'ai pas fait de sondage d'opinion sur le sujet... Mais moi, en tous cas, toute cette mythologie de la mort au combat, il y a quelques années, ça me filait plutôt la trouille.

Et puis, j'ai réalisé que la transmigration n'était pas à concevoir comme "vie 1" "vie 2 "vie 3" (etc), mais comme une ligne sans fin, ponctuée ici d'une incarnation en plante, ici de la mort de cette  plante, là d'une incarnation en oiseau, là de la mort de cet oiseau, ici, encore, d'une incarnation en humain... Comme ça aurait pu être en autre chose ! Dans cette vision des choses, l'absence de peur de la mort chez les celtes se conçoit aisément... Mais ça n'explique pas leurs dieux guerriers ?

Là, il faut bien dire que les grecs et les romains, tout d'abord, ont été un peu hypocrites dans leurs dits sur les gaulois... Parce que, quand même, "Arès", parait-il, veut dire "dépouilles" (ça fait pas un rien trophée?), l'Illiade (je remonte au déluge, là, mais les grecs et latins ont gardé ça longtemps comme livre de chevet) comporte des passages assez sanglants, et pendant le siège de Rome par Hannibal, on a pratiqué à Rome des sacrifices humains (4 seulement, et pour la sauvegarde de la ville, mais c'est pas une excuse).

Il faut aussi se mettre un peu dans la tête que les celtes, après tout, étaient riches quand ils avaient les moyens de posséder un troupeau, c'est à dire, de le faire garder par des serviteurs et de protéger troupeau, serviteurs, maison et famille d'une attaque. Je parle surtout pour ce que j'imagine d'avant la période de la Tène Finale... Parce que je dois dire que le système aristocratique de cette période a des allures de "fixation d'une élite". Les descendants de ceux qui avaient su organiser les villages pour mieux se défendre, sûrement... En tous cas, dans un système où tes poings armés (de préférence), c'est ton moyen de défendre ton bien et ton honneur et éventuellement de les accroitre.... Ben ? Je vous fais pas un dessin, vous avez déjà lu Astérix. Et pour les ceusses qui veulent pas se battre, je leur rappelle que celui qui sait pas se battre, hé bien, y sait pas chasser le gros gibier, non plus, et que c'est pas comme ça qu'il survivra quand la bise sera venue ! Et vlan ! Paf ! Spoum ! 

Tout ça pour dire que, finalement, les instincts de violence que nous avons en nous (hé oui, hé oui...) se sont cristallisés dans les personnes de dieux guerriers (et déesses!) qui ont bien plus en commun avec Arès et Pan qu'avec la très intello Athéna.

Et dans le cas de la déesse... Petit plus, quand même... Grosse cerise sur le gâteau mythologique : elle incarne les deux gros amours de la vie du gros dur (mythe ordinaire du macho, vous connaissez?)... Sa mère... Et celle qu'il aime plus que tout et qui le tiendra dans ses bras quand il mourra. (Le rideau tombe, la prochaine représentation sitôt que l'acteur principal est sur pied, mesdames et messieurs...)

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Nouvelle Lune = 18 octobre

Pleine Lune = 2 novembre

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Un précédent article avait montré le dessin ci-dessus à différentes étapes = cliquez ICI pour voir ça.

10-10-09

Femmes-cygnes et cigognes

Après m'être bien grattée la tête pour trouver quoi programmer ici (et mine de rien, étant déjà bien près du jour fatal, corneserpendouille!), j'ai finalement trouvé... Enfin, j'espère !

Ne me demandez pas comment j'y ai pensé... J'étais en train de faire de la colorisation quand l'idée m'a traversé la tête. Aucun rapport, aucun, avec ce que j'avais sur la page. Enfin, bref ! L'esprit souffle où il veut, comme dit l'autre...

La femme-cygne (banshee) est une manifestation de l'Autre-Monde (femme de l'Autre Monde : bansid). Dans les sagas celte, c'est souvent par une rencontre de ce type que le "Sid" se manifeste au héros.

J'ai lu récemment, en commençant à feuilleter un livre que je n'ai pas, ces jours-ci, le temps de commencer à lire pour de bon (j'ai des moments comme ça) que la grue, parfois, est employée à la place de la corneille.

La grue a tout pour fascinner. C'est un migrateur des plus efficaces. Elle ne craint ni le brouillard, ni le froid, ni même l'éloignement des côtes (d'autres les longent, rallongeant leur trajet). Bien sûr, son plumage est sombre. Ca ne la rend pas symbolique de la lumière. Ca la place du même côté que la corneille (encore que l'une et l'autre, avec un bon éclairage, peuvent devenir blanches !)

Mais la cigogne ? Pourquoi le cygne serait-il le seul oiseau susceptible de dissimuler une bansid sous des plumes blanches ?

Et c'est là que le thème de la cigogne apportant des bébés et celui de la transmigration des âmes m'ont l'air de se rejoindre...

Là où la "Cavalière" (c'est le terme que j'emploie, pour Rhiannon / Epona, et peut-être d'autres) tient le rôle psychopompe de celle qui vient chercher l'âme du défunt, pourquoi au moment de la naissance, n'y aurait-il pas une figure symétrique ? Ca serait assez logique...

Sequana, sur la statuette trouvée aux sourcées de la Seine, est bien représentée sur une barque à tete de cygne... Ca m'évoque ces légendes où le héros passe d'un monde à l'aure sur le dos d'un cygne... Et tant qu'on y est, puisqu'il s'agit d'une déesse, les femme-cygne ! Déesse guérisseuse, Sequana... Mais sûrement aussi fertilisante, comme tous les cours d'eau.

Sûrement, il y a des symétries autour de la naissance et de la mort, dans la mythologie celte... Mais lesquelles ? Oiseau blanc / oiseau noir... c'est un peu bref ! Quand au cheval... Ma foi...

Mis à part les enfants que Rhiannon met au monde, perd et retrouve, et le fait qu'Epona soit parfois représentée avec un poulain... On a d'ailleurs vu dans ces déesses-jument un double role psychopome et de fertilité, du fait de ce poulain et de la corne d'abondance qu'elle tient dans l'art gallo-romain.

Je ne suis donc pas totalement "hors des sentiers battus" sur ce coup, mais en ce qui concerne la logique de la chose...

  Tout ce que je vois, concernant cette logique, c'est que la transmigration ne peut se concevoir sans un lien éttroit entre la naissance, la vie, la mort, la renaissance. Tout cela n'étant qu'une seule unité. "La mort n'est qu'un passage" disaient, à Rome, les stoïciens...

J'y verrai peut-être plus clair après quelques lectures que je veux entamer sitôt que j'aurai fni les colorisations de la BD "Amoul Solo" (chanson mise en BD, pour le moment, c'est prioritaire, vu la lumière qui diminue)

Et, puisque j'ai cité une référence franchement italienne, je vous renvoie aussi à l'Enéide, pour une superbe description des Enfers où les âmes boivent l'eau du Léthé, qui les apaise... Avant d'être prises du désir de renaître, ayant tout oublié de leurs douleurs passées.

03-10-09

La Dame des Chevaux

L'occident chrétien actuel est, qu'on le veuille ou non, très christianisé. Les contes bretons relatifs à la mort évoquent l'Ankou avec une crainte qui n'est pas sans faire penser à la manière d'évoquer la Mort dans la litérature médiévale du XIV° / XV° siècle, période de guerre, d'épidémies, de pillages incessants et... De peur de voir, quand tout va bien, s'abattre le malheur.

Si vous êtes déjà venus sur ce blog, vous savez que j'ai volonté d'écarter autant que faire se peut les brumes que le temps a dressées entre notre imaginaire celte à nous, gens de l'aube du XXI° siècle et celui des celtes d'avant la christianisation, voire d'avant la romanisation.

Les auteurs romains et grecs rapportent que les celtes ne craignent pas la Mort mais l'affrontent avec le plus grand courage. C'est quelque chose qui, très longtemps, est resté mystérieux pour moi.

La Mort est quelque chose de très étrange. Dans "les dames du Lac", que j'ai, autrefois, lu avec délices et que j'ai relu récemment (et d'autres livres aussi) afin de voir si mon avis avait changé ou pas, la Mort est nommée par Morgane et les autres personnages païens "Vieille Femme la Mort". Une image assez peu réjouissante, je dois dire...

C'est dans un conte assez long, publié en deux parties dans Histoire Médiévale que j'ai commencé à trouver une réponse. Ce conte ne parlait pas des celtes mais du Moyen-Age russe et d'un prince, gravement malade depuis sa petite enfance et habitué à la présence à ses côtés de la Mort... Si bien que le jour où elle vient pour le prendre, au coeur d'un combat, il ne la craint pas, lui sourit, même, et qu'elle l'épargne. Plus encore: quand elle vient, enfin, le chercher, parce qu'il a été assassiné sauvagement, elle emmène avec elle des centaines d'âmes. Une épidémie s'abat sur ceux qui ont tué son prince. (Très beau conte, je vous assure)

En aucune légende celte, je n'ai trouvé trace de "Vieille Femme la Mort". La Mort, c'est la Grande Jument, la Cavalière, celle qu'on nomme Macha, Epona ou Rhiannon. Un peu jument et un peu femme, elle court inlassablement, sans que rien ne puisse l'arrêter. C'est elle qui fait passer aux âmes les portes entre les Mondes.

Les portes... Qu'est-ce qu'il y a de l'autre côté, au juste ?

Justement... Je vais, là, faire appel à un aspect de Rhiannon / Epona qui, dans les légendes et dans la statuaires, n'est pas forcément facile à associer à son rôle psychopompe: elle est parfois représentée avec un poulain et les légendes évoquent aussi ses enfants qui apparaissent ou disparaissent. Rhiannon, déeesse de la Mort, est aussi une déesse-mère.

Est-ce que vous me suivez ? Non ?

Petit rappel : les celtes croient en la transmigration (c'est d'ailleurs assez connu, cette histoire, mais le concept n'est pas forcément facile à apréhender)

Par conséquent, la Mort ne peut mener au Néant, ni à un quelconque lieu de résidence (bon ou mauvais) pour l'Eternité. Au-delà de la Mort, la Vie continue.

Si vous n'avez jamais lu l'Enéide, je vous recommande le passage d'Enée aux Enfers, au fait... Une vision du monde des Morts pas si éloignée que ça de celle des celtes, je vous assure !

Donc, ils croient en la transmigration, et pour cela, le moment où l'âme quitte le corps n'est rien de plus que le début de son voyage vers un autre corps.

C'est ici que Rhiannon / Epona intervient, non point comme une cavalière menaçante qui viendrait les arracher à la Vie qu'on ne goûte qu'une fois mais comme une mère prête à guider son enfant au travers des étapes qu'il a à parcourir.

Et la déesse-jument met bas des enfants qui disparaissent mais réapparaissent, prouvant que leur mère ne les avait pas tués... Petit détour par une légende irlandaise...

On est loin de l'Ankou, créature assexuée et sans états d'âme, ni bon, ni mauvais, certes, mais implacable et pour cela redoutable car il ne craint ni Dieu, ni Diable.

A la limite, cet Ankou-là me ferait presque penser au "Corps sans Tête", mais c'est là une légende qui, si j'envisage d'en traiter, n'est pas prévue encore au calendrier du blog...

Accessoirement, bien sûr, la déesse est aussi celle des chevaux et des cavaliers...

Mais je ne suis pas fanatique des explications simplicimes. La variété des mythes et légendes, à ce compte, ne serait pas si grande.

Sûrement, elle l'a été, déesse des écuries... Mais je la préfère en Cavalière, dame des portes entre les Mondes.

On parlera bientôt, ici, d'un autre aspect de la Mort... Et puisqu'il s'agit de la mort au combat, je pense qu'on peut aussi parler d'un autre aspect de cette même déesse, ou tout au moins se poser la question de savoir si c'en est un. Après tout, c'est surtout au combat que servent les chevaux, dans un monde où seuls les puissants en possèdent, non ?

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19-09-09

Transmigration et Eternité

"J'ai revêtu une multitude d'aspects
avant d'acquérir ma forme définitive,
il m'en souvient très clairement.
J'ai été une lance étroite et dorée,
je crois en ce qui est clair,
j'ai été goutte de pluie dans les airs,
j'ai été la plus profonde des étoiles,
j'ai été mot parmi les lettres,
j'ai été livre dans l'origine,
j'ai été lumière de la lampe,
Pendant une année et demie,
j'ai été un immense pont
jeté sur trois vingtaines
d'abers.
J'ai été chemin, j'ai été aigle,
j'ai été bateau de pêcheur sur la mer,
j'ai été victuaille du festin,
j'ai été goutte de l'averse,
j'ai été une épée dans l'étreinte des mains,
j'ai été bouclier dans la bataille,
j'ai été corde d'une harpe,
ainsi pendant neuf années.
Dans l'eau, dans l'écume,
j'ai été éponge dans le feu,
j'ai été arbre au bois mystérieux."

Il y a peu, ce blog a publié un poème de mon cru sur ce même thème.

Ce texte-ci est tiré du Cad Goddeu, (combat des arbres) Texte en cliquant ICI..

Les celtes ne craignaient pas la mort parce qu'ils croyaient en la transmigration des âmes.

Ce même concept qui, au VI° ou V° siècle av JC, en Inde, contraignait les âmes à souffrir pour l'Eternité, si bien qu'un prince nommé Gautama, ou Siddharta (vous voyez qui?), refusant cette horreur, décida de s'évader de ce cercle infernal, était pour les celtes la garantie de vivre éternellement et de ne jamais s'anéantir... A moins que vienne la fin des temps et par là, celles des possibilités de renaître, bien sûr.

Renaître ? Sous quelle forme ?

Tout d'abord, si pour vous, seules les créatures animées ont une âme, oubliez ça.

Et à plus forte raison si vous n'en accordez une qu'aux créatures animées et pensantes (j'ai nommé homo sapiens sapiens, avec son nom savant à double "sage" parce ça fait mieux, ça fait plus sage et que plus y'a de sages, moins y'a de fous et moins y'a de fous moins on se marre et mieux on casse les caillasses pour faire des bifaces). Bon... Ne divergeons pas...

Si par contre, à la façon des peuplades à croyances animistes, vous accordez une âme au vent qui fait bruisser les feuilles, à la pluie qui fait sentir bon la terre, à l'arbre qui vous abrite, à l'oiseau qui chante, etc. ça devrait aller.

Dans le cycle des incarnations, être un humain se fait comme être une vague de l'océan ou bien une épée solidement forgée.

Il n'y a pas de statut vraiment meilleur qu'un autre. Il n'y a que des étapes qui se suivent et sont complémentaires.

De vie en vie, passant de l'une à l'autre par les portes qu'on nommera "mort", l'âme évolue, et cette évolution est un cycle qui, tôt ou tard, se refermera pour revenir, plus au moins, à son point de départ ou à quelque chose s'en approchant.

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29-08-09

Ogmios

La représentation d'Ogmios, vieillard armé d'un gourdin et d'un arc, la langue percée d'une chaine à laquelle étaient attachés des homme le suivant choquait fort les grecs et les latins (voir Lucien de Samosate). Qu'on leur dise, en plus, qu'il s'agissait là du plus fort de tous les dieux, et cela ne faisait pas de doute, il ne pouvait s'agir que d'Hercule / Héraklès, et le représenter ainsi était particulièrement offensant. Hercule, vieux ? Et la langue percée de chaines ? Pouah ! Ces gaulois, décidément, n'avaient de respect pour rien...

Il était très dur, pour eux, habitués à représenter les dieux de façon très figurative, de s'entendre expliquer qu'Hercule était, dans ce pays, le dieu de l'éloquence (et d'autant plus dur que dans la tradition gréco-latine, le pauvre ne brille pas précisément pas ce point  [voir en cela Aristophane]) et que comme c'est dans la vieillesse que la sagesse et l'art du discours sont à mâturité, on le représente âgé. Enfin, que si il a la langue percée de chaines, c'est parce que sa parole, qui frappe et pique, rend les hommes captifs plus sûrement que les armes dont les jeunes gens font usage.

Ogmios est sensé être l'inventeur de l'ogham, alphabet qui peut se graver sur des morceaux de bois (ou ailleurs) mais comporte des correspondances avec les essences d'arbres (ce qui, selon certains fait qu'on peut écrire avec des feuilles d'arbre). C'est aussi un système divinatoire, mal connu, mais dont on peut imaginer, par les descriptions que les auteurs latins ont fait (lancer de morceux de bois gravés) qu'il y a une parenté avec certaines techniques de tirage de runes chez les vickings (peuvent se lancer ou se tirer d'un sac...).

Image d'ogmios = heuuu... Trouvée avec l'ami Google et j'ai oublié de noter l'adresse !

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22-08-09

Nulle Sagesse sans Folie ?

Le fou et le sage... Le sage et le fou... Les deux en une même personne, et les deux dont on ne sait pas bien lequel est fou et lequel est sage, et inversement...

Voilà un bien joli paradoxe ! Un peu facile, même.

Pourtant, facile ou pas, c'est un paradoxe des plus incontournables dans l'univers celte. Myrdin est un très bon exemple de "fou sage".

Mythe celte ? Est-ce si sûr ? Pas si celte que ça... La folle sagesse est un de ces points communs entre la mythologie celte et la mythologie extrême-orientale. Un de ces trucs qui, franchement, ne cesseront jamais de m'épater, j'en ai peur, parce que, il faut bien le dire, ça fait quand même un drôle d'effet de voir le soleil se coucher à l'est.

Il est des choses, dans le celtisme, qui ont disparu avec le christianisme. Ca n'est pas le cas de la Folle Sagesse. Non... Certains saints sont des "illuminés" de première, si vous me passez l'expression, et pourtant il ne viendrait à l'idée de personne de les écarter des bonnes gens. Le fou, au Moyen-Age, se respecte. C'est comme ça. Il a sa place. Il est "différent" mais le regard qu'on pose sur lui n'est pas forcément mauvais. Exemple sans doute le plus connu de saint "fou sage" = Saint François d'Assises.

Alors qu'est-ce qui a fait changer les choses ? Allez savoir... La période de la Réforme et de la Contre-Réforme ? Avec, dans le même temps, le vent de l'Humanisme, et tout cette rationalisation venue des tréfonds de l'Antiquité (la nouvelle vague antiquisante...) ? Faut croire... Parce qu'à l'évidence, ça n'a pas atendu le XVIII°.

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25-07-09

Le mythe de l'androgyne

Ce mythe est-il celte ou ne l'est-il pas ? Est-il le produit des philosophes grecs (voir Platon) ou bien est-ce plus compliqué que ça ? D'ailleurs, quel est, au juste, le dû de ces philosophes aux "barbares" (voir Diogène Laerce selon qui la philosophie s'est initiée chez les barbares)

De nombreux mythes archaiques font état d'une frontière assez floue entre le féminin et le masculin, et cela se retrouve encore chez la plus connue de toutes les déesses grecques : Athéna, pourtant si "civilisée". Ne manie-t-elle pas également la lance et le fuseau ? Le fuseau ayant d'ailleurs un petit quelque chose de phallique (lequel n'avait pas échappé aux gaulois (ou aux gallo-romains), puisque les änneaux de fusaïoles sont parfois ornés de grivoiseries). Symbole phallique qui est plus généralement tenu par l'épée... Mais n'étais-je pas en train de parler de choses floues ?

Je pense aussi aux amazones "filles d'Arès", et à la Méduse, image de la mort qui se présente à l'homme (et la peur que cela représente) et qui, bien que féminine est représentée, jusque très tard, barbue (et musclée).

Les celtes n'ayant pas été très généreux en sources écrites ét par-dessus le marché, ayant laissé plus de traces figuratives d'après l'occupation romaine que d'avant (le bois c'est périssable et le métal, on le refond quand c'est plus à la mode), pas simple de gratouiller de leur côté...

On peut, ici, se demander si, au niveau de la transmigration des âmes, l'homme peut devenir femme ou inversement... Ben oui, c'est peut-être ridicule, mais au fond, le mythe de l'androgyne, c'est une histoire d'esprit qui, contrairement au corps est peut-être assexué.

Si on se fie au transmigrations d'Etaine ou à celles de Gwion... La réponse semble être que non. On est mâle ou femelle et on le reste... Mais les déesses ont des composantes que d'autres mythologies auraient attribué uniquement aux dieux : Morrigan et Macha, guerrières et souveraines en imposent (même aux walkyries des vikings).

En même temps... J'aimerais bien leur connaitre des équivalents continentaux, à ces charmantes dames.

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Ci-dessus = la triade divine des Bolards présente trois divinités, respectivement masculine (à droite), féminine (à gauche) et androgyne (au centre)...

Figuration d'époque gallo-romaine.

Image tirée de "A la rencontre des dieux gaulois, un défi à César"

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05-07-09

Blanc Corbeau, Truie blanche et Blanc Cerf.

Qu'est-ce qu'ils ont donc à être blancs, tous ces bestiaux ?

Je me suis longtemps contentée de l'explication "c'est une couleur pas courante, chez les animaux, alors on la cherche". OK, quand il s'agit de vaches ou de chevaux... Passe encore pour le cerf ou la laie (la truie blanche est en sanglier)... Mais le corbeau ? Bon... Bien sûr, il y a ces sublimes corbeaux freux, avec un bec  dégarni et une face toute blanche... Il y a même (j'ai déjà vu) des corvidés normalement noirs qui écopent on ne sait comment d'une plume blanche (ça fait tache!).

Voilà pour les explications terre à terre se rapportant à ce fameux "corbeau blanc"... Mais comme les légendes celtes sont toujours à  plusieurs niveaux d'explications, il y en a pour tous les goûts et je vais donc vous emmener un peu plus loin...

Voire beaucoup plus loin...

Tout d'abord, il faut se souvenir que, si le blanc est omniprésent dans les légendes celtes (noms basés sur le mot "blanc" ou créatures blanches) bien plus que d'autres couleurs (rouge, noir, vert, surtout, sont récurrents), il figure aussi en place d'honneur dans les cultures grecques et latines, dès la période archaïque. Je n'en prendrai qu'un seul exemple, pourtant : Albe, la ville fondée par Ascagne, fils d'Enée, ancêtre de la gens Iulia (voir Enéide de Virgile pour les explications et carte de la Rome antique pour la localisation). Albe, donc, dont le nom veut dire "blanc", mais pas n'importe quel blanc (car le latin a plusieurs mots pour le blanc) : un blanc brillant. C'est ce même blanc qui est à l'origine de "Albion", pour l'Angleterre (les falaises de craie brillant sur la mer).

Corbeau ou laie, cerf dans les romans tardifs, l'animal recherché est blanc. Est blanche aussi la dame-fée qu'on rencontre de façon pas forcément agréable et qui est toujours très puissante. Ce blanc, j'en suis convaincue, est à prendre dans le sens de "lumineux".

30-05-09

Chaudron, tonneau et contenu

Je ne suis pas bien sûre d'avoir sur le "Chaudron d'Or" une vision rentrant dans celles des spécialistes et je ne suis pas bien sûre de savoir l'exprimer clairement non plus.

Prenons les choses dans l'ordre et étalons quelques données iisues de mes lectures mythologiques :

- Le Chaudron est associé au Dagda, à Cerridwen, à Sucellus et semble lié à la Connaissance de l'Univers.

- Le "Dis Pater" est assimilé aux dieux celestes et à leur puissance mais en fait, de lui, on ne sait vraiment que l'idée que les gaulois disaient en être issus.

- La première des trois Etaine est fille de "l'Indifférencié"

- Le Chaudron de Gundrestrup montre un dieu plongeant des hommes dans un récipient

- Le roman du chevalier au Lion parle d'une fontaine froide et bouillonnante à la fois.

J'ai encore beaucoup à lire... A cette heure, j'ai surtout lu des ouvrages et des dicos de mythologie. Peu de textes intégré (commencé quand même). Cependant, je me trouve, à prpos du Chaudron d'Or, avec un problème :

1° hypothèse (je suis l'opinion qu'on trouve communément) : le Chaudron est bien un objet possédé par le dieu celeste et sage ou la déeesse, et il est lié à la Connaissance et à l'énergie vitale.

2° hypothèse (je n'ai jamais lu ça nulle part, si vous connaissez un auteur qui est de cet avis, indiquez-moi le livre!) : le Chaudron désigne le "vide" (terme impropre) originel.

"Ce vide dans le vase en permet l'usage" (Lao Tseu) Non, je n'ai pas l'intention de vous parler de taoïsme, rassurez-vous... Ici, le "vide" est l'intérieur du chaudron. Son extérieur, sa paroi, on s'en fiche. On va les laisser de côté. Son intérieur, quel est-il ?

"le primordial Apsou de qui naîtront les dieux, la génitrice Tiamat qui les enfantera tous, mêlaient en un seul toutes leurs eaux" (Mythologie babylonienne) Comment ça, j'oublie mes celtes quelque part ?

Trouvez que je délire si vous voulez, mais cet "Indifférencié" évoqué par JM Thibaux à propos de la première Etaine, j'ai envie de lui attribuer le fameux titre de "Dis Pater" (Père des Dieux). Je l'imagine assez comme un mélange d'éléments de natures complètements opposées: les ténèbres et la lumières, le chaud et le froid... Ca n'est pas le mélange Apsou-Tiamat (eau douce et eau salée). D'où je sors ça ? J'en sais trop rien, en fait. Réflexion sur les dualités celtes, ces oppositions sans cesses intimement mêlées, comme dans le bouddhisme. J'en ai tirée cette idée de magma originel qu'on peut supposer agité de petits bouillonnements d'énergie, jusqu'à ce que l'un d'entre eux, plus puissant, fasse naître les dieux et le monde (Chic, voilà le Big Bang!).

Dès lors, que viendrait faire le chaudron dans l'iconographie de Sucellus et dans la légende de Ceridwen ? Ca peut être une assimilation qui se serait fait avec le temps (tenons compte de l'évolution des cultures) ou bien (je suis plutôt séduite par ça mais ça ne repose pas sur grand-chose) ça peut être une question de gardiennage de la puissance représentée par ledit Chaudron.

Les mythes d'origines sont remplis d'histoires de dieux qui cherchent à détruire ou contrôler la puissance qui les a fait naître... Pourquoi les celtes aurait-ils été épargnés? Mais dur de savoir quoi... En tous cas, avec ce que je connais de mythologie celte !

Revenons à l'idée commune, celle du Chaudron magique qui renferme la Connaissance de l'Univers et l'énergie Vitale... On n'est pas bien loin de mes élucubrations, vous admettrez, puisque je fais du Chaudron l'Univers même et la force suceptible de l'animer.

Ceci dit... Pour rester sur des choses qu'on sait avec certitude, que peut-on en dire, de ce Chaudron ? Il sert, par exemple, dans telle ou telle légende, à fabriquer une potion ou un plat qui donne la Connaissance (mais n'en profite pas toujours qui croit).Si, comme il me semble, la Fontaine de Barenton en est un avatar, il contrôle les forces cosmiques de l'orage et de la pluie. On a vu dans la scène du Chaudron de Gundestrup l'idée qu'il servait à rendre la vie. J'y vois plutôt l'idée que c'est par lui que les âmes transmigrent d'un corps à un autre (animal, végétal ou minéral, car je suis de ceux qui pensent que dans le monde celte, tout est susceptible d'abriter un "esprit", ainsi que c'est le cas les croyances animistes), mais c'est un peu la même chose.

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Cliquez ICI pour voir l'article du 29 novembre 08, sur le Dagda.

Cliquez ICI pour voir l'article du 13 décembre 08 sur le Graal, le chaudron etc.

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