12-12-09
Il était une fois ... ( 8)
Autant Donnos est remuant, autant Uinda est calme. Autant elle est rieuse, autant il est boudeur. Plus petits, les jumeaux ne se quittaient jamais, mais à présent, ils doivent apprendre, l'un et l'autre, tout ce qu'ils devront savoir plus tard, et bien souvent, ils ne peuvent pas rester ensemble. C'est quand ils sont séparés que cela se remarque vraiment. Lui devient sombre, silencieux, parfois même colérique. Elle s'égare dans des rêveries béates dont on a bien du mal à la tirer.
Ils n'ont que cinq ans. Ca n'est pas bien grave. La seule qui s'en inquiète vraiment, c'est leur grand-mère, et elle accuse la trop grande douceur de leur mère de les mener à pousser comme herbes folles. Habituellement, cette bonne matrone qui a élevé une dizaine d'enfants tous solides et réputés en ceci ou cela, est tout de suite suivie de la moitié du clan dans ce qu'elle dit ou fait, mais là, il s'agit d'Abona. Personne dans le camp n'a envie de critiquer la magicienne. Bréa, encore moins que quiconque, ne dit rien. Il a beau être considéré comme un héros, un homme d'exception, il n'a aucune envie de se mettre sa mère à dos, surtout quand sa femme s'apprête à lui donner un troisième enfant et quand celle de l'oncle, sa deuxième mère, qui avait si bien le don de soigner, elle aussi, est morte l'hiver dernier.
Depuis peu, Donnos est passé en charge d'aider à surveiller les bêtes à laine. Bréa n'avait pas fait ça aussi petit, mais l'oncle a insisté. Il a même insisté beaucoup, à tel point que Bréa se demande ce que ça cache. Donnos est plus grand, plus fort, plus vigoureux que les autres garçons de son âge. Uinda aussi, est plus solide que les autres petites filles. On peut et on doit les traiter comme s'ils avaient un an de plus. Là encore, Bréa n'a rien dit. Il a seulement regardé le fils de Culantos, qui a déjà huit ans et à qui on ne peut pas confier même un bol de lait sans qu'il le renverse. Culantos a un autre fils, qui sera bientôt un homme, mais qui ne sait que jouer des vilains tours et guère se rendre utile. Et puis, il a quatre filles, dont la plus jeune est encore au sein de sa mère. Quand à Caille, l'autre cousin de Bréa, c'est bien simple: ni sa femme ni aucune des servantes qu'il a sous sa tente ne lui ont donné le moindre enfant. L'oncle, qui vieillit de plus en plus et ne quitte plus sa couche que porté par les bras solides de ses fils, qui viennent, tous les matins, s'il fait beau, l'aider à venir s'asseoir dehors, ne manque pas de les accabler de reproches l'un et l'autre.
Quand Donnos passe, avec son bâton pour aller garder les chèvres, on le regarde comme le fils du chef. Il ne l'est pourtant pas. Bréa voit bien que son ténébreux petit garçon se rengorge. Il se rend bien compte que, rien que pour cet instant de gloire quand il traverse le camp, le garçonnet serait prêt à aller défier tous les monstres dont parlent les histoires de sa grand-mère, lui qui, pourtant, n'est vraiment bien qu'auprès de sa jumelle.
Cette année, on n'a pas changé de pâturage, ni l'an passé. Donnos et Uinda ont demandé, voilà quelques temps, si c'était là, le pays dont leur grand-mère leur parle. Bréa a dit que non. Voilà longtemps qu'il a compris que cette histoire, sa mère la raconte aux enfants du clan pour les faire tenir sages quand on démonte le camp et éviter qu'ils se plaignent trop pendant le voyage. Il y aura toujours un autre pâturage à chercher pour les chevaux, et c'est très bien ainsi.
Voilà longtemps, aussi, que Bréa sait pourquoi l'oncle a voulu aller si loin sans jamais revenir en arrière. C'est à cause de Culantos. Quand il a enlevée à un autre clan celle dont il a fait sa femme, il a agit avec traitrise et il a tué plusieurs personnes. C'était un clan puissant. La famille où il a pris sa femme était très importante. Il y a eu deux expéditions contre leur clan à eux, après quoi l'oncle a décidé de fuir. Tout cela, Bréa l'a compris, mais il n'a jamais bien compris, par contre, pourquoi son père était parti aussi. Pour rester près de sa soeur et veiller sur elle, peut-être ? Ou bien parce que c'était lui qui avait enseigné à Caille et Culantos tout ce qu'un homme doit savoir ?
Bréa, lui, c'est l'oncle qui lui a enseigné, et comme petit à petit, pas mal de tentes se sont groupées autour des leurs, l'oncle est maintenant le chef d'un clan assez considérable qui doit, quand il prend possession d'un pâturage, de diviser en six petits groupes. C'est pratique, d'ailleurs. L'espace au milieu est tranquille. C'est là qu'on tond les bêtes à laine, là qu'on s'entraine aux jeux de force, là que les femmes font les teintures pour les tissus.
Assez anormalement, ça n'est pas souvent à ses fils que le chef demande, au moins une fois par jour, d'aller inspecter l'ensemble des tentes, dans les six groupements, et s'assurer que tout va bien. Presque toujours, depuis la bataille où il a reçu cette balafre qui, désormais, lui fait comme une ride au front, c'est Bréa qui est messager du chef. A la tente de sa mère, il est reçu comme ne le sont pas ses frères, du moins, tant que quelqu'un d'autre que ses parents et ses frères ou soeurs se trouve là... Et c'est assez rare qu'il n'y aie personne.
Cette importance qu'on lui donne n'est pas désagréable, mais parfois, Bréa s'en passerait bien. Caille lui cherche souvent querelle pour des choses sans importance. Culantos évite de le faire, mais le surveille, le guette, à chaque occasion de, peut-être, trouver en lui une faille, un défaut, quelque chose qui ne fera pas l'admiration universelle de tout le clan. Quand il y parvient, sa joie est visible, mais silencieuse. L'oncle ne se rend pas compte de cette rivalité. Pour lui, Bréa et Culantos sont comme des frères. Il est impensable que l'un se fâche de voir l'autre être admiré plus que lui.
Quand la soeur du père de Bréa est morte, le clan s'est demandé si le chef allait vivre avec un de ses fils ou bien sous la tente d'Abona. L'oncle n'a rien fait de tout ça. Il est resté seul, sous la tente de sa défunte femme. Il a dit que les serviteurs lui suffiraient, à moins que l'un de ses fils ou de ses neveux vienne, avec sa famille, habiter sous cette tente. Culantos a essayé. Sa femme n'a pas voulu. Les allées et venues qui en ont résulté ont tant fait rire dans les tentes voisines qu'il a renoncé et que le chef est resté seul.
Mais tous les matins, lui et son frère installent avec soin le vieillard devant la tente. Après quoi, venant de la tente d'Abona, son petit bâton fièrement tenu bien ferme, Donnos le salue en passant, avec le respect dû à un grand-père plus que celui dû au chef. Ensuite, il va, et très crânement, comme un petit prince, garder les chèvres.
Quand à Bréa, ne sachant que faire ou que dire, il il ne fait rien et ne dit rien.
Neuvième épisode dans 6 semaines.
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24-10-09
Il était une fois ... (7)
Le poing serré sur le lacet de cuir rouge qui s'enroule autour de la poignée de son épée, Bréa s'efforce de cacher la peur qui lui tenaille le ventre. Ses frères et ses cousins doivent être fous, pour avoir convaincu l'oncle de l'absolue nécessité de cette attaque. Le père de Bréa n'était pas d'accord, et plusieurs autres anciens ne l'étaient pas non plus. Trop risqué. Pas assez à gagner. Trop près de l'hiver. Trop loin du camp, de l'avis de certains. Trop près de l'avis d'autres.
Cheval-Soleil, blessé par une pique, a chuté et dévalé la pente. Bréa est resté accroché à un buisson, moulé par le choc, mais vivant, et terrorisé. Il écoute son cheval hennir, un peu plus bas. C'est lui. C'est sa vie. C'est sa force vive. Cheval-Soleil ne doit pas mourir.
Tout ça, c'est la faute de Caille. C'est lui qui a eu cette idée stupide. Ou peut-être que c'est sa faute à lui, Bréa, puisque c'est le frère de sa femme qui est venu leur parler de cette expédition à laquelle, finalement, il n'y a pas grand-chose à gagner.
Pas autant que ce que d'autres y gagneront... Car ces pauvres pillages de récoltes, Bréa le voit bien, ne font que préparer celui des maisons rassemblées pour défendre leurs métaux et leurs étoffes. Culantos, hier au feu, parlait de revenir prêter sa lance ici. Le pillage est tentant.
Bréa, lui, regrette déjà les grands arbres près desquels il a laissé Abona, les jumeaux, et tout le camp. Il n'est pas inquiet. Il y a suffisamment de monde là-bas, suffisamment d'hommes, de jeunes gens, de femmes sachant se battre, pour qu'une attaque ne soit pas à craindre. Il a seulement envie de rentrer. Soir après soir, il pense la même chose et ne dit rien. Jour après jour, il se tourne vers le soleil, au moment où il a encore la couleur de la robe de son cheval, et il s'immerge dans sa lumière, après quoi, il est brûlant comme le bronze qui n'a pas encore refroidi et capable tout le jour sans jamais prendre un instant de repos. Culantos le regarde chaque soir avec une méfiance un peu plus envieuse. Il se sent menacé, lui, le fils aîné du chef, le plus habile guerrier. Il voit son cousin devenir capable de passer devant lui.
Ca n'est pas une belle expédition. Pueslos a été blessé l'autre jour. Blessé fort. Une expédition avec des blessures sérieuses, ça n'est pas une expédition réussie. Encore un peu caché par son buisson, Bréa masse son épaule gauche, qui a l'air d'avoir reçu vraiment un très mauvais coup. Il n'a pas le temps d'approfondir. Un cavalier est sur lui, hache levée. Se penchant, d'abord, puis agrippant au passage l'animal comme il sait le faire, il plonge d'un coup sec son épée dans la jambe qui se présente à lui, avant de se hisser sur le cheval et d'étourdir le cavalier.
Ce que deviendra ce manieur de hache, Bréa n'en sait rien. Il a un cheval, et s'en sert le reste de la journée. Cette monture-là ne vaut pas Cheval-Soleil, mais lui est dans une rage folle. Il n'a plus envie de se souvenir d' Abona, de la forêt, ni des jumeaux. Il n'a pas envie de penser à son cheval blessé. Il n'a plus envie de voir les piques et les haches qu'on lève vers lui. Il a seulement envie de frapper et de tuer. Il frappe. Il frappe sans cesse et le plus fort possible, avec toute la précision qu'il y mettrait s'il s'agissait d'une chasse au loup ou au cerf. Il frappe et puis c'est tout. Parfois, il sent une déchirure dans son bras Il ne s'en soucie pas. Le ferait-il s'il était en train de lutter contre des loups ? Quand le soleil se couche, il est en train de poursuivre un fuyard. Il s'arrête. Il regarde le ciel changer de couleur. Il se rend à peine compte que son frère Fuimid, le retenant un peu pour qu'il ne tombe pas de son cheval, car il vacille, le ramène à leur campement. Il s'y endort tout de suite, sans manger. Ou peut-être qu'il dormait déjà quand il est descendu de cheval. Il ne sait pas. Il ne sait plus. Et puis, il est déjà loin, quelque part là où l'esprit de la forêt veille sur Abona et les jumeaux.
Au matin, quand il se réveille, tout le monde dort encore. Le camp est gardé par Elig, le fils aîné de Culantos, mais il dort comme un bébé. Bréa ne le réveille pas. Il se dirige vers les chevaux. Il y a aperçu une tache dorée couchée dans l'herbe.
Ca doit être Lamios qui est allé chercher Cheval-Soleil et a pansé sa blessure... Mais il est en piteux état quand même. Courra-t-il jamais comme avant, le bel étalon couleur de bronze en fusion ? Ou boitera-t-il comme une pauvre rosse ?
Quelqu'un, aussi, a mis plusieurs pansements sur ses bras, un autour de sa tête, et un autre à son torse. Il ne s'est pas rendu compte qu'il était blessé. Pourtant, à son bras, ça doit être profond. Il y a du sang sur le tissu. A son front, c'est sûrement rien, il s'en rendrait compte. Bréa ne comprend pas bien. Il retourne s'asseoir. Il faut qu'il réfléchisse.
Pas le temps de penser. Quelqu'un vient poser un morceau du gibier grillé la veille au soir et un bol de bouillie froide près de lui. C'est Culantos. Il a les yeux remplis de quelque chose que Bréa ne lui a jamais vu avoir pour personne. Ce regard ressemble à celui de Semias le jour où il a tué le sanglier. Il lui parle avec le ton de respect qu'il n'a que pour parler aux anciens. Bréa a envie de se recoucher, tout à coup. Il a envie de revenir au matin précédent. Il a la tête qui tourne.
Culantos le fait asseoir et lui fait boire de l'eau. Il se rend compte, tout à coup, qu'il avait soif. Très soif. Il le fait manger un peu. Bréa fait signe qu'il se débrouillera seul.
Son silence a l'air d'inquiéter Culantos, qui va, en quête de renfort réveiller Fuimid et Lamios. Bréa regarde ses frères un moment, et puis, tranquillement, il déclare :
- « Sitôt que Cheval-Soleil et Pueslos peuvent voyager, je rentre. Faites comme il vous plaira. »
Culantos hoche la tête.
Le retour est décidé.
C'est drôle. Ca ne fait pas grand-chose à Bréa. Il a l'impression d'être en train de s'extirper d'un mauvais rêve.
Là-bas, là où ils se sont battus hier, on voit des oiseaux par grosses masses sombres.
D'un camp allié qui est du côté d'où vient le vent, on entend venir des rires épais. Tout près, il y a le camp du frère d'Abona et des archers de son peuple. On y entrevoit que ça bouge un peu, pour préparer les armes et soigner les chevaux.
Quelque part, loin d'ici, pas très loin d'une sombre forêt, il y a le camp, avec les bêtes à laines autour, et les chevaux plus loin. Oui, sûrement, c'est un rêve. Quand il en reviendra, il ira dans la forêt à la rencontre des esprits.
Huitième épisode dans 6 semaines.
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12-09-09
Il était une fois (6 ° épisode)
C'était il y a déjà deux étés, et c'était sur un autre pâturage. Quand il l'a ramenée au camp, il n'était pas bien sûr, encore, que ses traces ne seraient pas suivies, et le clan s'est préparé à recevoir une attaque, mais elle n'est pas venue et petit à petit, la vie a repris comme avant. La seule différence, c'était que maintenant, il avait une femme et qu'il allait falloir lui donner une tente, pour ne pas rester trop longtemps sous celle de l'oncle.
Il a fait des voyages de troc pour avoir plus vite les peaux et les tapis de feutre. Ses frères, ses cousins et ses amis l'ont aidé. Assez vite, on s'était rendu compte que la muette était plus habile qu'aucune femme du clan à préparer des remèdes et des teintures et à les employer. Dès lors, elle a été définitivement considérée comme une femme-esprit et il a été également considéré qu'elle devait rester.
Personne n'étant venu la réclamer, la question de son départ, au début, de s'est pas posée. Au deuxième printemps qu'elle était avec eux, quand le clan a changé de pâturage, on a planté sa tente à elle pour la première fois. Une belle tente, avec des tapis de couleur vive et des pendeloques de corne et de bronze à l'entrée. Il était bien temps de l'avoir, cette tente, parce que, à l'été, c'est là que sont nés les jumeaux.
Le bruit a vite couru, parmi les clans nomades, que la magicienne Abona, qui est de l'autre côté du monde, avait donné un fils et une fille à Bréa, le plus vaillant et sage d'entre les neveux du chef Epocatos. De beaucoup de clans, des gens sont venus, par courtoisie ou par curiosité. Beaucoup se sont étonnés de voir les jumeaux si différents l'un de l'autre. Lui, brun et méfiant, elle rousse et rieuse. Là encore, la plupart ont vu un signe des origines non-humaines de leur mère. Le défilé a duré tout l'été et tout l'automne, et au printemps, il a repris. Bréa n'aurait jamais pensé recevoir tant de visites pour si peu de choses, même si, au fond, ça n'était qu'une raison comme une autre de venir chez eux faire un peu de troc, échanger des nouvelles,envisager une chasse en commun ou discuter de qui prendra quelle route, pour que les troupeaux ne se mélangent pas et qu'il n'y aie pas de raison de se battre entre clans.
Il y a encore eu quelques familles qui se sont jointes au clan. L'oncle en a semblé contrarié. Trop de monde. Pas facile de pâturer sans se heurter au clan voisin. Pas facile de trouver un endroit pour rester longtemps. Bréa n'a pas osé dire que ça n'était pas en continuant dans un coin où on trouve de plus en plus de forêts qu'on va avoir facile à pâturer en grand nombre. Ca n'est pas inutile, d'être une grosse troupe, quand il y a des attaques...
Et justement, c'est à ce moment-là qu'ils sont venus.
Bréa n'était pas au camp le jour où ils sont apparus, aux heures chaudes, sans que personne, des hommes qui surveillent les chevaux et les alentours du camps, les aie vus arriver. Ils étaient trois, avec des arcs. L'un d'entre eux, sans descendre de cheval, s'est avancé dans le camp. Il a cherché du regard. L'oncle et les anciens se sont approchés. Ils lui ont demandé ce qu'il voulait. Il a désigné Abona.
Il y a d'abord eu un silence, puis des femmes ont hurlé et empoigné des piques et des poignards. On les a calmées et l'oncle a expliqué au cavalier que cette femme était celle de son neveu et la guérisseuse du clan. L'homme a seulement répondu qu'elle était, avant, magicienne de son clan à lui et que celui qui avait osé la toucher était fou d'oser défier ainsi les esprits qui l'entourent. Il a demandé, encore, qu'on la rende. Sa magie était de droit à leur clan à eux.
Bréa était à la chasse avec Pueslos, Ivos et Bogios. Ils sont revenus assez tard, leurs quatre montures chargées chacune d'une belle pièce et assez contents d'eux. Quand on leur a expliqué ce qui se passait, Bogios a demandé pourquoi on réglait pas la question en trois coups de lance. L'idée a fait un remous dans le camp. Ca avait l'air de plaire. On attendu la réaction de Bréa, qui ne disait rien.
Il aurait dit quoi ? Ces gens n'avaient pas tort, et puis, ils agissaient plus correctement que lui ne l'avait fait... Mais leur camp à eux était plus petit et de plus, il n'y était pas entré pour prendre Abona. Elle en était sortie. A coup sûr, un dans le camp, deux au bord, ça ne les mettait pas en position de force, mais est-ce qu'on était sûrs qu'ils n'étaient pas plus nombreux quand ils avaient vus le camp ? Et puis, ils avaient sûrement des clans alliés qui seraient ravis de se joindre à eux pour une expédition sur le gros campement d'un clan riche. Ces gens-là se battent avec l'arc. C'est sans gloire, mais il faut bien reconnaître que ça ne laisse pas le temps de manier la pique. C'est même déloyal... Comment voulez-vous mener un combat dans des conditions pareilles ? L'arc, c'est pour la chasse... Et encore, celle aux petits animaux, juste pour se nourrir. Aucune gloire là-dedans !
D'un geste qu'il essaye d'avoir le moins las possible, Bréa fait signe à l'archer de venir s'asseoir avec lui près de la tente. L'homme regarde ses compagnons. Bréa hoche la tête. Ils peuvent venir aussi.
Il ne rendra pas Abona, ça, il en est bien certain... Mais il n'a pas non plus envie que le clan en arrive à se battre contre ces gens-là, même si ce ne sont pas des esprits. Il a déjà entendu parler de ces archers. Quand il faisait du troc, pour avoir la tente, il a rencontré des gens d'un clan qui avait été attaqué par eux. C'est pas des esprits, mais c'est peut-être encore pire.
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Septième épisode dans 6 semaines.
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29-07-09
Il était une fois ... (5 ° épisode)
Cachés dans les buissons, Bréa et Bogios font si peu de bruit, bougent si peu, que les oiseaux sont revenus s'y poser. Ca n'est pas très confortable, ce sol caillouteux, avec des herbes trop basses pour bien s'y cacher ailleurs que sous ces branches, mais ce qu'il y a, là, tout près du ruisseau, mérite bien ça.
C'est Bogios qui, le premier, en cherchant après un poulain égaré, a vu la fumée et a parlé d'aller voir de plus près. Bréa a hésité, mais pour finir, il a cédé. Le poulain se retrouvera sûrement... On n'a pas remarqué de loups dans les environs.
Alors ils sont là, tous les deux, sous les buissons. Ils ont laissé leurs montures en arrière et se sont approchés à pied. On est curieux, à quinze ans, surtout quand toute rencontre avec un autre clan peu être l'occasion de se glorifier d'une façon ou d'une autre.
Ce campement n'a rien d'extraordinaire en lui-même. Il est en tous points semblable à celui dont ils viennent. Quelques familles, avec leurs tentes et là-bas, on entrevoit le troupeau. Ce qui pétrifie Bréa et Bogios, c'est l'une des jeunes filles qui sont près de la rivière en train de préparer une teinture pour la laine.
Ni dans leur clan, ni dans aucun autre, ils n'ont jamais vu une fille pareille. Leur clan et les quelques clans amis rencontrés, ça ne fait sans doute pas grand-monde... Mais pour eux, c'est beaucoup. C'est tout ce qu'ils connaissent. Cette fille, même en train de piler des couleurs, elle est plus belle que toutes les femmes du clan quand elles se parent pour une fête.
Elle a des cheveux noirs qui font briller les éclats du bronze qui y est accroché. Elle a une robe claire bordée de dessins rouges. Ses bras nus sont comme le ruisseau. D'un coup, Bréa n'y tient plus et bondit en arrière, faisant s'envoler tous les oiseaux.
Il siffle pour faire venir Cheval Soleil, sans se demander un seul instant si la monture de Bogios va suivre. L'étalon arrive au galop. Il bondit sur son dos et repart immédiatement, en direction du ruisseau. Il a à peine eu le temps de voir que, en effet, la jument noire de Bogios est venue. Il ne se demande pas si Bogios va avoir le réflexe de grimper dessus.
La suite est très rapide. Juste le temps que le galop de Cheval-Soleil le mène jusqu'au ruisseau, qu'il traverse sans ralentir. Déjà, Bréa s'est penché et a tendu le bras. Il a un coup au coeur au moment où, ramenant son bras, il serre un instant la fille contre lui, mais iil ne doit surtout pas perdre un instant. Il talonne Cheval-Soleil et plaque la fille en travers de l'encolure. Il est parti en descendant le ruisseau. Bogios a eu le bon sens de ne pas le suivre tête baissée. Il doit guetter de loin.
Les gens du camp, eux, par contre, n'ont aucune intention de guetter de loin... Normal... Mais même fatigué, Cheval-Soleil est le meilleur qui soit et il va le montrer... Mais ? Qu'est-ce que c'est que ces gens qui poursuivent un homme avec des flèches ? Ca, c'est pas correct ! Il évite quelques flèches, lancées trop haut pour blesser sa monture ou la fille. Il talonne plus fort Cheval-Soleil, et puis, d'un coup, il oblique, et repart vers le ruisseau, qu'il traverse à nouveau. Il est plus large, à cet endroit. Plus méchant, aussi, et la fille, qui se tenait aussi tranquille qu'on peut l'espérer en telles circonstances, se met à hurler.
Il ralentit un peu pour regarder derrière lui. Les autres ne l'ont pas suivi... Mais ils ajustent leurs arcs, avec un calme qui ne dit rien de bon à Bréa. Juste qu'il faut repartir très vite. Du plus vite que Cheval-Soleil aie jamais couru. Pas assez vite, pourtant ! La brûlure dans son épaule rappelle à Bréa que, peut-être, Bogios n'est pas loin et peut l'aider.
Le soir est proche, et il n'y a plus personne derrière eux. Bréa arrête enfin Cheval-Soleil. Il descend. Il regarde la fille se laisser glisser à terre. Il essaye de détacher la flèche. Ca ne vient pas. Il essaye encore. La fille vient l'aider. La flèche est ôtée. Il découpe son habit avec son poignard pour panser la plaie. Elle fait ça doucement, et comme si elle n'avait pas peur de lui.
Elle a ramassé du bois pour un feu. Il devrait refuser, mais il a froid, et puis le soir baisse. Il a envie de la voir encore un peu. Elle aussi, dirait-on, car elle le regarde bien dans les yeux, longtemps, sans rien dire. Lui non plus ne dit rien. Qu'est-ce qu'il lui dirait ? Qu'il l'a enlevée sur un coup de tête, sans réfléchir à quoi que ce soit ? Elle l'a soigné, elle n'a pas peur, elle reste là, comme une présence rassurante. Il a l'impression d'être le loup qui attaque sans prévenir. Un loup, encore, aurait réfléchi ! Lui pas.
Et puis, il se décide. Il l'a enlevée pour ça après tout.
Le soleil est déjà haut quand ils sont réveillés par la jument noire qui hennit sous les mordillements de Cheval-Soleil. Bogios est en train de rallumer le feu. Sur le sol, il y a les deux lances. L'une d'elles a servi à perforer un renard.
- "Vous pressez pas... Les chevaux non plus sont pas pressés de repartir."
Bogios bougonne. Ca n'a pas l'air de lui plaire trop, cette aventure... Et en même temps, il a l'air assez content de pouvoir comparer Bréa à son cheval.
- "Et sinon... Elle s'appelle comment, ta conquête ?"
Bréa regarde ladite conquête. Il n'a pas la moindre idée de son nom. Elle ne dit rien. Elle sourit. Elle vient coller sa tête contre son épaule intacte, en lâchant quelques sons inarticulés. Elle ne dit rien, mais elle a l'air tout à coup très triste.
- "Parole... Elle est muette ? Bréa... Alors là..."
Cet idiot éclate de rire. La fille éclate en sanglots. Les deux chevaux sont toujours à se poursuivre l'un l'autre. Les morceaux de renard, sur leur broche, sont en train de bruler. Bréa ne sait pas bien quoi faire. Finalement, il embrasse la fille, file un coup de poing à Bogios, et va tourner la broche.
Il lui semble déjà entendre son père et son oncle lui expliquer que cette fille muette qu'il est allé chercher de l'autre côté d'une rivière vient d'un autre monde et qu'elle n'est pas humaine. Peut-être qu'ils ont raison... Mais ça ne la lui fera pas ramener où il l'a trouvée. Muette ou pas, on la ramène au camp. Un nom, on lui en trouvera un. Si c'est une femme-esprit, elle protègera le campement. Si ça n'en est pas une, y'a pas de raison de s'inquiéter.
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Sixième épisode dans 6 semaines (environ).
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13-06-09
Il était une fois... (4° épisode)
Penché sur le sol gelé, Lamios cherche les traces qu'on a perdues depuis déjà un bout de temps. Semias a renoncé pour souffler dans ses doigts avec acharnement. Bréa regarde tout autour d'eux. Il n'aime pas la forêt. C'est trop facile pour les bêtes dangereuses de s'y cacher et pas assez facile d'y avancer à cheval.
Il préfère les herbes hautes et les buissons. Là, lui et Cheval-Soleil sont les maîtres, et quand il a une pique au poing, ils sont plus forts que le sanglier ou le loup. Ici, c'est différent. C'est leur domaine. Ils sont peut-être là, tout près, et on ne les voit pas. Ils sont sûrement tout près. Bréa a la sensation de regards braqués sur lui. Des tas de regards. Il en est sûr, parmi ces regards, il y en a un qui est plus perçant, plus mordant. Est-ce que c'est le cerf qu'ils ont poursuivi, ou bien une louve qui aurait sa tanière près d'ici ? ou bien, pire encore, est-ce que ce c'est l'esprit de la forêt qui les regarde, eux qui viennent de là où le vent souffle et sont entrés dans son domaine ?
-" On le trouvera pas... Faut faire demi-tour. J'ai pas envie de passer la nuit ici."
Lamios se détache enfin du sol trop gelé. Semias, le poing serrant la bride de son cheval, a un air qui ne laisse pas prise à la discussion, et de toutes façons, les mèches blanches qui partent à l'assaut des cheveux roux sont une interdiction absolue de discuter. Pourtant, Lamios regarde son frère, quêtant de sa part un soutient, mais Bréa, lui aussi, est pressé de repartir. Même les chiens ont l'air d'avoir peur.
-"C'est quand même dommage... Il est blessé... Et on a besoin de gibier."
Semias ne répondra pas. Il est déjà reparti. Bréa sait que son frère dit vrai. Il sait aussi que rester ici pour la nuit serait se mettre à la portée de tous les dangers de la forêt. Il faut repartir, avant qu'il fasse trop sombre pour avancer.
Les arbres qui restent garnis en hiver, ça n'est pas normal. Il y en a pourtant beaucoup dans cette forêt. Bréa en est de plus en plus sûr, ça n'est pas une forêt normale. Il en est de plus en plus sûr, le regard qu'il sent fixé sur eux est celui d'un être de l'Autre Monde.
C'est l'heure où les oiseaux de nuit se réveillent. Ces bêtes-là non plus, elles ne sont pas bien normales, de pouvoir se passer de la lumière du jour. Il ne fallait pas venir chercher le cerf blessé dans la forêt, surtout que, pour ça, il a fallu, d'abord, passer une rivière. Il ne fallait pas. Cet endroit est un autre monde. C'est dangereux d'y rester, mais sûrement pas à cause des loups.
Les loups, encore, ça n'est jamais que des animaux. On peut en tuer quelques-uns et espérer que les autres vont reculer. Les esprits, ça ne se tue pas. Bréa n'est pas seul inquiet. Cheval-Soleil tire sur sa bride. Il faut le retenir, sans quoi, il va dépasser Semias, et ça, Bréa n'y tient pas.
Finalement, entre les branches, un ciel déjà enflammé s'entrevoit. Enfin. Bréa, de soulagement, a un temps de ralentissement, et puis presse un peu le pas. La lumière du soleil couchant entre les dernières branches... Il s'en remplit les yeux, en tapotant déjà l'encolure de Cheval-Soleil.
Et là, en sortant de la forêt, juste devant eux, dans le soleil, il y a un jeune sanglier dont le poil roux brille à en paraître, par endroits, presque blanc.
Sémias a levé sa pique. Lamios, qui marchait un peu en arrière, lâche sa monture pour accourir. Bréa pousse un peu Semias, qui se laisse écarter pour laisser passer ce garçon dont la jeunesse a déjà prouvé qu'elle alliait force et habileté. Lui-même sent venir le moment où il ne sera plus guère prétendre qu'à l'expérience et peut-être à la sagesse. Il fait asseoir le chien-chef tout près de sa jambe, où il pourra le surveiller. Les quatre autres, du coup, n'avancent pas plus. Il retient Lamios, dont le pas trop brusque risque de donner l'éveil à l'animal en train de briser la croûte gelée pour se nourrir de ce qui est dessous. Ils regardent Bréa monter à cheval sans un bruit, masqué par les branches de l'un de ces arbres de l'hiver qui ne perdent pas leurs feuilles. Ils serrent leurs piques au moment où Cheval-Soleil s'élance comme une flèche. Au moment où l'arme de Bréa reste fichée dans la bête ils s'élancent à leur tour. Bréa, lui, à sauté à terre, le grand poignard qu'il a au côté, bien en main. Plus âgé, le sanglier aurait chargé, mais il cherche plutôt à fuir.
Sur un côté, il y a la bête à grands sabots qui bat l'air pour le frapper quand il approche. Sur deux autres, des deux-pattes avec des choses brillantes et qui piquent comme celle qui est plantée dans son côté, brandies en avant. Il y a des bêtes à crocs avec eux. Sur le dernier côté, il y a encore un deux-pattes, qui a lui aussi une chose brillante, mais qui la tient tout contre lui, sous lui, même, car il est penché. Il fait moins peur. C'est ce côté que le mangeur de racines et de vers choisir pour s'enfuir. Le grand poignard jaillit en avant et se plante dans son cou.
Bréa se redresse, un peu étourdi. Lamios et Semias le regardent sans avancer. Derrière lui, le soleil est devenu rouge, et le vent soulève ses cheveux. Ils ont l'impression que quelque chose vient de se passer qui n'était pas tout à fait une chasse ordinaire.
Cheval-Soleil fait le tour de la bête abattue, prudemment. Il va, se placer près de son maître qui se laisse envelopper par le vent. Bréa sent un souffle chaud remplacer le froid, du même côté. Lui, Cheval-Soleil, le vent, ils font partie du même monde. Celui où il y a le ciel au-dessus, avec le soleil le jour et la lune la nuit. Le vent est la course des chevaux, la vie qui parcourt les herbes quand elles sont hautes et le manteau de givre des buissons. Là, à terre, il y a ce que l'esprit du monde sombre de la forêt a bien voulu leur donner.
Quand Semias, enfin, s'approche de lui, avec bien plus respect qu'un homme de cet âge et de cette expérience n'en donne à un si chasseur, aussi habile soit-il, le soleil est passé sous l'horizon.
Sémias a levé sa pique. Lam, qui marchait un peu en arrière, lâche sa monture pour accourir. Bréa pousse un peu Semias, qui se laisse écarter pour laisser passer ce garçon dont la jeunesse a déjà prouvé qu'elle alliait force et habileté. Lui-même sent venir le moment où il ne sera plus guère prétendre qu'à l'expérience et peut-être à la sagesse. Il fait asseoir le chien-chef tout près de sa jambe, où il pourra le surveiller. Les quatre autres, du coup, n'avancent pas plus. Il retient Lam, dont le pas trop brusque risque de donner l'éveil à l'animal en train de briser la croûte gelée pour se nourrir de ce qui est dessous. Ils regardent Bréa monter à cheval sans un bruit, masqué par les branches de l'un de ces arbres de l'hiver qui ne perdent pas leurs feuilles. Ils serrent leurs piques au moment où Cheval-Soleil s'élance comme une flèche. Au moment où l'arme de Bréa reste fichée dans la bête ils s'élancent à leur tour. Bréa, lui, à sauté à terre, le grand poignard qu'il a au côté, bien en main. Plus âgé, le sanglier aurait chargé, mais il cherche plutôt à fuir.
Sur un côté, il y a la bête à grands sabots qui bat l'air pour le frapper quand il approche. Sur deux autres, des deux-pattes avec des choses brillantes et qui piquent comme celle qui est plantée dans son côté, brandies en avant. Il y a des bêtes à crocs avec eux. Sur le dernier côté, il y a encore un deux-pattes, qui a lui aussi une chose brillante, mais qui la tient tout contre lui, sous lui, même, car il est penché. Il fait moins peur. C'est ce côté que le mangeur de racines et de vers choisir pour s'enfuir. Le grand poignard jaillit en avant et se plante dans son cou.
Bréa se redresse, un peu étourdi. Lam et Semias le regardent sans avancer. Derrière lui, le soleil est devenu rouge, et le vent soulève ses cheveux. Ils ont l'impression que quelque chose vient de se passer qui n'était pas tout à fait une chasse ordinaire.
Cheval-Soleil fait le tour de la bête abattue, prudemment. Il va, se placer près de son maître qui se laisse envelloper par le vent. Bréa sent un souffle chaud remplacer le froid, du même côté. Lui, Cheval-Soleil, le vent, ils font partie du même monde. Celui où il y a le ciel au-dessus, avec le soleil le jour et la lune la nuit. Le vent est la course des chevaux, la vie qui parcourt les herbes quand elles sont hautes et le manteau de givre des buissons. Là, à terre, il y a ce que l'esprit du monde sombre de la forêt a bien voulu leur donner.
Quand Semias, enfin, s'approche de lui, avec bien plus respect qu'un homme de cet âge et de cette expérience n'en donne à un si jeune chasseur, aussi habile soit-il, le soleil est passé sous l'horizon.
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Cinquième épisode dans 6 semaines (environ).
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02-05-09
Il était une fois... (3° épisode)
Les pieds de Culantos glissent sur le sol. Il essaye pourtant bien de trouver un point d'appui, mais Bréa remue trop. Son père dit de lui qu'il lutte en sautillant. Du coup, ça n'est pas facile de le déstabiliser. En revanche, ça gêne beaucoup Culantos, qui a déjà manquer trois fois de tomber. Manqué, seulement, ça n'est pas assez. Il faut qu'il tombe... Seulement, il est le fils du chef, et il n'a aucune envie de se laisser battre à la lutte par un gamin sans un poil sous le nez.
Bréa est dans son quatorzième automne. Il est né au moment où les oiseaux reviennent, à la fin de l'hiver. Aussi forts que soient ses membres, musclés par l'art de maîtriser les chevaux et par les longues chevauchées en montant à cru, il n'est pas de taille, et ses sautillements n'y changeront rien. D'ailleurs, il fatigue. Dans pas longtemps, c'est lui qui va glisser.
Avec toute l'énergie qu'il sait mettre quand il manie une pique contre un loup, Bréa, d'un coup, se tord en tirant Culantos sur le côté. Ca le déséquilibre, lui aussi, mais au point où il en et, ça n'est pas grave. Ce qui compte, c'est que tout le camp, assemblé pour les jeux de force, voie bien qu'il s'est battu autant qu'il en a été capable.
Il y a des cris. L'oncle s'avance. Un des genoux de Culantos touche le sol. Complètement épuisé, cette fois, Bréa a un peu de mal à se rendre compte qu'il a gagné. Et puis, il reprend son souffle. Il réalise que, vaincre à la lutte un homme fait, un jour de fête, en plus, aucun de ses frères ne l'a fait si jeune. En plus, c'est Culantos, qui n'est pourtant pas un des moins forts du camp et ne se prive pas de le faire savoir, même si, régulièrement, Fuimid lui rappelle qu'il n'est pas non plus le plus habile.
Cette victoire vient de faire définitivement de Bréa un homme. Désormais, il prendra part aux grandes chasses pour lesquelles le clan s'allie à tel ou tel autre, afin d'augmenter les chances et de diminuer les risques. Il participera, aussi, aux expéditions armées, pour piller ou pour venger un pillage. Son ami Bogios, avec qui il garde les chevaux, avec qui il apprend à manier le métal, le bois et le cuir, et avec qui il s'entraîne aux jeux de force et d'adresse, le regarde avec envie. Lui n'a pas beaucoup brillé, à la lutte, guère ailleurs non plus. Il ne lui reste que la course de chevaux, et il a beau être un cavalier tout à fait correct, et sa jument être très rapide même quand elle est pleine, ses chances sont assez faibles.
Personne n'est surpris, cette fois, de la victoire de Bréa. Cheval-Soleil est beaucoup trop rapide et il obéit beaucoup trop bien à son maître, même s'il ne le fait qu'à lui seul. C'est à peine une victoire. Par contre, on est assez surpris de voir Bogios si près derrière, là où on attendait plutôt Demné ou Dallan, dont les étalons valent bien Cheval-Soleil et qui ont juste le tort de ne pas être aussi habiles cavaliers que Bréa... Mais qui, dans le camp, peut prétendre à ça ?
Bréa, un peu perplexe, mais pas mécontent, regarde du haut de sa monture, encore toute nerveuse de la course, la fête qui est faite à Bogios. On l'arrache de sa monture, ses frères et cousins le bousculent, ses soeurs amènent leurs gniards pour leur faire admirer l'exploit. On n'aurait pas fait autrement s'il avait gagné... C'est Fuimid qui vient tirer Bréa de sa rêverie.
-" Il a envie de galoper encore... Tu le laisses partir, ou bien tu y vas avec lui ?"
Bréa hésite. Il n'a pas envie de descendre de cheval, mais à quoi ça l'avancerait de passer le reste de la journée à galoper ? Il fait ça tous les jours... Et le camp n'est pas tous les jours en fête !
Cette fête, c'est la dernière chose qu'on va faire sur ce campement. Ces derniers jours, les hommes ont rassemblé les chevaux, les femmes et les enfants ont réuni les troupeaux de chèvres en un seul. Demain, on démontera le camp.
Demain, on chargera sur les chevaux les tapis de feutre et les peaux, bien serrés en rouleaux, les sacs contenant les outils de la forge, ceux avec les pots à cuire et les cuillers, ceux avec ce qu'on a de vivres en réserve. Dans quelques jours, on sera au le nouveau campement, en train de préparer une chasse. Une chasse avec seulement les hommes du clan, juste pour avoir des réserves pour l'hiver. Il a l'air de devoir venir vite. Faudra être prêts.
Ca fait quelque chose à Bréa, de s'en aller. Cet endroit, c'est lui qui l'a trouvé. On y est venu l'été dernier. On y est restés l'hiver parce que l'endroit n'est pas trop rude, on y est encore resté cet été. Mais on s'en va quand même. On a trouvé mieux pour passer l'hiver, et sûrement, on ne reviendra pas avec l'été. Oui, ça lui fait quelque chose. Quand il a trouvé cet endroit, l'oncle avait été content de lui, il avait été très fier. Mais ça n'était qu'un pâturage comme les autres et on s'en va voir plus loin.
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Quatrième épisode dans 6 semaines (environ).
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18-03-09
Il était une fois ... (2 ° épisode)
Le métal, coulant hors du vase où il a fondu, a la même couleur que Cheval-Soleil. Il y en a un peu trop, ça va déborder du moule. Pueslos, déjà, a redressé le creuset. Le métal est trop précieux pour qu'on le gaspille dans la cendre et la terre.
C'est la première fois que Bréa est autorisé à aider ses ainés à la magie du feu qui change les lingots verts et gris en lames brillantes. Pueslos dit que le clan à qui on a acheté les lingots les a obtenus en faisant fondre des pierres. Il n'a pas l'air de s'en émerveiller... Il faut dire qu'il vient de passer longtemps chez ces gens, et ça malgré la distance qui commence à séparer les pâturages de ce clan et ceux du leur.
Lamios dit que Pueslos et Fuimid ont en tête une expédition armée sur ce clan, pour y prendre une fille qui plaît à Pueslos et qu'on ne veut pas lui donner. Si ça se fait, ils l'emmèneront surement. Lamios a quinze ans et autant de ruse que de force. Ca serait idiot de se passer de lui. Mais Bréa, lui, restera au camp. Plus un enfant, mais pas encore un homme. Dire qu'il en est vexé, ça serait beaucoup... Bréa, au fond, ne raffole pas, des jeux brutaux. Peut-être parce qu'il est encore trop peu musclé pour y faire merveille, et pas non plus très exercé à leurs finesses que, pourtant, Fuimid lui explique avec tellement de joie.
Bréa et Bogios, le frère du mari de sa grande soeur, sont à cet âge entre deux âge où est est pas un enfant et pas un adulte. Pas pour eux, les jeux de force des hommes. Pas pour eux, non plus, les jeux des petits entre les tentes et le troupeau de chèvre. Leurs jeux à eux, ils se font avec un cheval et ils servent à ramener à manger ou à empêcher le troupeau de chevaux de s'éloigner trop.
<<--- il est bien gribouillis, mon gribouillis, hein ? On pige ce qui se passe, au moins ? J'avais pas le temps de dessiner quand j'ai fait ça...
Bréa ne s'en rend pas bien compte, mais il est de moins en moins souvent au camp et de plus en plus souvent en train de chasser ou de surveiller les chevaux. Il ne fait pas ça parce que c'est un travail d'homme. Il fait ça parce qu'il aime être à cheval et qu'il en profite pour aller voir, chaque fois, un peu plus loin. Bogios, lui, souvent, cherche un endroit tranquille où s'assoir, et quand il l'a trouvé, il y reste jusqu'à ce que Bréa revienne le chercher. Sa mère dit de lui qu'il serait capable, si on le laissait faire, d'oublier de rentrer.
Aujourd'hui, Pueslos a demandé aux deux petits jeunots de l'aider à la magie du feu. D'habitude, il fait ça avec l'oncle, mais l'oncle vieillit, et puis, il le dit lui-même: Pueslos en sait plus que lui, sur les métaux et les flammes. Alors maintenant, c'est lui le maître du feu, au camp, et c'est lui qui répare ou fabrique les armes.
Contrairement aux chevaux, la naissance du métal a l'air de passionner Bogios, qui ne perd pas un geste de Pueslos, écoute attentivement, fait exactement ce qu'il faut et juste au bon moment... Mais Bréa, lui, ne voit que cette couleur chaude, la même que celle de son cheval et du soleil quand il est déjà bas. Il regarde le masse brillante qui sort du moule refroidi, avec un peu d'horreur et quand Pueslos lui demande de la polir avec une pierre, il serre les dents.
<<<---GHT,2° ép, Hors-Texte... Un petit prince apprend ce que c'est qu'une épée... Quand il sera grand, ça lui sera utile. La logique aurait voulu que je lui ôte son diadème, pour cette occupation où il doit déjà avoir bien chaud, mais comme ça, au moins, on le distingue bien parmi les autres apprentis...
Est-ce que cette chose va servir à conquérir, chez les gens à qui on a acheté sa matière, la fille dont Pueslos veut faire sa femme ?
Cette idée lui fait peur... Il regarde la prairie. Hier, il a parlé à l'oncle d'un endroit qu'il a repéré, avec une rivière claire, de l'herbe haute, et beaucoup de gibier. L'oncle, qui est de moins en moins enclin à rester en place, au fur et à mesure qu'il vieillit, a tout de suite paru rêveur. A coup sûr, on attendra pas longtemps pour repartir et on ne repartira pas sur un pâturage où on a déjà été. C'est comme si on était déjà là-bas...
Et ensuite ? Ensuite, Bréa ne sait pas. Ensuite, ça sera un autre pâturage, et encore un autre. Peut-être qu'on croisera d'autres clans, aussi. Ce qui compte, c'est qu'il y a là-bas, de quoi nourrir leurs troupeaux, et c'est important, parce que ce printemps, le beau-père de Fuimid est venu, avec sa famille et ses troupeaux, se joindre au camp. Il commence à être gros, le camp, du coup, il redoute moins les attaques, et du même coup, il y a plus de troupeaux et il faut des pâtures meilleures.
Depuis qu'il garde les chevaux, Bréa a au côté un poignard d'airain, qui brille dans la lumière, quand il le sort de son étui de peau. Un petit, pas tout neuf et ré-aiguisé trop de fois, mais une arme quand même. Ca lui sert à la chasse, mais il sait que si le camp est attaqué, ça servira à se battre. Quand il sera plus âgé, s'il surprend un voleur de chevaux, il s'en servira aussi... Mais à son âge, il ne faut pas trop y compter. La seule chose qu'il pourra faire, c'est galoper pour ramener ses frères ou ses cousins.
C'est quand même quelque chose, ce poignard. Pueslos dit qu'on en a pas assez qui soient solides, et pas d'assez bons. Il dit qu'en cas de combat, il faudra que tout le camp aie des armes bien meilleures, même s'il s'agit seulement de ramener des chevaux volés.
C'est peut-être pour ça, aussi, qu'il a fait tous ces échanges pour avoir les lingots gris et verts avec lesquels on fait le bronze...
Avec mille précautions, Pueslos vient d'ouvrir un moule plus gros que les autres qu'il a rempli hier avec l'oncle. C'est une énorme pointe de lance, plus large et plus longue que sa main, qui est dedans. Il la sort, il la soupèse, la fait sauter dans sa main, et puis, se saisit d'un polissoir et, tout souriant, se met à la caresser.
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Troisième épisode dans 6 semaines (environ).
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07-02-09
Il était une fois ... (1 ° épisode)
Il y a quatre tentes, dans le camp. Celle de sa mère, où il est. Celle de la soeur de son père, la plus grande. Celles des épouses de ses cousins, les plus neuves.
C'est un petit chien qui a réveillé Bréa, en venant se loger sous sa couverture de peau de cerf. Encore un peu ensommeillé, maintenant, il écoute les bruits du campement en jouant avec le chiot qui lui lèche les doigts. Il fait jour, déjà. Il devrait se lever. Il a neuf ans. Il doit aller s'occuper des bêtes à laine avec ses frères plus jeunes.
Bréa est, dans le camp, le dernier enfant à être né dans un camp qui ne bougeait pas. Il ne s'en souvient pas, bien sûr, mais on le lui a dit. C'est pour ça qu'il porte ce nom. Sa mère dit qu'ils vont dans un endroit bien mieux que là où ils étaient avant. Sûrement ça doit être vrai. D'ailleurs, ses cousins et ses frères aînés ont l'air d'y croire. Avant, on allait moins loin, parait-il, et on revenait ensuite. Maintenant, toujours, on va plus loin. Alors, chaque fois qu'on plante le camp, c'est pour quelques lunes, juste en attendant que les cavaliers partis voir aux alentours, reviennent dire la meilleure route à prendre. Le plus souvent, l'oncle de Bréa choisit celle où les pâturages sont meilleurs. Une fois, Bréa se souvient qu'on avait levé le camp très vite, par une route rocailleuse, et que les hommes en âge de se battre étaient partis dans la direction opposée. Ils étaient revenus avec des chevaux chargés de beaux tissus et de bijoux.
Un des petits frères s'est levé... Du coup, pas possible de traîner encore. En passant près du feu, Bréa prend dans un panier un morceau de viande séchée, puis il saisit son bâton et court rassembler le troupeau. Il ne doit pas être trop dispersé. Les chiens de la famille sont bons à garder les bêtes. Ils sont moins bons à chasser, mais ça n'est pas grave, puisque ceux de l'oncle le sont.
- "Viens par ici ! Regarde comme il est beau !"
Culantos, l'aîné des fils des cousins de Bréa, s'est avancé dans le troupeau de chèvres en conduisant un poulain. Il est tout doré, avec une crinière et une queue presque blanches. A coup sûr, ça sera un vrai soleil, ce cheval, quand il sera grand. En plus, c'est un petit mâle, et il est déjà bien nerveux. Ca oui, un beau cheval.
- "Oui... Il est beau.
- Il est à toi. "
C'est pourtant bien un poulain du troupeau de l'oncle, ça... Ca n'est que quand il se retrouve seul avec la longe dans la main que Bréa réalise que ce petit paquet de nerf sera, quand il sera assez fort pour le porter, sa monture et que d'ici-là, on attend de lui qu'il le dresse. Alors, quand il rentre au camp, c'est avec ce poulain qui, un coup s'arrête pour brouter une touffe d'herbe toute fraîche, un coup essaye de courir après les oiseaux et qui dans tous les cas, malgré son âge, tire joliment fort sur la longe.
Quand il entre dans la tente, il voit un paquet, à la place de sa couverture.
Alors il regarde, dehors, et il se souvient. Il y a trois ans, Pueslos, qui venait d'avoir dix ans, est allé vivre dans la tente de l'oncle, où étaient déjà Lamios et Fuimid. Les deux fils de l'oncle sont tous les deux mariés et ont leur tente à eux, mais pour autant qu'il sache, eux étaient venus, quelques temps, chez le père de Bréa. Fuimid avait commencé par aller chez un frère de leur mère, mais quand le voyage a commencé, cet oncle-là n'est pas venu.
C'est tout à fait normal... En plus, l'oncle n'a que deux fils, déjà grands, et le père de Bréa a encore sous sa tente deux filles plus âgées , et quatre enfants plus petits et un autre qui va venir. La place manque souvent. Et puis, l'oncle a plus de chevaux, plus beaux, il est plus riche. Il fait de meilleurs échanges, quand l'occasion se présente d'en faire. Plus petit, Bréa n'en voyait pas l'intérêt, mais il y a deux ans, sa soeur aînée s'est mariée. L'oncle lui a donné des tapis de feutre, des parures, et même des chevaux.
Depuis, on a revu plusieurs fois des cavaliers de ce clan. Chaque fois, on les reçoit comme des frères. Ils restent parfois plusieurs jours. Il est même arrivé une fois qu'on laisse les troupeaux se mélanger plus d'une lune. Par eux, Bréa a su qu'il était, lui aussi, devenu oncle. Par eux également, que, peut-être, ça serait bon de grouper les tentes. Il y a d'autres cavaliers, dans les prairies qui sont du côté où est le camp de la grande soeur, et ils sont plus nombreux.
A voir ses frères et ses cousins se regarder entre eux, Bréa a compris qu'il était question de se battre, et peut-être, à nouveau, de ramener des beaux objets et des chevaux.
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Deuxième épisode dans 6 semaines (environ).
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Illustration = Geste de la Haute Table. Claudius et Allia.
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A l'origine, c'était un article documentaire, qui était prévu aujourd'hui, sur ce thème, et il devait être suivis d'autres, car leit thème est vaste... Mais décidément, ça ne venait pas. J'ai fini par renoncer. Voici donc, à la place, une série de "tranches de vie", qui ne sont qu'une façon dont on peut imaginer la grande migration des peuples celtes, à l'Age du Bronze.
Sûrement, au bout d'un certain temps, je changerai de période... Car comme je le dis un rien plus haut : ledit thème est vaste !
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Bonne promenade sur les blogs...
Oserai-je vous demander si ce que vous avez trouvé sur celui-ci vous a plu ?
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