La harpe du driseoc

Krrrââââââ !!!! On disait autrefois que les corbeaux étaient messagers des dieux... / Puck-le-Fou vous présentera, sur ce blog, la naissance d'une BD celtique et pourquoi pas, quelques vieilles légendes.

21-11-09

La taverne de Diogène -V-

Retrouver l'épisode 1

 

On en était à peu près là, quand une petite voix suraiguë et surexcitée se fit entendre et que jaillit du tonneau-taverne (et de nulle part ailleurs, soyez-en assurés, messires et gentes dames), une petite fille tout de rouge et d'or vêtue, le cheveu blond et le nez retroussé, une couronne de fleurs dans les cheveux, et un bilboquet à la main.

Son premier soin fut de jeter le bilboquet sur Alban. Son deuxième fut d'arracher son bol à Ermengarde et d'en renifler le contenu. Son troisième fut de jeter ledit bol avec une moue dégoûtée.

Margot n'eut pas le temps d'intervenir, la mère Moniot l'avait déjà fait. La gamine, si bellement vêtue qu'elle fut se trouva soulevée du sol sans ménagement et jetée dans un crottin de mule. Alban, toujours galant, alla l'aider à se relever, ce qui lui valut aussitôt les hurlements de Marjolaine, au point qu'il dû aller se réfugier derrière les deux brigands et que Théophile y vint lui demander qui était cette jeune fille.

- « Là d'où je viens, et d'où nous venons tous, messire, elle est ma promise... Celle que ces honorables seigneurs sont sensés enlever, chose dont je serais fort aise, à cette heure. »

Théophile regarda les deux ribauds. L'un se grattait son crâne presque chauve. L'autre tiraillait sa barbe abondante. Aucun n'avait l'air bien convaincu. L'un et l'autre, par contre, louchaient horriblement car ils essayaient de se concentrer en même temps sur la fillette et sur... Sur quoi, au fait ? Suivant les regards des deux choses humaines, Théophile constata avec stupeur que Rolande souriait béatement au « Pelé » et qu'Edmonde en faisait tout autant pour le « Chevelu ».

Ah non ! Passe encore pour Edmonde, grande fille de quinze ans bien sonnés, même si elle avait ordinairement la tête mieux lestée que ça. Mais Rolande ? Pas question ! Il les arracha donc l'une et l'autre de là où elles étaient et les envoya rejoindre le reste de la famille avant que le repas aie fini de refroidir. Non mais sans blague ?

Et il enchaîna aussitôt sur une tirade véhémente, lancée d'une voix qu'il aurait voulue telle celle du héros Stentor, mais qu'on aurait malheureusement plus vite fait de comparer à un essieu mal graissé.

- « A présent, messieurs, veuillez répondre au sieur Alban ou bien au sieur Ignacio, je ne sais plus trop... Pouvez-vous, oui ou non, puisque l'objet de votre quête se trouve ici, le prendre et vous en aller avec ? »

La comparaison exprimée ci-dessus fut immédiatement formulée par Germaine, à l'oreille de Louison, laquelle se hâta de demander son avis à Jacquette, par-dessus l'épaule de Diogène, qui comptait pour des nèfles, vu que c'était un garçon et que les garçons, chacun le sait, n'ont jamais les mêmes avis que les filles,. Jacquette, ne sachant que penser, interrogea Bernardine, qui à son tour consulta Constance, laquelle émit que le cri paternel ressemblait plutôt au chant d'un coq enroué. L'information fit alors le chemin inverse. Pendant ce temps, les deux brigands, avec une hésitation visible, et ne sachant sans doute que répondre, avaient entamé une espèce de danse, se portant chacun d'un pied sur l'autre, avec la même cadence, et de manière telle qu'ils se penchaient l'un vers l'autre presque à se cogner, puis s'écartaient.

Finalement, et peut-être parce que leur manège commençant à lui donner le vertige, Théophile s'était mis, lui aussi, à osciller, le plus chauve des deux se décida.

- « Ben... Ca se discute...

- Ouais... Elle a pas l'air commode, la gosse...

- On voudrait pas en être embarrassés, vous comprenez.

- Faudrait être certains qu'il nous donnera la chasse pour la reprendre.

- Vrai, ça... Vu comment qu'y regarde votre fille, j'me pose des questions.

- Pis il a pas l'air bien amoureux de la princesse, en plus. »

Poussant un très profond soupir, Théophile se tourna vers Alban, qui était justement en train d'enlacer Marjolaine, chose qu'on ne l'avait encore jamais vu faire. Hoquet. Deuxième soupir. Regard en direction des enfants en train de manger, juste histoire de ne pas voir ça. Impression de charrette qui dérape sur un sol gelé un jour de canicule. Vite, un tabouret !

Retenu dans sa chute par le Chevelu, et remis debout par le Pelé, Théophile eut la surprise de réaliser, l'instant d'après, que Diogène était en train de partager son bol de porée et son hareng grillé avec la petite princesse capricieuse et que celle-ci avait perdu son ton hautain et ses vilaines mines, pour des sourires et une voix mielleuse.

Comme il ne savait quelle attitude adopter, comme le père Moniot venait de proposer aux deux ribauds places de valets en la taverne, comme Diogène et la princesse riaient aux éclats, comme Marjolaine venait de donner son bonnet à Alban parce qu'il avait déclaré (encore?) vouloir accomplir une quête avant leurs épousailles, et vouloir le faire tout de suite pour être de retour plus vite... Théophile se demanda s'il ne serait pas de bon aloi de s'évanouir, histoire de retrouver quelques forces. Il en fut empêché par Margot, désireuse qu'il l'invite à danser. Le pelé, en effet, venait de sortir de sa poche une petite flûte, et le Chevelu s'était mis à chanter avec un fort bel entrain qui fit jaillir de table toute la famille.

C'est au milieu de tout ce désordre qu'il entrevit Constance en grande occupation de lecture du fameux roman.

08-11-09

La taverne de Diogène - IV -

Retrouver l'épisode 1

Cette terrible journée resta ancrée dans la mémoire de chacun des enfants de Margot et Théophile pendant des années, y compris dans celle de Marinette, qui n'avait pourtant pas encore deux ans pleins. Seule Gatienne, qui dormait paisiblement dans son couffin et ne s'était rendue compte de rien eut le désespoir d'avoir été présente et de ne pas se souvenir.

Tandis que la mère Moniot examinait d'un oeil soupçonneux les deux arrivants en se demandant s'il fallait les inviter à partager le repas du soir ou bien les envoyer se faire cuire un oeuf à l'auberge du village le plus proche, que Margot faisait montrer à toute sa marmaille des mains plus sales que propres mais qui le resteraient parce qu'il n'y avait ni source ni ruisseau près de ce charmant pré où la taverne s'était arrêtée pour la nuit et pendant que le Père Moniot et Théophile achevaient d'enfoncer dans le sol les piquets pour attacher les mules (toujours à s'ensauver ces bêtes-là!), lesdits arrivant, l'un saisissant un gourdin (que personne n'avait remarqué jusque là), l'autre arrachant du sol un jeune arbre et le débarrassant de ses branches (même ustensile, au final, mais au moins, comme le fit immédiatement remarquer Constance à Bernardine, on sait où il l'a trouvé). Ceci fait, ils eurent, ainsi que le souligna Constance (encore elle) un instant d'hésitation, se penchant (se penchant même beaucoup, en raison de leur très grande taille, nota Bernardine) sur Edmonde, puis sur Marjolaine, puis sur Rolande, puis encore sur Edmonde, et ainsi de suite, avant, finalement, de se regarder l'un l'autre, puis de chercher aux alentours.

Ici, Armande fit à l'oreille d'Ermeline la remarque qu'ils devaient être en train de chercher Alban et qu'il était heureux qu'il soit encore dans le sac à couture de Marjolaine. S'étant grattée le nez pour marquer que la chose méritait d'être réfléchie, Ermeline se haussa sur la pointe des pieds pour répéter la chose à l'oreille de Constance, parce que Constance était la plus maligne de la famille et qu'elle saurait lui dire si c'était bien comme ça. On vit alors une paire de petits yeux toujours plissés s'agrandir, puis Constance, tiraillant ses deux nattes en même temps, consulta Bernardine, qui fit appel à son tour à Jacquette, laquelle fut empêchée de consulter Diogène par Théophile qui entendait, attaque de malvoulants ou pas, voir ses enfants manger leur repas chaud.

Pendant ce temps, les deux individus armés de gourdins mais dénués de cervelle (même d'une seule pour deux) avaient pris le parti que l'un d'eux empile Edmonde, Marjolaine et Rolande comme des assiettes sur les bras solides de l'autre et dépose le gourdin désormais non tenu par-dessus la pile.

- « Je vous de m'excuser, messieurs, mais si vous avez envie d'enlever mes filles, faites-le après le repas, ça vaudra mieux... Sinon, vous allez devoir leur trouver à manger, et je vous préviens, celle-là, elle est difficile. »

Edmonde, se sentant sans doute visée, rougit, ce qui eut pour effet que le plus chevelu des deux monstres, arrachant Marjolaine et Rolande des bras de son compagnon, les jeta à terre sans ménagement, l'air d'être sûr que c'était bien celle-là qu'ils cherchaient.

- « Je me demande s'ils savent parler autrement qu'en grognant » lâcha Constance entre deux cuillers, sur un ton un peu évaporé, qui fit craindre à Margot qu'elle oublie de manger et lui fit, par conséquent, venir reverser de la porée à la savante de la famille (on ne sait jamais).

Tandis que Rolande et Marjolaine se relevaient en se débarrassant l'une l'autre des épines de pins restées accrochées à leurs robes (a-t-on idée de jeter les gens dans des épines!), un grondement se fit entendre dans l'un des sacs à ouvrage. Celui de Marjolaine, pour être exact... Vous l'aurez compris, c'était Alban, mais un un Alban pas tout à fait comme d'habitude. Un Alban qu'on avait encore jamais vu. Un Alban tout de noir vêtu, portant immense cape semblant de fourrure d'ours, coiffe de feutre noir orné de médaillon d'argent, ceinturon tout de grosses plaques gravées de toutes les phases de la lune, et tenant contre lui un grimoire relié de cuir noir et renforcé de ferrures blanches comme argent pur. Plus inquiétant encore: ses jolies boucles blondes étaient devenues noires. A son côté, le petit poignard tout fin avait laissé place à une dague de belle taille qui valait presque une bonne épée.

- « Holà ! Veuillez lâcher cette demoiselle et venir vous battre, si vous l'osez ! Ce sera aux armes de votre choix!

- Heuuuooonnnn ????

- Aaaagghh ? Mmmmhhh ??? »

Hochant la tête en avalant sa porée, Constance leva un doigt pour donner indication à Bernardine de dire sa pensée.

- « Ils ne parlent pas. »

Pensée qui, si elle était bien celle de Constance fut cependant très vite démentie.

- « Il nous prend pour qui, l'autre, là ?

- On est des bandits, pas des chevaliers.

- Je ne suis pas chevalier non plus, mais cette demoiselle est soeur de celle que j'aime. Je ne laisserai personne lui faire du mal.

- Ah zut... On s'est trompés... Normalement, on doit enlever la fiancée du neveu du roi.

- Le neveu du roi c'est moi, là d'où on vient, vous et moi, mais ici, je ne suis rien, même pas le fiancé de qui que ce soit... Pas encore... Et vu la tête que tirent les parents et les grands-parents de ma mie, je doute que ça change bientôt.

- Ah... C'est notre faute, ça prince Ignacio... On aurait pas dû attaquer comme ça, sans se renseigner avant...

-Pis c'est embêtant, prince Ignacio... On fait quoi, si on peut pas enlever ta promise et que tu peux pas nous ratatiner pour ça ? »

Alban (?) eut alors un petit rictus assez inquiétant, avant de répondre sur le ton le plus courtois qui puisse être :

- « Oh... Si cela peut vous donner satisfaction, je suis tout à fait d'accord pour un combat. Je crois vous l'avoir déjà fait entendre

- Ca va pas, prince... C'est pas comme ça que ça doit se passer.

- Ouais. Il a raison. C'est pas comme ça.. »

Ici, Diogène, désireux, pour une fois, de ne pas être pris de vitesse par ses soeurs, se hasarda à commenter tout haut :

- «  En vrai, dans le livre, le combat, il a même pas lieu. C'est que des vantards, ces deux-là. Dans le livre, quand le prince avec son armée de fantômes, il les poursuit, ils se sauvent comme des lapins et la princesse, elle en profite pour se sauver. »

Un peu inquiet, Théophile regarda son fils un instant, puis, certain qu'il ne mentait pas, se promit, à la première occasion, de demander à son ami copiste ce que c'était que ce prétendu roman de chevalerie où on croisait des princes sorciers et dont les personnages étaient tellement réels.

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02-11-09

La taverne de Diogène -III -

Retrouver l'épisode 1

S'étant chargée d'un passager supplémentaire, quoique peu encombrant car épisodique et doté, de plus, de l'étrange capacité de réduire sa taille à celle d'une souris, la Taverne du Père Moniot devint très vite plus florissante qu'elle n'avait jamais été.

Fini les tonneaux trop rapidement vidés. Fini les jambons trop petits. Fini les roues qui tombent dans une ornière et que les enfants doivent aider à dégager. Au moindre petit souci, la solution était devenue de faire signe à Marjolaine pour qu'elle sorte son promis de son aumônière et lui demande ce petit service. En général, le très courtois jouvenceau tout de blanc vêtu ne se le faisait pas dire deux fois et, tant qu'il y était, après avoir rempli les tonneaux ou remis la charrette sur la route, il enchaînait en proposant son aide pour plumer le poulet du repas du soir ou bien tenir l'écheveau de laine du tricot de Margot, ou bien aider Théophile à apprendre leurs lettres aux enfants, ou bien étriller les mules fatiguées, ou bien...

En bref : on ne l'arrêtait plus... Notons au passage que tout ce qu'il faisait, il le faisait sans se faire jamais le moindre tache, ni sur lui, ni sur ses habits, et puis, chaque fois, de manière quasiment imprévue, il disparaissait et on le retrouvait caché dans un coin, pas plus grand qu'une souris. Alors, Marjolaine lui donnait un bol de soupe bien plus grand que lui, mais qu'il avalait vaillamment avec un gros morceau de pain, puis elle le soulevait par sa petite cape toujours immaculée et elle le glissait dans sa bourse ou dans son sac à ouvrage.

Evidemment, mieux valait un galant comme celui-là qu'un gros vilain paresseux qui n'en aurait eu qu'à la vertu de la fille, mais Théophile, malgré tout, se posait quelques questions.

La première de ces question était celle-ci : « Cet être est-il réel ou vient-il vraiment de cette saleté de bouquin ? »

Comme il avait, sur un mouvement d'humeur, lancé le livre dans une rivière, il n'avait plus guère de moyens d'en avoir la réponse.

La deuxième de ces questions était celle-ci: « Est-il bien chrétien de laisser ma fille épouser cet être ? »

Alban (de tous les noms donnés à l'étrange jouvenceau, celui-ci, qui était venu de la Mère Moniot, semblait devoir lui rester, nous allons donc l'employer) n 'ayant pas grand mal à se trouver en présence d'une croix ou même à entrer dans une église, Théophile en était venu à penser que, peut-être, ça pouvait se faire.

Le problème allait être de le convaincre qu'il devait, pour cela, prendre dimension humaine et ne pas la quitter.

De l'avis de la mère Moniot, et il était absolument sans appel, Alban était un lutin, mais il était impossible qu'il s'agisse d'un nuton, car les nutons sont créatures d'aspect empâté et celui-là était, grand ou petit, beau comme un ange. Il ne pouvait non plus s'agir d'un puck, car cela avait été convenablement vérifié, sa belle chevelure bouclée aux tons ensoleillés ne dissimulait pas la plus petite corne. Un temps, la mère Moniot avait pensé à un lupron, mais elle s'était ravisée en constatant que le damoiseau avait peur des souris.

- « Hé! C'est que ces choses-là, la Mère, ça mange le papier! »

L'explication donnée là par le Père Moniot à cette frayeur qu'il n'aurait ordinairement tolérée chez personne, laissa la Mère Moniot très dubitative, mais convint à tout le reste de la famille.

- « Il est plus dans son livre. Il s'habituera. »

Et de fait, Alban s'habitua très vite. Preuve en fut qu'au premier marché qui lui en offrit l'occasion, il fit l'acquisition d'un couple de furets qui, dès lors, traquèrent les voleurs à longues incisives qui oseraient attaquer les provisions de la taverne.

A le voir, désormais, se promener sur le dos de ces bêtes-là quand il reprenait sa petite taille, la mère Moniot fut plus convaincue que jamais d'avoir affaire à un lutin et sûrement pas à autre chose. Théophile, lui, au vu de ses prouesses d'équitation en vint à se demander ce que pouvait bien être Alban, dans ce fichu roman, s'il n'était pas chevalier.

Mis à part qu'il se nommait Ignacio, dans son livre, et que ce prénom, s'il plaisait beaucoup à Marjolaine, avait le don d'agacer de façon absolument unanime tout le reste de la famille, on ne savait pas grand-chose de lui... Ah vraiment, quel bêtise d'avoir jeté ce livre ! Encore que ? Sait-on jamais ? S'il était venu à l'esprit d'un autre personnage de prendre vie ? Au moins, celui-là n'était pas dangereux, et même était assez gentil, mais si ça avait été un gros vilain géant ou bien un dragon ? Hein ? Qu'aurait-on fait, alors ?

Théophile, donc, finalement, était sans trop de regrets de son acte, le jour où il eut la très mauvaise surprise de découvrir Diogène, Constance et Ermeline à plat ventre dans l'herbe, en train de lire le fameux roman.

Mis à part une certaine difficulté de compréhension due à l'absence du héros dans le livre, les enfants ne signalèrent rien de particulier. Le livre fut donc rangé soigneusement hors de leur portée, et on passa à table, car la porée était chaude et le poisson grillé.

Etait-ce l'odeur du repas qui les avait attirés ?

En tous cas, avant même que les bols soient remplis, une paire de ribauds aux mines fort peu engageantes fit son apparition, sans qu'on aie bien compris de quel côté de la route ils étaient venus.

Episode 4

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29-10-09

La taverne de Diogène - II -

Retrouver l'épisode 1

La taverne du père Moniot aurait pu rester à jamais un simple tonneau, même très grand, hissé dur une charrette. L'attraction faisait déjà une bien belle enseigne, certes et la cuisine de « la mère Moniot » et de sa fille étant connues en tous lieux depuis longtemps, on se pressait autour des deux charrettes et des mules sitôt qu'on apercevait, sur un marché, le fameux tonneau sur lequel, s'aidant du grand filet que leur père avait tendu pour y accrocher des feuillages, les enfants grimpaient admirer le paysage.

Mais la taverne de Diogène ne serait jamais devenue ce qu'elle est si elle avait seulement été cela, et comme vous vous en doutez, elle ne le resta pas bien longtemps.

Diogène avait, je crois, six ans, quand Théophile, lors d'une halte, en prenant dans le fond du charriot-tonneau une couverture pour y emballer Amandine, petit bout de femme de trois ans qui venait de tomber dans une mare en voulant y cueillir un nénuphar, découvrit caché là un individu qui n'avait rien à y faire.

Ah non... Vraiment rien... Qui donc avait bien pu laisser entendre à ce jouvenceau aux habits d'un goût vestimentaire impeccable, quoique sans prétention, au visage tout aussi exempt de boutons que de barbe ou de crasse, à la ceinture modeste mais bien ouvrée soutenant une dague de belle facture mais sans prétention, qu'il y avait place pour lui dans ce chariot ?

De stupeur, Théophile regarda autour de lui. Non, c'était pas normal... Le père Moniot, la mère Moniot, la Margot, lui-même, les gosses, rien que des mochetés. Y'avait jamais eu que des gens moches à faire peur dans ces deux charriots. Ce type créait un précédant inquiétant.

Du coup, étant de nature à vouloir chercher des explications, Théophile se mit à passer en revue sa marmaille, leur faisant signe de se ranger pour qu'il puisse le faire à son aise. Ah mais... Qu'est-ce que c'était donc que ça ? On allait pas lui faire avaler, à lui, que ce joli page tout droit sorti des pages d'un livre enluminé était venu là tout seul ? Sans blague ? Et Théophile, secouant vivement la main parce que le rang n'était pas assez rapide à se former, scrutait attentivement tout son petit monde.

Les premiers à se voir autorisés, d'un geste vif du revers d'une grande main osseuse par dessus l'épaule aigüe comme pin bien fier, à retourner à leurs occupations, furent Diogène et les plus petites soeurs. Le père Moniot s'était joint à Théophile pour l'interrogatoire muet, mais les suspectes, non seulement ne disaient rien mais ne laissaient rien transparaître dans leurs gestes ni dans leurs regards.

La Mère Moniot s'en mêla, menaçant toute la famille des pires calamités cuilinaires dont elle soit capable. Rien. C'était à n'y rien comprendre.

Margot, enfin, se décida, et elle n'y alla pas par quatre chemin: elle arracha du rang, sans ménagement, sa grande bécasse de Marjolaine, une idiote qui, à quatorze ans, cherchait des trèfles à quatre feuilles dans toutes les pâtures et laissait toujours un quignon de pain pour les lutins près de la taverne. A coup sûr, c'était un coup à celle-là, ça !

- « Dis donc, toi, le beau monsieur, avec ta jolie mine à bailler aux corneilles et à raconter des poèmes, ça serait pas que tu t'es ennamourraché de ma petite merveille, dis ? »

Théophile se garda bien, puisqu'il avait fait chou blanc, d'intervenir. Il aurait été trop tenté de glisser à sa femme que qualifier Marjolaine de « merveille » était sûrement très abusif. Elle avait hérité de lui son nez crochu, ses joues maigres et ses grands pieds, et de sa mère, ses cheveux de crin de cheval et toujours gras.

Contre toute attente, le jouvenceau se mit à secouer frénétiquement la tête.

La Mère Moniot, coupant la parole au Père Moniot qui, du coup, se contenta de lever les bras au ciel, prit sa voix la plus gentille, celle habituellement employée pour donner une cuiller de miel aux enfants quand ils étaient malade, et demanda :

- « Et d'où sortez-vous donc, comme ça, mon petit ?

- Mais... D'un livre, bonne dame ! »

Un livre ?

Théophile et Moniot regardèrent ensemble Marjolaine, puis ils regardèrent le jeune homme, puis ils regardèrent encore Marjolaine et encore le jeune homme. Et puis, d'un de ces bons qui époustouflaient toujours les clients de la taverne, Théophile fut dans le chariot, dans le tonneau, à l'endroit où il avait pris la couverture... Où, c'était bien ça, il y avait son panier à livre dessous.

Pourtant, aucun n'avait la moindre image, il en était certain.

Comment ça « pourtant » ? C'était ridicule... Images ou pas, ça n'aurait rien expliqué.

- « Qu'est-ce que c'est que cette histoire de livre ? Personne ne peut sortir d'un livre !

- Je le croyais aussi, messire, mais votre fille a beaucoup de volonté.

- Et que comptez-vous faire à présent ?

- Sûrement pas retourner dans mon livre. Celui qui l'a écrit ne m'a pas accordé une vie bien passionnante. Je serais donc très honoré si vous vouliez bien m'accorder la main de Marjolaine.

- Pardon ?

- Si vous désirez que j'accomplisse une quête quelconque avant nos épousailles, ce sera avec joie. Mais ne la choisissez pas trop dure, je vous prie. Je ne suis pas chevalier. »

Soudain, Théophile regrettait de n'avoir jamais lu le roman de chevalerie qu'un ami copiste un peu farceur lui avait un jour donné parce que le maître l'avait trouvé trop mal écrit.

-« Vous êtes quoi ? »

Dans la clairière, c'était un silence à entendre les écureils grignoter les pommes de pin. Le soleil dansait sur les nénuphars. Les enfants disposaient dans l'herbe des bols, avec des cuillers dedans. La soupe d'orties et de pois embaumait merveilleusement.

C'est alors que, sans que personne l'aie vu s'en aller, le jeune homme disparut d'un seul coup.

EPISODE 3

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26-10-09

La taverne de Diogène - I -

La taverne de Diogène est à ce jour bien connue là où il y a des tournois ou des foires. La bonne humeur de son patron y est pour beaucoup. L'apparence de la taverne, qui date à peu près du temps de la naissance dudit patron, y est pour bien plus.

Pour conter l'histoire de cette taverne, il faut remonter au temps où elle n'avait pas cette apparence et où personne ne la nommait la taverne de Diogène parce que, étant tenue par le grand-père de celui-ci, elle était alors la taverne du père Moniot.

Pourquoi le nommait-on ainsi, ce brave homme dont le prénom, oublié de tous sauf de sa femme quand elle était en colère, était « Innocent » ? Bien des raisons ont été avancées, et point toutes fort catholiques, disons-le. Quand à la taverne, c'était une taverne ambulante très ordinaire, montée sur une charrette que suivaient quatre mules souvent bien trop chargées. Le père Moniot conduisait la charrette. Sa femme et sa fille menaient les quatre mules attachées à la queue-leu-leu. Année après année, on les voyait se transporter de foire en tournoi et de tournoi en marché avec leurs tonneaux qui, il faut le reconnaître, étaient toujours de la meilleure qualité et jamais assez remplis pour n'être pas vidés plus vite que prévu. Quand à la cuisine de la taverne, pour être sommaire et faite sur un simple feu de camp, elle était toujours parfaite.

Le seul défaut que cette taverne aurait pu avoir, c'était la fille du tavernier, grosse, laide, empestant l'ail et le fromage, le cheveu gras et l'oeil bigleu, un pied tordu et l'esprit un peu lent à la détente. Encore fille à vingt-cinq ans, elle faisait lever les yeux et les bras au ciel à sa mère, quand à son père, il avait depuis longtemps renoncé à lui expliquer que les princes charmants vêtus de blanc ne s'arrêtent pas dans les tavernes.

- « Pendant ce temps-là, disait-il, elle ne fait pas de bêtises... »

Ce à quoi sa femme lui répondait invariablement:

- « Faudrait encore qu'elle trouve quelqu'un qui aie envie d'en faire avec elle. »

Tout vient à point à qui sait attendre.

Un soir de beuverie un peu plus prononcée que de coutume, et après quelques parties de dés plus ou moins désastreuses, le jeune Théophile, cinquième élément mâle d'une nombreuse fratrie, et destiné par cet état de choses à des études de théologie qui feraient de lui un de ces grands prélats qui disent en tous lieux ce qu'il est bon de faire ou de ne pas faire, se hasarda à tomber amoureux.

Le jeune homme n'avait pas précisément le profil parfait du prince charmant tout de blanc vêtu: il portait une cotte noire toute rèche et démodée depuis au moins soixante-dix ans, il avait un nez rien moins que crochu, assorti à ses joues creuses et à ses petits yeux orangés tout brillants. Ses bras étaient maigres comme des ceps de vigne, et une de ses chaussures laissait voir le gros orteil.

Chacun sait bien que l'amour est aveugle. Théophile, peut-être parce qu'il avait souvent le ventre creux, trouva charmante l'odeur d'ail et de fromage de Margot. Margot, peut-être parce que, comme son père et sa mère, elle portait des sabots, chose qui ne se crève pas, s'attendrit devant le gros orteil dépassant de la chaussure trouée.

Vous l'aurez compris: quand la taverne du père Moniot se remit en marche, elle emportait avec elle le petit clerc Théophile et ses maigres hardes. Il épousa Margot à la première chapelle venue et dès lors, à chaque printemps, la charrette se chargea d'un passager supplémentaire.

La science des chiffres et des lettres de Theophile aida Moniot à tenir mieux ses affaires et après avoir augmenté le nombre des mules afin de porter plus de marchandises et de porter aussi les enfants (rien que des filles, sacrebleu!), on se décida, une année, à acheter une deuxième charrette.

Quand la décision se prit, Margot, entourée de sa mère et de ses neuf filles, préparait la venue du dixième morveux de la famille et Moniot sentait venir qu'à ce train, à force de transporter des habits et autres affaires pour tout le monde, on allait plus pouvoir transporter de marchandises. Pour un peu, il aurait regretté le temps où sa fille était vieille fille.

Théophile, se sentant sans doute un peu coupable, ne disait rien et brossait les sabots des mules avec acharnement, montrant à ses filles ainées comment faire pour que ça soit bien propre et pour que la bête ne file pas un coup de pied en traître pendant qu'on ne regarde pas.

La venue du premier garçon de la fratrie fut un terrible choc. Personne ne s'y attendait. A tel point que le seul prénom envisagé était « Roseline » et qu'il ne convenait, à l'évidence, pas du tout.

C'est alors que les yeux de Théophile se portèrent sur un énorme tonneau qu'on évacuait d'une taverne (une taverne ordinaire celle-là, avec des murs et une cave), un gigantesque tonneau vide où le duc Guillaume aurait facilement pu faire entrer une vingtaine d'hommes en armes.

Il alla vers le tavernier qui supervisait les opérations, discuta un peu avec lui, puis revint.

-« Mon fils s'appelle Diogène, Père Moniot, et si ça ne te fait rien, nous allons installer notre taverne dans un tonneau. »

EPISODE 2

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08-08-09

"Je fus"

Je fus, voilà si longtemps que j’en ai perdu le souvenir, goutte d’eau très haut figée dans les vents par le souffle d’un être au-delà ou par la lumière qui brillait alors sur moi.

En cette vie, je restais longtemps à briller avec de nombreuses gouttes semblables à moi, ou peut-être cela ne dura-t-il qu’un instant ? Puis je tombai et là encore je ne saurais pas dire combien de temps dura ma chute. Tout juste eu-je la sensation que cette lumière, à force de briller sur moi, avait fini par y entrer. Je tombais, donc et fus bu par la terre noire.

Je devins sève dans le tronc d’un arbre vieux et noueux qui se trouvait là et je fus aspiré vers le monde brillant d’où j’arrivais à peine, mais je devins alors fruit rouge et rond sur cet arbre, et bientôt, il me fallut encore tomber.

Parce que sur moi s’étaient refermée la puissante mâchoire d’une laie, je devins marcassin rayé, et grandis jusqu’à être bête noire redoutable puis devins encore, l’âge venant, vieux solitaire, et tombais sous la lance d’un chasseur au-dessus des racines d’un chêne où s’ouvrait un trou dans le sol.

Je devins alors lièvre au pelage d’argent, né dans cette tanière et courant la lande, allant d’arbre en arbre, sans aucune fatigue et ma course ne cessa que sous les crocs d’une louve au pelage noir et plus rapide, sans doute, que moi.

Je devins alors loup, aussi sombre que ma mère et aussi vif qu’elle, courant après la lune comme elle avait couru après le lièvre d’argent. Cela dura, aussi, bien longtemps, mais cessa sous une flèche empennée de rouge. Ma peau fut donnée par le chasseur à son épouse, en gage de son amour.

Je devins enfant humain, aux cheveux couleur de feu. Un jour, cesserai d’être cet être.

Mordu, cette nuit, par un animal ou un être du monde obscur, peut-être ne le suis-je déjà plus ?

Peut-être serai-je demain ou un autre jour, poisson, oiseau, ou vent d’été, porteur de fleurs et de cendres au-dessus des champs ?

Peut-être serai-je pierre forgée aux forges de la Terre ou lame forgée à celles des hommes ?

Peut-être aussi serai-je à nouveau eau, courant vive sur les rochers ou bien s’élevant pour se figer, lumineuse, dans les vents glacés ?

*

*

Ce texte (ça n'est pas un vieux texte celte, c'est un de mes écrits), vous l'aurez compris, si vous vous intéressez un peu au monde celtique, porte sur la transmigration.

Si le sujet vous intéresse, je vous donne rendez-vous ici cet automne.

Un article sur le sujet est prévu.

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24-01-09

Keu, fils de Keu

Keu vivait il y a, dit-on, très longtemps.

De tous, il était sans conteste le meilleur qu'on aie jamais vu de mémoire d'homme. Son oeil était vif, sa course rapide, son souffle infatigable, son courage sans faille, sa fidélité parfaite.

Au combat ou à la chasse, Keu accompagnait le roi, obéissant aux ordres qu'il n'avait pas même besoin de lui donner car un regard de lui suffisait pour qu'il les comprenne.

Nul doute que si Keu avait été un homme, il aurait porté casque de bronze martellé et épée trempée et retrempée par un bon forgeron. Nul doute qu'il aurait eu, dans les banquet, place avec les meilleurs et aurait eu autant qu'eux espoir de voir la fille du roi devenir sa femme.

Mais Keu n'était pas un homme. Il était un chien.

Le meilleur chien du pays et des pays environnants, certes, et pour le roi, qui l'avait payé fort cher alors qu'il n'était encore qu'un chiot, un véritable trésor. Cependant, un chien, c'est à dire une créature avec quatre solides pattes griffues, des mâchoires puissantes ornées de dents tranchantes, un flair sans égal et une peau solide couverte d'une épaisse fourrure capable de résister aux dents d'un loup.

Keu avait encore autre chose, il est vrai. Quelque chose que les chiens ont très rarement, mais que lui avait, cependant, son maître l'ignorait et pour cela, il est à cette heure, inutile d'en parler. Pourtant, s'il n'avait pas eu cela, rien ne serait arrivé.

Il advint qu'au cours d'une chasse, le roi se trouva isolé et devant le sanglier. Son chien préféré, se ruant pour détourner la bête, fut piétiné aussitôt. Le roi en eu beaucoup de peine. Il ordonna qu'on enterre Keu, et puis la chasse rentra au village où le roi savait qu'une affaire de plus grande importance l'attendait.

Il devient ici utile de parler quelque peu de la fille du roi de cette histoire. Mais que pourrait-on dire de cette princesse ? Sa mère avait tenté de lui enseigner à filer la laine, mais sans y parvenir car elle préférait soigner les chevaux. Aucun des chiens du palais ne lui était inconnu et elle savait manier l'arc aussi bien qu'un chasseur. Pour que le tableau soit à peu près complet, j'ajouterai à cela que son père, bien décidé à ne lui donner que l'époux qu'elle aurait choisi, faisait preuve à cet égard d'une patience que bien des gens trouvaient peut-être abusive.

La question de savoir si la patience royale avait été trop grande, le roi en venait lui-même à se la poser, étant donné les circonstances et le ventre de sa fille. Il avait été patient. Très patient. Il avait cru bon de laisser sa fille faire elle-même choix d'un homme digne d'elle, chose qui, étant donné le mépris qu'elle affichait des très nombreux prétendants qui s'étaient présentés, aurait pu durer longtemps encore (quoiqu'elle aie déjà éconduit à peu près tous les princes ou guerriers vaillants dont on aie connaissance dans ce pays et les voisins).

Tous les jours, depuis déjà un certain temps, le roi demandait à sa fille qui était le père de l'enfant et tous les jours, elle se taisait.

Ce silence ne pouvait vouloir dire qu'une chose: le père de l'enfant n'était pas un homme digne d'elle, et cette idée mettait le roi dans une colère folle. Il était bien décidé à tuer celui-là, quand il saurait qui c'était. Quand à sa fille, dont jusque là, il appréciait fort le tempérament de garçon manqué, il la regardait autrement. Qui dont pouvait être celui qu'elle aimait ? Un serviteur ou un paysan sans doute ?

Ce matin-là elle lui répondit:

- « Celui que tu veux tuer est mort. »

Elle avait dit cela sans trembler, sans pleurer non plus. Restant assise dignement comme elle était. Le roi nota qu'à côté d'elle il y avait une quenouille à-demi filée.

- « Etait-il digne de toi, au moins ?

- Il était le meilleur de tous.

- Il aurait mérité d'être roi ?

- Il l'aurait mérité, oui. »

C'était dit. C'était ainsi. Le roi n'avait pas à en savoir plus et d'ailleurs il n'avait pas envie d'en savoir plus, ni guère le temps de s'en occuper, car un clan voisin cherchait querelle au leur.

-  « Alors, si son fils est digne de lui, il sera roi. »

L'enfant fut un fils et sa mère le nomma Keu, sans expliquer le choix de ce nom à personne.

Il grandit en force et en sagesse, ainsi qu'il est de coutume pour les héros... Mais il faut bien le dire, surtout en force, car pour ce qui est de la sagesse, c'est bien simple: les vieux du village avaient pris l'habitude de dire:

- « Tiens, v'la le jeune chien fou qui passe avec sa meute ! »

La « meute » étant toute la bande de gamins pour la plupart un peu plus âgés mais pas plus costauds que lui avec lesquels il passait ses journées à courir les champs et les bois.

Sa mère, que l'idée de le voir se transformer en chien durant le jour comme le faisait son père tenaillait, finit par se convaincre que, décidément, la chose ne se produirait pas et que l'enfant n'était pas, comme son père, moitié-humain et moitié-chien.

Le roi, assez satisfait d'un petit-fils aussi fort et vaillant que promettait de l'être celui-là quand il serait devenu un homme, l'emmena bientôt avec lui lors des grandes chasses. A douze ans, alors, Keu tua son premier cerf et le roi prit coutume de se promener en sa compagnie dans le village. L'année suivante, il tua son premier sanglier et le roi, son grand-père, le fit asseoir à son côté au banquet, pour le désigner comme son héritier. L'hiver venu, il tua son premier loup. Ce même hiver, le vieux roi mourut et l'enfant fut acclamé roi à sa place.

La charge était bien lourde à recevoir, car depuis plusieurs années déjà, le clan était en guerre. Sûrement, en sa jeunesse, le vieux roi aurait su faire cesser les pillages et actes de violence assez vite, mais il n'y parvenait plus et aucun des guerriers du village n'avait été capable de le remplacer.

Un roi de quatorze ans à peine ferait-il mieux ? C'était assez peu probable.

Pour cela, au printemps, on demanda au jeune prince de mener une chasse à l'ours afin de prouver à tous sa valeur. Keu, alors, tua son premier ours. Il fut ensuite acclamé une nouvelle fois et quand des messagers accourent au village pour annoncer que les pillages reprenaient, il prit à peine le temps de s'armer et entraîna derrière lui sa « meute », poussant des hurlements à réveiller une montagne et entraînant eux-même tous les guerriers du village, qu'ils soient dans la force de la jeunesse ou presque trop vieux déjà.

A pied ou à cheval, du village du roi ou bien d'autres moins importants, tout le clan était réuni sous la conduite du tout jeune roi Keu, pour ce combat.

Et quel combat! Les bardes auraient raconté longtemps les exploits qu'on vit se faire dans cette bataille, si, au cours de cette bataille, ne s'était produit une chose stupéfiante qui, à elle seule, acheva de faire fuir l'adversaire... Et fit reculer aussi les héros vainqueurs.

Au cours de cette bataille, disais-je, au plus fort du combat, alors qu'il était tant pressé par le danger que son bouclier était brisé et que son épée lui avait échappée, le jeune roi, soudain, se mit à mordre les adversaires qui passaient à sa portée. Il bondissait sur eux avec une force terrible, les saisissant au cou et leur arrachant la gorge avec ses dents. Ceux qui lui échappaient une fois, il les rattrapait en deux grands bonds qui ressemblaient à des bonds de chien, parce qu'il les faisait en s'appuyant sur les mains autant que sur les pieds, et quand il tombait sur eux, il les bousculait si bien qu'il les jetait à terre.

Nombreux furent les guerriers qui assistèrent à la chose. Certains, même, se trouvant juste à côté du roi, et voyant ses yeux être devenus ceux d'un animal, ont cru qu'il allait les attaquer eux aussi, bien qu'ils soient de son village et de ses amis, mais la folie furieuse du roi ne se porta que contre l'ennemi et ne frappa aucun membre du clan.

Pourtant, et c'est là la chose qui fit fuir l'ennemi et manqua faire fuir les guerriers vainqueurs, quand la folie du roi commença à se calmer, on le vit s'accroupir sur les corps encore chauds de ceux qu'il venait de tuer pour leur manger un peu de chair.

La victoire avait été belle et franche.

Nul ne dit un mot quand le roi se releva.

Secteur contes, sur le site

*

03-01-09

La Chouette

Mon nom est « basile ». Non... Ce n'est pas mon prénom. Je n'en ai pas.

Mon nom est « basile » et mon regard, si l'envie me prenait de le tourner vers le vôtre, vous changerait en pierre, mais je crois bien n'avoir jamais regardé personne dans les yeux. Nul n'a jamais vu que mon profil.

« Elle », elle vous regardait. Nul ne l'a jamais vue que de face. Depuis longtemps, déjà, plus personne ne cherchait rien dans ses yeux effacés.

Mon nom est « basile » et j'ai voisiné avec elle pendant si longtemps... Si longtemps...

« Elle », c'était une chouette, et contrairement à moi, tout le monde la connaissait, et peut-être un peu trop, car tant de mains ont caressé son aile et sa tête qu'elle s'usait... « Elle » c'était la chouette de l'église Notre-Dame, et elle avait donné son nom à la rue où on pouvait nous admirer, l'un et l'autre.

C'est que je suis beau, moi, le basile qui se tortille sur le mur... Plus qu'elle, sûrement, car elle était si usée... Si vieille...

Moi, je suis éternel. C'est le privilège des serpents.

Et puis... Moi, je n'ai jamais quitté mon mur! La chouette, elle, si vous étiez passé la nuit dans notre rue, vous ne l'auriez peut-être pas trouvée... Vous auriez peut-être entendu un hululement, ou aperçu l'ombre d'une hulotte dans le noir et cru à un oiseau en chasse.

La chouette veillait sur sa ville.

Mon nom est « basile ». Je n'ai pas de nom parce que je n'ai pas d'amis.

La chouette, tout le monde l'aimait, et elle n'avait pas de nom parce que tout le monde la connaissait.

Elle a eu un ami, cette chouette... Il y a bien longtemps... C'est une légende, à présent, cette amitié, mais j'y crois, parce que moi, le basile, je suis aussi une légende.

Cette histoire, elle commence le soir où, torche en main, le maître d'oeuvre de la nouvelle église qu'on construisait alors dans la ville visitait le chantier. Il manquait d'idées, le pauvre homme, et ce n'était sûrement pas moi qui allais lui en donner. Il fut fort surpris d'entendre la chouette, venue se poser sur un tas de moellons, lui adresser la parole.

Elle parlait d'or, cette chouette... Et voilà notre homme à l'ouvrage.

Et voilà la chouette qui revient lui parler. Et voilà l'église qui se bâtit. Et voilà qu'elle s'achève. Et voilà que ses cloches sonnent... Celles des offices... Celles du tocsin... Celles des heures... Cette église est un peu la ville.

On raconte que si on pouvait voir la chouette dans la rue qui portait son nom, c'est parce que, l'oiseau étant mort, l'homme voulut lui donner une tombe à la mesure de son rôle dans la construction de l'église et de leur amitié. On raconte que, parce que son ciseau, frappant la pierre, avait su y rappeler son petit esprit d'animal, elle portait bonheur.

Ce n'est pas vrai. Moi, le basile de l'église Notre-Dame, j'ai vu trop de fois la chouette se poser sur le mur et trop de fois je l'ai vue prendre son envol... Je sais bien, moi, que la chouette qui a partagé ce mur avec moi était vivante.

Certes, il y a encore une chouette... Mais quelqu'un a tué ma vieille amie.

C'est qu'elle était vieille, la chouette! Elle a porté bien des noms...

Je devine que certains pensent à « Athéna aux yeux pairs », la grecque... Mais elle, c'est une cousine... La chouette de Dijon s'appelait Eithne et quand, perchée sur un vieux tronc, elle discutait avec un druide en quête de Sagesse, elle était la dame des Connaissances. Comme Athéna est l'Intelligence, parce que ses yeux brillent, elle était la Sagesse parce qu'elle volait dans la nuit noire.

Ceux qui ont pris la peine de regarder la chouette sans la toucher ont sûrement senti peser sur eux le regard de la déesse-chouette et me comprennent.

Voilà pourquoi il ne fallait pas tuer la chouette.

La déesse-chouette est revenue à la vie par la magie du ciseau d'un autre tailleur de pierre... Cela n'effacera pas la bêtise humaine qui ne l'a pas respectée.

Mon nom est « basile » et je doute de revoir un jour s'envoler la déesse-chouette.
*
Texte ci-dessus et dessin ci-dessous publiés dans la revue "Histoire et Images Médiévales". Décembre 2006.
*

*

La chouette et le basilic de ND de Dijon sont disposés à peu de distance l'un de l'autre. La chouette est très célèbre, à cause de la légende qui veut que les voeux effectués en la caressant se réalisent (par pitié, n'allez pas la caresser, ça l'use!), le basilic, au contraire, n'est connu que des amateurs des vieilles pierres qui pensent à lever un peu le nez pour l'admirer, niché sous sa console de fenêtre.

On peut les voir, l'un et l'autre, dans la rue dite « de la Chouette ». Depuis le portail, il faut remonter la rue qui se présente à main gauche (on va alors vers le choeur de l'église). Assez vite, se présente une console, à hauteur des yeux, ornée d'un oiseau en bas-relief assez proéminent mais tout usé. Juste après, sous une fenêtre, il y a un minuscule lézard, finement sculpté, mais très à plat sur la pierre. Il est tourné vers nous, mais comme il regarde par-dessus son épaule, c'est vers le choeur qu'il regarde.

Ce lézard est un basilic. Le fait qu'il regarde par-dessus son épaule indique les choses cachées. Sa nature pétrificatoire qu'il est un danger potentiel, une sorte de "chien de garde".

Ne traînez pas près de la chouette: en faisant cela, vous vous exposez, s'il se retournait, à vous trouver sous son regard.

N'allez pas non plus, surtout, faire le tour de l'église en sens inverse: vous affronteriez le regard du basilic avant celui de la chouette.

Et pourtant... N'allez pas croire que ce basilic soit un démon. Il est seulement le gardien de la chouette, représentante de ces connaissances trop importantes et un peu inutiles qui peuvent éloigner leur détenteur de la Foi.

Ou, autrement dit « la connaissance doit servir à aller vers Dieu mais ne doit ni en retenir loin de lui (celui qui s'arrête devant la chouette en allant vers le choeur), ni en éloigner (celui qui, remontant à rebours la rue de la Chouette, va du choeur vers le portail) »

Voilà, à mon avis, le message qu'on a inscrit dans la pierre...

Un message un peu pris à l'envers par cette sacrée légende aux voeux.

*

Dans la nuit du 4 au 5 janvier 2001, la Chouette de ND de Dijon a été mutilée par un vandale.

Il en existait un moulage qui a permis de la reconstituer.

La célébrité de la Chouette de ND a été sa perte et sa sauvegarde en même temps mais, volontairement ou non, nous dégradons énormément notre patrimoine, et bien souvent de manière irréparable.

Oh...

Quel horrible journée, que celle-là...

Quand le radio-réveil s'est mis en marche, j'ai entendu que la chouette de l'église ND, à Dijon, avait été brisée. J'ai cru que je faisais un mauvais rêve et je me suis retournée, pour dormir mieux. Et puis, une heure après, les actus, à nouveau, et la même nouvelle. Cette fois, ça m'a fait un coup de marteau.

Tant pis... On est étudiante ou on ne l'est pas. Je me suis mis en devoir de commencer ma journée. Vu la date, je pense que j'ai dû la passer aux archives municipales. J'y étais tous les jours, en ce temps-là. Je me souviens être allée voir la pauvre chouette brisée, mais pas tout de suite, pas le premier jour, c'était trop dur, quelques jours après, seulement. Je sais, par contre, que le soir, j'avais un cours à la Fac et que j'ai dessiné des chouettes dans la marge de ma feuille. Ma voisine était un peu dans le même état, et je pense que beaucoup de dijonnais ont, comme nous, eu le coeur très gros.

On l'a remplacée, ou plus exactement, on a fait une restauration, ai-je lu quelque part. On fait de ces miracles quand même, avec les techniques de la pierre... En tous cas, sans la copie qui en existe, ça n'aurait pas été possible, mais ce qui me chagrine c'est que, en moins de huit ans, la "nouvelle chouette" a déjà perdu une bonne partie de son relief.

Ca n'est pas grave, direz-vous... Elle est là pour ça !

Il y a quelque temps, j'ai même vu, horrifiée, un papa soulever son petit garçon pour qu'il caresse aussi le basilic. Halte-là ! Il n'a pas été moulé, lui ! Pitié pour mon vieux copain !

Ca vous étonnera peut-être, mais moi, la chouette et le basile, je ne les caresse que des yeux.

*

Liens internes au blog

Article sur la déesse Eithne (Cliquez ICI)

Article sur la sorcellerie de l'an Mil au XVII° siècle (cliquez ICI) Un autre aspect des survivances du paganisme, au moins pour une partie de la question...

Liens externes

J'ai eu la surprise (et la joie) de retrouver sur un forum l'histoire qu'on m'a racontée quand j'avais 5 ou 6 ans et qui m'a inspiré l'une des lignes directrices de ce conte... Cliquez ICI.

A propos de la restauration de la Chouette cliquez ICI.

La chouette aurait-elle fait des petits ? Cliquez ICI.

La chouette "en bref" = cliquez ICI .

Insolite... Cliquez ICI.

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08-11-08

Le filleul de la Mort

Un manouvrier, qui avait déjà nombreuse famille, se trouva un jour avoir un fils de plus. La nouvelle lui en fut portée par un voisin, alors qu'il était encore aux champs. Il finit sa journée, ayant (après tout) une bouche de plus à nourrir puis, le soir tombant, se mit sur le chemin du retour, ruminant la question de ce qu'on allait faire ce ce petit. Il y avait déjà tellement d'enfants à la maison ! Tous forts et solides, certes... Image hébergée par servimg.com Mais il fallait les nourrir, et il y avait si peu d'embauche dans le pays !

Avant toute chose, il fallait trouver à cet enfant un bon parrain, qui pourrait, au besoin, aider à son éducation. Impossible de compter sur le seigneur: cet homme-là était un mécréant et sa femme avait déjà eu la bonté d'être marraine de trois des aînés. Impossible aussi de compter sur les riches laboureurs du village, tous fâchés entre eux: l'un d'eux, aussi, avait déjà été parrain d'un enfant de la famille. Un des plus jeunes, une fois, avait eu la chance qu'un couple de la ville, de passage dans le pays, s'intéresse à lui.
Mais celui-là ?

Image hébergée par servimg.com

Notre homme en était là de ses réflexions quand il sentit se dessiner devant lui, sur le chemin, une ombre qui ne ressemblait à rien de ce qu'il connaissait.
Etait-ce une ombre, d'ailleurs? Elle semblait briller.
Levant les yeux, baissés sur ses sabots, il ne vit rien d'autre qu'un homme vêtu de noir, la chemise d'un blanc éclatant mais avec fort peu de dentelles aux manches et au col, le visage tenu dans l'ombre par son tricorne, mais laissant voir un sourire assez doux.
- "Si tu le veux, moi, je serai le parrain de ton fils."
La proposition était alléchante, mais le manouvrier hésita. Image hébergée par servimg.com Cet homme avait trop l'air d'un homme d'église et trop l'air plein de bonté. Un tel homme ne peut enseigner à un enfant la dureté du monde. Il déclina l'offre, disant à l'homme que Dieu n'était pas égal pour tous, ce à quoi l'homme en noir ne répondit rien, mais baissa un peu la tête de sorte que l'ombre de son tricorne masqua tout son visage.

Le manouvrier reprit sa route et reprit également ses réflexions.
Bientôt, entre deux bouquets d'arbres, il entrevit une ombre tellement sombre qu'elle semblait dévorer les dernières couleurs du jour. Il y porta son regard et vit là, adossé à un arbre, un homme au bel habit rouge à passementeries d'or. Celui-là le regardait bien en face, et ses yeux étaient si petits qu'il n'arrivait pas à dire leur couleur. Ses cheveux noirs tenus d'un noeud écarlate lui donnaient bel et bien l'air d'un homme du grand monde seulement son sourire ne comportait aucune douceur mais bien plutôt de la cruauté.
- "Si tu le veux, moi, je serai le parrain de ton fils."
Le pauvre homme refusa immédiatement, et l'homme en rouge eut beau lui promettre de faire de son fils un homme riche et puissant toute sa vie, il ne changea pas d'avis.
Il reprit sa route tout tremblant, et pressant le pas, Image hébergée par servimg.com sûr d'avoir rencontré d'abord Dieu, puis le Diable.
Il approchait du village quand une forme qu'il avait d'abord prise pour un tas de bois sur le bord du chemin, se souleva et se mit debout.
Il reconnut tout de suite l'Ankou, car nul ne peut ne pas le reconnaître. Est-ce que cela voulait dire que son heure était venue ? Sûrement...
- "Si tu le veux, moi, je serai le parrain de ton fils."
Le manouvrier réfléchit un instant.
La Mort est la même pour tous. Elle est égale. Et puis... Qui connaît les vivants mieux qu'elle ?
Il accepta.
L'Ankou devint donc le parrain de l'enfant.
Et l'enfant grandit. Assez tôt, comme trop souvent dans les familles trop pauvres, l'Ankou était venu chercher ses parents mais lui, chez l'un de ses frères aînés, grandissait vite et bien.
Quand il fut temps de lui choisir un métier, l'Ankou déclara : "il sera médecin".

La décision parut étrange, mais à ces pauvres paysans, il suffisait que l'enfant ait un métier et puisse subvenir à ses besoins. Et la chose pressait, car à douze ans, un petit paysan devient vite un homme! Et puis... Quel métier que celui-là ! Un fils de manouvrier qui devient médecin... C'était là une belle réussite qui rendrait fiers de lui tous ses frères et soeurs et même tout le village.
L'enfant (qui était devenu un homme) devint donc médecin...
Quand il était appelé auprès d'un malade très gravement atteint, et que les autres médecins donnaient tous pour mort dans les deux, trois ou dix jours, il regardait à la tête du lit, puis au pied du lit, et si nulle part il ne voyait l'Ankou, il annonçait que le malade allait se remettre. Si l'Ankou était au pied du lit, il annonçait que la guérison serait longue et il courrait préparer ses remèdes, mais si l'Ankou était à la tête du lit, alors il annonçait que le malade était perdu.
Image hébergée par servimg.com Il devint, en fort peu de temps, le médecin le plus renommé du pays, et cela malgré sa jeunesse.
Comme toujours en pareil cas, il fut amené à soigner les plus grands seigneurs, ce qui le rendit riche et lui permit d'aider fort ses frères et ses soeurs, dont on vit les habits de fête devenir plus beaux et plus riches, un peu plus, d'année en année, au fur et à mesure que leurs troupeaux devenaient plus grands, aussi. On l'enviait, comme vous pensez bien, mais nul n'aurait osé s'en prendre à ce jeune homme généreux qui faisait la richesse de tout le pays.

Seulement, un jour qu'on l'avait appelé auprès d'un grand de ce monde, il fit pour la première fois ce qu'il n'aurait jamais dû faire.

En entrant dans la chambre, le jeune homme vit tout de suite que l'Ankou était à la tête du lit. Il s'y trouvait, juste derrière la fille du duc, qui pleurait à chaudes larmes. Les choses étaient claires: le vieil homme allait mourir, il n'avait pas à tenter de l'empêcher... Image hébergée par servimg.com Mais la jeune fille était si belle et elle avait tant de peine !
Le médecin ordonna à un valet qui était là de faire doucement déplacer le matelas, avec le duc dessus, afin que la tête soit portée là où se trouvaient maintenant les pieds.

Image hébergée par servimg.com

Après quoi il se mit en devoir d'administrer au malade les remèdes convenables. Le duc se rétablit, si heureux des services de son nouveau médecin qu'il se mit à parler de lui donner sa fille et que le projet bientôt prit corps. Vous imaginez la joie et la fierté, au village ? Et surtout celle de ses frères et de ses soeurs...
Le duc étant entièrement remis, l'Ankou vint trouver son filleul.
- "C'est bon pour cette fois... Mais ne le refais jamais, ou bien c'est toi que j'emmène."
Le jeune homme promit.
Mais le lendemain, il apprit que sa promise était gravement malade. En entrant dans la chambre, il vit l'Ankou à la tête du lit. Sans attendre, le voilà qui la saisit à bras-le-corps et la tourne dans l'autre sens.
Image hébergée par servimg.com Et sans attendre, l'Ankou s'empara de lui.
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Inspiré d'un conte breton.

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Coloriages sur l'articles "Allo Ouigne?"

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Pour ceux qui trouveraient que le thème Samain s'éternise, sur ce blog: rassurez-vous, c'est fini !

Je vous souhaite un bon hiver, saison des contes et des marrons grillés...

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Article sur l'Amour et la Mort : cliquez ICI.

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25-10-08

La botte et le diable

Bandit de profession, un homme, mourrant et craignant le diabble, demanda à son fils de faire le guet près de sa tombe, trois nuits durant.

C'est déjà bien assez que de mourir de maladie, à qui a passé sa vie à courrir les chemins.

Image hébergée par servimg.com

Voilà donc le fils du bandit (bandit lui-même) qui s'installe avec son grand couteau sous son manteau, près de la tombe fraîchement creusée et qu'on avait pas encore fini de reboucher.

Le fossoyeur, le voyant assis là, s'inquiète, et vient s'asseoir sur une tombe toute proche, sa pelle près de lui. On ne sait jamais. Cet homme est peut-être un sorcier venu déterrer le cadavre ?

Et voilà le soir qui s'avance sur lui, et avec le soir, voilà qu'arrive à grands pas, tout rouge et tout noir, comme brûlant de feu et de braises, le diable en personne.

-"Ecarte-toi, l'ami. Celui qui est là m'appartient. Je viens le prendre.

-Je ne m'écarterai pas.

-Ecarte-toi, ou je te brûle là où tu es.

-Je suis passé par l'église aujourd'hui."

Le diable réfléchit un peu.

Le fossoyeur s'approche.

-"Vas chercher de l'or. Assez pour en remplir la botte de ce jeune homme. Ensuite, il s'en ira."

Image hébergée par servimg.com

Le fils du bandit ne comprend pas tout de suite, mais quelque chose lui dit, quand le diable lui demande si ce marché lui convient, qu'il doit accepter. Voilà donc le diable qui s'en va.

Bien vite, le fossoyeur fait ôter au jeune homme une de ses bottes et, lui prenant son grand couteau avec lequel il menace les voyageurs, il décloue la semelle. Ceci fait, il dépose la botte sur le bord de la tombe du vieux bandit, et les voilà qui s'installent tous les deux à côté.

Le diable revient bien vite, un sac énorme sur le dos.

-"Il est bien petit ce sac... Ce garçon a de grands pieds, tu sais ?"

Et en effet, le diable a beau verser, la botte ne se remplit pas.

-"Je reviendrai la nuit prochaine, avec un sac plus grand." promet-t-il.

Ainsi fait le diable... Mais aussi grand que soit le sac, il ne remplit toujours pas la botte.

La troisième nuit, le fils du bandit et le fossoyeur ont attendu, comme la veille, en jouant aux dés et en pique-niquant. Ils ont attendu longtemps, d'ailleurs. Le diable arrive enfin, écrasé par le poids de deux énormes sacs qu'il se met en devoir de déverser dans la botte.

Mais la botte n'est toujours pas remplie.

-"Décidément, tu as de très grands pieds..."

Au matin, le fossoyeur récupère l'or et le donne au fils du bandit, qui lui en propose la moitié.

-"C'est à toi.

-Alors, quand j'aurai fait bâtir une maison, accepte d'y venir"

Image hébergée par servimg.com

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Rappel de l'article précédent = la nuit du 25 au 26 octobre est la première des 15 nuits de Samain.

Joyeux Samain, et surtout, faites attention aux fantômes !

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Inspiré d'un conte breton

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Prochain conte le 1° novembre (comment ça "déjà?")

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Coloriages sur l'articles "Allo Ouigne?"

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Secteur contes, sur le site

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