Texte-Apocalypse

Dans son poing tenait la Peur, tenait la Haine, tenait l'Orgueil, les trois lances à lui confiées par son père pour vaincre, en ce jour terrible, et restaurer le Chaos.

Dans son poing tenait la Peur, tenait la Haine, tenait l'Orgueil, le Prince Dragon. Dans son poing les tenait mais ne les lançait pas.

Il contemplait la vallée paisible où bientôt, il le savait, il le devait, se déchaînerait par lui la destruction de toutes choses et la fin de l'univers construit et maintenu. Bientôt, il le savait, il le devait, lui le Prince Dragon, il arracherait de son ancrage la Clé de Voûte de l'Infini et par là rendrait l'Univers au Chaos dont était sorti.

Dans son poing tenait les trois lances à lui confiées pour mener ce combat, mais restait assis sur le rocher où souvent avait attendu sa tendre amie. Il la devrait combattre, elle, fille du maître des forces ordonnantes dans le Monde. Il la devrait combattre mais ne le pouvait, aussi restait assis là, contemplant la vallée et derrière lui ses compagnons, ses frères, attendaient l'instant où les trois lances tinteraient toutes ensembles. Ils attendaient mais le poing du prince se refusait à se refermer de tout son feu sur les hampes sombres. Ils attendaient mais son coeur se refusait à enflammer les lames effilées. Il attendait mais les yeux du prince se reposaient dans la vision de l'immense vallée blanche et immobile, aussi douce et calme que les gestes paisibles de la dame-neige et de ses filles, aussi blanc que leurs robes et leurs visages, aussi froid que lui et ses frères étaient brûlants.

Dans son poing tenait la Peur, tenait la Haine, tenait l'Orgueil, le plus fort des fils du Roi du Feu. Dans son poing vibrant.

Dans son poing tenait les trois lances terribles du Chaos, et sous ses larmes de feu se crevassait le sol gelé.

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