La domestication du chien date de la préhistoire et d'avant la sédentarisation humaine et de toute autre forme de domestication animale. C'est dire si notre histoire commune avec canis canis est ancienne !

Et pourtant... Est-il besoin de faire un dessin pour dire qu'il y a chien et chien et qu'un long chemin a été parcouru au travers de cette histoire, avant d'en arriver à ça :

Canis-canis

Quatre exemples de chiens.

Ça se ressemble pas beaucoup, non ? Et pourtant, ce sont tous des chiens. Canis canis comme on dit en latin, dans la classification des espèces. Franchement, faut un certain courage pour décréter comme ça, de but en blanc que ces êtres sont tous identiques, vous ne trouvez pas ? Non ? Ah bon...

Au début de tout, il y a eu canis lupus, et peut-être quelques cousins à lui. Plus exactement, il y a eu des louveteaux privés de leur mère à l'occasion d'une chasse, sans doute, et partant de ces louveteaux... Hé bien, partant d'eux, c'est très simple : dans la nature, le loup se reproduit s'il est le dominant de la meute. S'il est le chef, autrement dit. Par définition, l'animal domestiqué, même s'il est de tempérament dominant, accepte d'être lui-même dominé : le chef de meute c'est l'humain qui l'a élevé, le nourrit et lui donne des ordres. La sociabilité du loup a joué contre son caractère sauvage, finalement.

Au fil du temps, les caractéristiques physiques de canis canis commencent à se différencier de celles de canis lupus. En fonction des animaux que l'homme choisit de garder ou ne pas garder, sans doute.

Les spécialistes parlent aussi d'une pédomorphose = le chien conserve les caractéristiques du louveteau et du loup juvénile. Bizarre autant qu'étrange ! Surtout si on se gratte la tête en pensant que l'homme a conservé, lui, des caractéristiques du jeune singe. Ouais, bon, on peut se la gratter longtemps, la tête, là ! Miss Stair, la fameuse détective et son chien Bouldegom, ne résoudront pas de sitôt la question ...

chiens

Mais le lien n'est pas brisé. Dans l'Antiquité, on croise des chiens avec des loups pour obtenir des animaux plus forts et résistants. Une pratique qui se retrouve chez les mushers du grand nord. Et puis, de toutes façons, les deux espèces... N'en sont qu'une. Quand à la notion de sous-espèce elle est très floue.

De nos jours, la plupart des chiens sont des animaux de compagnie avant toute chose. Leur maître les choisit en fonction de ses goûts esthétiques, de ses loisirs et éventuellement de ses conditions de vie.

A la préhistoire, dans l'Antiquité, au Moyen-Age... Le chien est d'abord un animal utile.

- Il tient chaud la nuit (rien ne se perd)
- Il peut être mangé (la découverte du Pôle Sud ne se serait pas faite sans la viande des chiens de traîneau...).
- Il peut aider à la chasse, voire à la pêche.
- Il peut avertir du danger, voire aider à se défendre.
- Il peut porter des charges (ou les tracter).
- Il peut garder les troupeaux (à partir du moment où il y en a)
- Accessoirement, les chiots font des compagnons de jeu pour les enfants et aident à calmer les soucis des adultes. Là, on se dirige vers l'animal de compagnie... Mais admettez qu'on est encore loin de lui mettre en collier rose à paillettes assorti à son manteau de ski.

chiens

L'animal de compagnie pure souche attendra... Les jolis petits chien-chien qu'on voit sur les enluminures et les tapisseries du XV° siècle sont des chiens de chasse avant toute chose, même s'il est évident qu'ils ont acquis une grande importance, au moins au niveau de l'image que leur maître veut donner de lui-même.

L'image du chien médiéval en est effet avant tout celle de l'homme médiéval dans son rapport  aux aspects symboliques qu'il attribue au chien et au rôle social qu'il lui confère. Autrement dit : le bon compagnon fidèle et l'instrument de chasse, loisir des nobles, aux aïeux glorieux.

On retrouve là des aspects... Que le chien avait déjà à la préhistoire.

Avant d'en arriver là, et plus récemment, on pourrait parler des chiens de combat, à l'époque romaine antique... Comme le chien-jouet, mais à l'opposé, une situation extrême.

C'est que le chien est double : féroce d'un côté, affectueux de l'autre. Du moins, il en a le potentiel. Du moins, dans la théorie. Du moins, si on place tous les chiens à égalité, et avec toutes les sélections qui se sont savamment effectuées, rien n'est moins évident (pauvres bêtes!).

Dans l'Antiquité, on croisait des chiens avec des loups pour les rendre plus féroces et plus solides. Cela s'est fait aussi au Moyen-Age, pour obtenir de bons chiens de chasse ou de berger, ou dans le grand Nord, pour renforcer les chiens de traîneau. Ils ne pouvaient qu'y gagner... Essayer à tout prix, par recroisements successifs, de conserver les caractéristiques appréciées antérieures, c'est prendre le risque d'empiler les gènes deffectueux.

Que pense canis lupus de ses proches cousins et lointains descendants ? A vrai dire... Ca n'est pas pour l'évoquer lui que j'ai fait cet article, donc, on ne lui posera pas la question.

Mais on reparlera bientôt du chien.

Canis-Lupus

Cette fois, c'est des loups... Enfin, un loup et un louveteau.