P_Antiquite

Etat des choses au XIII° siècle =

" il rencontra un hippocentaure. Cet être moitié homme, moitié cheval, lui indiqua qu'il fallait prendre à droite. Bientôt après, il rencontra un animal portant des fruits de palmier, dont la partie supérieure du corps avait la figure d'un homme et la partie inférieure, la forme d'une chèvre. Antoine le conjura de la part de Dieu de lui dire qui il était; l’animal répondit qu'il était un satyre, le Dieu des bois, d'après la croyance erronée des gentils. Enfin il rencontra un loup qui le conduisit à la cellule de saint Paul."

Jacques que Voragine, XIII° siècle, Légende Dorée de Saint Paul Ermite.

En ligne ICI.

Puck-001D'où il ressort =

- Qu'une créature à pieds de bouc, semblable à l'imagerie de Faunus, de Pan et des satyres, existe bel et bien.

- Que cette créature n'est pas un dieu, ni un démon, mais un animal (rare et étrange).

- Que les païens font erreur... Mais que la pauvre bête n'y est pour rien.

- Innocent comme tous les animaux, celui-là n'a aucune raison d'empêcher Antoine de trouver Paul.

- Moralité = cet être à pieds de bouc... N'est pas un instrument du démon.

Oui, bon...

Ca changera sûrement dans pas longtemps. La fin du Moyen-Age arrive, et avec elle, le temps des sorciers, des boucs noirs, des chiens noirs, des chats noirs et autrescréatures démoniaques... Période sombre qui culminera au XVI° siècle.

Au XIII° siècle, la lutte contre les persistances du paganisme est relativement paisible. Il n'est pas admis, bien sûr, d'adorer des arbres ou des rochers, et les invocations à Diane sont un grand péché, mais l'hérésie de sorcellerie n'a pas encore été définie et l'inquisition (qui d'ailleurs est une invention récente) a d'autres chats à fouetter.

Donc, l'idée reste valable, selon laquelle les dieux anciens sont des illusions inventées par le Malin, des mensonges sans fondement auquel il ne faut pas plus se fier que marcher sur un nuage. Le temps n'est pas encore venu où les dieux païens seront assimilés à des démons.

1-2-3, chronoretardateur... On repart vers l'Antiquité.

Ou "les Antiquités", car la période est encore plus vague et large que le Moyen-Age (qui dure déjà 1000 ans!).

 

Pan-Faunus-Silvanus


Généralité numéro 1, qui se redécouvre à l'époque "Contemporaine" (au temps de mes études, ça se définissait "entre la Renaissance et la Révolution") = le faune (nom commun) est une créature mi-humaine, mi-animale composée du haut du corps d'un humain mâle et en général barbu et d'un arrière-train de capridé (de bouc, supposera-t-on). Ne me demandez pas comment on sait que c'est un capridé et non un ovin (c'est à dire un mouton), je ne suis pas botaniste. Peut-être à cause de la forme des cornes qui viennent s'ajouter à la tête humaine ? Et encore, ça serait pas bien certain, parce que les faunes ont toutes sortes de cornes... Les chèvres aussi, vous me direz.

Généralité numéro 2 = le dieu Faunus (nom propre), probablement du fait de son assimilation au dieu grec Pan a été représenté ainsi que ci-dessus (arrière-train caprin, buste et tête humains, cornes pour couronner le tout). Il n'est cependant pas la même chose que "les faunes" créatures surnaturelles à la puissance limitée, mais un dieu à part entière. Un autre dieu lui dispute l'univers des cultes de la nature dans les sanctuaires et laraires romains : Silvanus. Bien que n'ayant pas la même iconographie, leurs domaines d'action sont très proches.

Généralité numéro 3 = Malgré sa composante caprine, Faunus est un peu loup quelque part. On lui attribue l'épithète "Lupercus" et l'une de ses fêtes se nomme "les Lupercales". La symbolique sexuelle du loup, qui y est présente, se retrouvera dans de nombreuses traditions ultérieures. Plus simplement on pourrait parler de symbolique de fertilité et de force. Tout ça pour dire que Faunus n'est peut-être pas de nature double... Mais triple ?

Généralité numéro 4 = En tant que divinité de la Fertilité, on lui associe une composante sexuelle non négligeable. Je zappe un peu pour cette fois, parce que c'est peut-être lié à la diabolisation du "Cornu" et qu'il faudrait un article sur la lutte contre les reliquats du paganisme au Moyen-Age.

1-2-3, chronoretardateur... Encore un petit saut.

L'iconographie semi-caprine de Faunus apparaît assez tôt, la "grécoïsation" de la culture romaine a commencé avant même la conquête du monde grec par les romains. Appelez ça du snobisme antique si vous voulez, mais ça faisait chic, quand on était patricien romain, d'avoir une statue grecque dans son atrium...

Mais Faunus remonte aux origines de Rome et même avant... Comme un certain nombre de divinités romaines, il serait issu de la culture étrusque. Chose en tous cas certaine, Virgile (1° s av JC) fait écho dans l'Enéide de sa parenté avec le roi qui accueillit Enée en Italie. Rien moins que son père ! En amont, sa filiation diffère selon les sources, mais il est en tous cas descendant du dieu Saturne. Faunus, dans l'Enéide, est évoqué comme un dieu oraculaire.

Uriens-001

Généralité numéro 5 = Cela restait un des rôles de Faunus à Rome. Maître des grandes terreurs, il est également maître des révélations pendant le sommeil. En cela, il se rapproche de Pan. Le dieu grec des troupeaux étant également capable d'inspirer des peurs "paniques" tout autant que des rêves à teneur élevée en bon conseil.

 "Faunus l'accueillit avec bonté, lui donna un territoire, et le mont qu'Évandre nomma plus tard palatin. Au pied de cette colline, il éleva un temple à Lycée, appelé Pan par les Grecs, et par les Romains Lupercus. La statue du dieu, presque nue, n'est couverte que d'une peau de chèvre, vêtement sous lequel, aujourd'hui même, on court encore dans la ville aux fêtes lupercales. Fatua, femme de Faunus, livrée sans cesse aux fureurs d'un enthousiasme divin, prédisait l'avenir ; et l'on désigne encore l'inspiration prophétique par un mot qui rappelle son nom."

 Justin, Histoire Universelle, Livre XLIII.

L'auteur de ces lignes (en vert) étant à situer au III° siècle (ou IV°), les temps contemporains de la fondation de Rome, pour lui, étaient quelque chose d'aussi ancien que le sont pour nous les invasions vikings. Evandre, le roi légendaire dont il fait mention (ce passage rapporte son installation en Italie) apparit lui aussi dans l'Enéide, mais cela lui suppose une longévité surnaturelle ! Pas grave : tout comme Faunus, il a été divinisé.

On notera quand même, ici, que Justin distingue très nettement (rationalisation?) le roi Faunus et le dieu Lupercus.

Soit dit en passant que cette vision des choses replace les dieux "au-dessus de la sphère humaine". Le même dieu étant nommé de façon différente en différents lieux. C'est drôle, mais ça sent la volonté d'universalité, surtout dans un espace aussi grand et diversifié que l'est l'empire romain au III° siècle!

Un historien du XIX° a voulu voir dans des statuettes assez proches, disons-le, de Silvanus (mais sans le chien), des images de Faunus tel que le décrit Justin. A ce jour, ça n'est aucunement prouvé... Cependant, le fait de me pencher sur la question m'a laissée avec cet énorme doute : quelle était, exactement, la différence entre Faunus et Silvanus aux premiers temps de Rome ? Silvanus n'était-il pas, comme Lupercus, un aspect de Faunus ?

 

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Affaire sûrement à suivre... Mais c'est déjà très long, j'arrête là.

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 Sur le thème de FaunusGif-Hibou

12-02-2011 = Lupercaliae.

03-08-2011 = Saint Antoine à Saint Paul de Varax .