Cult_Arthur

Chevalier de la Table Ronde errant, amant de la reine Guenièvre, du moins depuis la fin du XII° siècle, car son apparition dans la tradition arthurienne date de là.

Mais d'où sortait-il donc, ce quidam qui a su prendre une si belle place ?

Lac = nom commun masculin désignant une étendue d'eau plus ou moins vaste.

Lacet = nom commun masculin désignant un cordon qui sert à faire un noeud.

L'esprit médiéval, comme le nôtre, du reste, aime les jeux de mots.

Or... le terme "Lac" désigne aussi bien un cordon noué, c'est à dire finalement un noeud, ou bien un piège constiué de noeud (un collet, quoi), qu'une étendue d'eau.

Ca y est... Pas besoin d'aller plus loin. A moins de n'avoir jamais entendu parler de Lancelot du Lac et de Guenièvre (après tout, sait-on jamais ?) vous avez deviné.

D'un côté, le Lac (étendue d'eau) de Viviane (laquelle serait selon certains, une  fée rattachée à un ruisseau forestier, raison pour laquelle elle ne peut quitter la forêt)

De l'autre, le Lac (lacet formant collet) d'Amor (qui le rattache à Guenièvre, mais c'est pas fort de la part d'un chevalier du Moyen-Age de se faire choper au lasso comme dans un western)

Vrai quoi...

Lance = nom commun féminin designant une arme d'estoc maniée par le combattant à cheval. Sert aussi à désigner l'art et la manière (le mot a bien vieilli, mais l'objet un peu moins).

De nombreux mots sont voisins de "lance" dans leur construction et ont des significations qui en sont plus ou moins dérivées = lanceor, lanceation, lanceer, lançade, lancele, lancerel, lanchier...

Le mot "lance" désigne aussi une unité de mesure de terre. Assez ironique quand on pense que Lancelot, s'il possède, certe, une forteresse (la Joyeuse Garde) passe sa vie à courrir de tous côtés sans avoir jamais, ou presque, un toit au-dessus de la tête !!!

Ancel = nom commun masculin désignant un serviteur...

Ou bien un bénitier.

L'ancelot = "petit serviteur" ou "jeune serviteur"

Je ne me souviens plus où j'avais trouvé cette interprétation pour la première fois, mais je la trouve assez sensée... Cependant, je précise que dans le Godefroy, le terme "ancel" au masculin ne désigne que le bénitier (j'ai comme la sensation que ces deux mots, (directement issus du latin comme vous le voyez), devaient déjà être vieillots au temps où la littérature médiévale s'écrivait. La similitude entre "ancelus" et "angelus" pourrait-elle avoir aidé à faire désigner le bénitier par ce terme ? Ceci n'est pas notre sujet, n'est-ce pas...

Et il faut bien admettre, par contre, que dans le registre "chevalier servant", il est particulièrement dévoué et efficace. Guenièvre a trouvé une perle, là... Et en plus, comme il ne traine pas souvent d'écuyer avec lui, on peut supposer qu'il entretient lui-même son armure et ses chaussettes. Un "fin aman" étant sensé ne jamais se présenter devant sa dame en une tenue négligée (pauvre de mise, ça va, mais faut que ça soit propre).

Petit détail limite sacrilège qui ferait intervenir la possible confusion entre "serviteur" et "bénitier" : Lancelot, dans le "Chevalier à la Charrette" (roman pour lequel le personnage a été inventé) se caractérise, certes par son courage, sa prouesse et son dévouement, mais plus encore par la dévotion qu'il a pour la reine. Et quand je dis "dévotion", le terme n'est vraiment pas trop fort, je vous assure.

Prenons garde... Ca pourrait finir par devenir grivois... On s'étonnera si l'Eglise aimait pas les trouvères, après ça !

Fin = nom commun féminin désignant l'achèvement de quelque chose.

Fin = adjectif désignant ce qui est étroit.

Fini = adjectif désignant ce qui est achevé.

Lancelot du Lac est ce qu'on nomme en littérature médiévale un "fin amant".

En fait, il est même LE fin amant.

Est-ce à dire qu'il a la super-ligne extra slim-fast, avec pas un gramme de trop sous son armure ?

Notez bien... Vu comment Guenièvre parle de lui (j'ai oublié dans quel roman, et là, franchement, j'ai la flemme de chercher si c'est dans Yvain, Erec ou dans un autre) on pourrait le croire, parce qu'un type dont la poitrine est trop large esthétiquement parlant... Du fait que si elle était plus étroite il n'y aurait pas la place pour son coeur. Y'a des questions à se poser !

En même temps, ça doit pas lui faciliter les choses quand il achète une armure d'occasion ou quand on lui en prête une... Faudrait pas oublier que le Lancelot, il est chevalier errant, quand même.

Mais... Non, "fin" ne veut pas, ici, dire que le preux chevalier est sans brioche aucune.

On pourrait aussi aller chercher du côté de "avoir l'esprit fin", mais là... Si on part sur la piste "fin comme une lame de rasoir", ça garde tout son sens, et même ça le renforce. Alors que dans le cas de notre preux chevalier ??? Hein ???

"Fin" est à rapprocher de "fini".

Quand j'étais petite fille, entendre dire "j'suis fin prêt" m'intrigait beaucoup. Je comprenais sans peine cette expression de parler du Pas-de-Calais, employée souvent devant moi, mais tout de même... J'ai toujours eu la manie de chercher à "faire de familles de mots" et "savoir d'où viennent les mots" (j'ai su plus tard que c'était de l'éthymologie, un mot bigrement barbare dont je n'ai jamais cherché à savoir d'où il était venu). Bref... Tout ça pour dire que "fin" n'était pas un inconnu pour moi, quand je me suis trouvée nez à nez avec lui en cours de français ancien.

Fin = adjectif désignant ce qui est achevé, ce qui est mené à son état de perfection (médiéval, ou certains parlers régionaux).

Le nec plus ultra, quoi...

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