Date_epiphanie

Puisque me voici entrée dans la thématique du loup, et que demain, 6 janvier, c'est l'Epiphanie, il serait dommage de ne pas se demander ce qu'on trouve quand on additionne un loup et une galette.

A priori... Pas grand-chose. Un animal carnivore... Doutons qu'il soit amateur de galette à la frangipane, voire au chocolat.

Evidemment, quand on examine les choses d'un peu près... De très très près... Le gentil chien-chien qui est là, sous la table, attendant avec impatience le petit morceau de galette où vous aurez pris soin que la fève ne se trouve pas pour qu'elle ne lui reste pas en travers de la gorge et ne l'étouffe pas... Ce gentil chien-chien avec un petit noeud rouge sur la tête, génétiquement parlant, c'est un loup. Un descendant de loup, du moins. Oui, là, en train de vous regarder en tirant la langue.

Et en plus, il mange de la galette.

Je suis même prête à parier que si votre petit dernier n'a plus assez faim pour finir sa part, il sera très content de l'y aider.

Là... Je sens que le "Grand Méchant Loup" doit se retourner dans sa tombe.

Surtout s'il a eu connaissance du "Pauvre Loup" qui apparait dans une comédie musicale pour enfants de Ph CHatel (poursuivi par une méchante grand-mère, vous savez bien? Mais à ce qu'il parait, ils ont réussi à se réconcilier...)

Pauvre loup ! On lui aura tout fait subir... Et pourtant, la version de Perrault, la plus ancienne qui soit "du Petit Chaperon Rouge" (bien que le shéma du conte existe plus anciennement) n'avait pas grand-chose de gentillet.

Pensez donc? Un conte où il est explicitement question de manger non seulement de la chair humaine, mais celle d'un membre de sa famille ? C'est horrible, non? Et pourtant... "Manger", c'est "se nourrir de", c'est "devenir semblable à". En mangeant la chair de sa grand-mère, que le loup lui donne, la jeune fille devient semblable à elle (et à tant de femmes avant elle).

Au temps de Perrault, je ne saurais pas trop dire ce qu'il en était (quoi dans les milieux instruits des salons la chose devait sembler transparente) mais... "Chair" dans des temps plus anciens se rapporte d'une part à "cara", le visage, la face, la mine que l'on fait et d'autre part à la viande animale (le terme "viande" ne veut dire au Moyen-Age que "nourriture", et peut désigner une tarte aux pommes). Quand au "péché de chair", ça c'est une autre histoire, mais au XVII°, le terme était connu.

Dès lors, puisque dans le conte de Perrault, le loup commence par... Partager un repas avec le Petit Chaperon Rouge, au lieu de le bouffer purement et simplement sans autre forme de cérémonie ou de procès (ce dont conteurs et cinéastes auraient été déçus, vu que ça permet de rallonger le temps de suspens)... Ben donc, puisque le loup commence par se débrouiller pour diner en tête à tête avec la jeune fille, on peut se laisser aller à penser qu'il y a un sous-entendu.

Les versions suivantes du contes (dès les frères Grimm) sont moins cruelles que celle de Perrault. Les versions antérieures également, parait-il... Au XVII° siècle, le Petit Chaperon Rouge est moralisateur non seulement à propos de la sexualité mais à propos de la place de la femme dans la société. Là où la jeune fille de la finta nonna se tirait d'affaire seule, le Petit Chaperon de Grimm ne devra la vie sauve qu'au chasseur.
Circonstance qui, dans la logique "contesque", ouvre la porte toute grande au vaillant sauveur pour revendiquer la main de la demoiselle pour lui-même ou un de ses proches .

 

 

Les versions anciennes, telles que celle collectée par Perrault portent encore la trace de l'identification du loup à l'être sauvage à puissante sexualité (celui-là même dont les traités d'alchimie du XV° tirent des remèdes contre l'impuissance), et par contre, la galette est totalement absente...

Ah !

La galette... Est-elle si innocente que ça, celle-là ? Même pas, me semble-t-il.

Car il existe une tradition semblable à celle de la galette des rois... A Halloween. Le tirage au sort devant déterminer qui aura ou pas la chance de se marier dans l'année. Chose très étrange, il existe pas mal de contes où la demoiselle choisit son époux par ce moyen. Alors ? Est-ce que c'est un hasard, si depuis les frères Grimm, le petit Chaperon Rouge trimballe une galette dans son panier ?

D'autres pistes ont été explorées, concernant cette fameuse galette, notez bien... Mais pour cette année, ça suffira comme ça. On tâchera de faire moins méchant l'an prochain...

Allons bon...

De nos jours, comment se passerait l'histoire ?

Ben, à vrai dire, tant qu'il ne s'agit que de la thématique de la virginité féminité (thématique dont on ne peut même pas dire qu'elle soit née avec le christianisme, parce que la civilisation gréco-latine la connait déjà) ça se passerait sans doute sans histoire aucune... Mais peut-être qu'on arriverait encore à trouver une façon de la raconter pour mettre en garde les petits chaperons contre les grands méchants dangereux, mais là, on aborde un domaine voisin.

 

Chap_Rouge_NB_500*

*

*

<< coloriage du petit chaperon rouge 

 

 

 

Edit =

Excuses à Ch.Perrault, qui n'est pas le responsable du texte sanglant évoqué ci-dessus... Sa version à lui est plus soft.

"Relu Perrault (en regardant si c'était bien la version originale) et en note il semblerait que le repas partagé soit d'une version antérieure mais existe bel et bien ! par contre il n'y a pas d'auteur noté." (commentaire laissé ci-dessous par Mypianocanta).
(Merci Piano!)