Petites méditations sur la 

Depuis la nuit des temps, il y avait Canis Lupus. Le loup.

Et puis, il fut une fois Canis Canis. Le chien.

Dans les textes celtes, ces deux animaux sont étoitement liés à la guerre. Je parle de la spiritualité guerrière, bien sûr, et non des techniques. L'une des formes de la Morrigan est une louve rouge. Le chien est animal de courage et de fidélité, des héros portent son nom (Keu, Ké, ou Caius).  Quand il est noir, c'est un animal de la nuit, de l'ombre et de la lune (Ké Du, le Chien Noir). Les croyances tardives et superstitions populaires en ont fait une créature néfaste et diabolique. Il a, il faut le dire, plusieurs significations, et sa couleur est importante. Un chien noir n'a pas la même signification qu'un blanc ou un rouge. Mais les valeurs du coeur ("coraige" médiéval) restent. Voir Cuchulainn.... Dont la vie est un cycle marqué en début et en fin par deux chiens (il meurt d'avoir mangé du "chien d'eau").

Dans l'iconographie et la littérature médiévales, le chien reste symbole de fidélité et de courage. Le loup, à l'inverse, représente le danger, la force brute et cruelle, et est volontiers moqué. La force brute et cruelle ne saurait être intelligente. L'Eglise, d'ailleurs, veille à diaboliser ou sanctifier les anciens cultes. Le loup est associé à certains aints, soit dans la légende, soit par le nom (St Loup!). Lié au monde profondément sauvage, cet animal est forcément un danger pour la société humaine (et chrétienne).

L'harmonie entre l'homme et la nature n'est pas vraiment à l'honneur en ce temps-là...

Gaston Fébus, lui-même, n'est guère élogieux avec le loup. Il propose de multiples façons de le piéger, comme il se doit d'être fait d'un animal aussi dangereux. On notera pourtant qu'il s'agit de pièges à disposer aux alentours des endroits plus ou moins fréquentés par l'homme (sentiers forestiers, voire jardins enclos par des haies)

Pourtant, quand on se penche sur l'alchimie et les remèdes médiévaux, le loup retrouve une place d'honneur... Certes, celle d'ingrédient pour potion ou pour porte-bonheurs, mais quand même. Ca n'est pas le chien, c'est le loup qui est mis à contribution... En particulier quand il s'agit de fertilité masculine et de courage.

Tiens donc ?

Est-ce simplement parce que l'animal est une figure quotidienne, familière, pour ainsi dire ordinaire et incontournable ? Ce pourrait... Mais ça serait un peu rapide.

Le chien reste chien, en général. Il y a bien le cas du "Corps sans Tête" qui serait né d'un père loup-garou ou chien-garou (faites excuses, je ne connais pas le texte par lequel est connue cette légende), mais de façon générale, le chien est et reste un chien. Dans des mythologies d'Europe de l'Est, c'est différent, et cela méritera un article particulier sur les "garous" en tous genres... Mais ici, je vais rester large.

Et parce que je reste large, je fais une incursion en domaine germano-scandinave : là, on trouve les "guerriers-chiens", à la fureur guerrière terrifiante.

Au temps de César, la majeure partie de la Gaule était déjà "adoucie de moeurs", si j'ose dire, les belges faisant exception et rejetant de leurs coutumes tout ce qui pouvait les amollir. Je vais me permettre de supposer que c'est ce "traditionnalisme" qui les a rendus si difficiles à vaincre... Il y a quelque chose d'effrayant à imaginer un peuple faisant de la guerre un art de vivre et une religion, et pourtant... Des peuples comme ça, il y en a eu beaucoup, dans l'histoire du monde ! En écrivant ces lignes, ce sont les sikhs qui, dit-ont, honoraient Kali la Destructrice, qui me viennent en tête... Une autre "dame des Batailles", comme la "Louve" dont je parlais plus haut, mais décidément, ça va encore m'éloigner de mes meutes de chiens et de loups, ça, et de très loin !

Est-ce que "guerrier-chien" est la traduction correcte ? Pas sûr. Il y a d'autres hypothèses... On dit aussi que c'est de leur chemise en peau d'ours (gilet serait plus juste...) que les berserks tiennent leur nom. Cet habit, porté à même la peau, devait leur donner la force de l'animal.

Ici, j'ai une question à poser : les auteurs qui parlent de chemises d'ours évoquent-ils d'autres animaux pour le même usage ? Je pense au sanglier ou au loup, à cause de l'épaisseur du cuir et de la nature sauvage...  Les seigneurs, au moyen-âge, portent facilement sans nécessité autre que l'apparat et la symbolique, la peau de leur animal fétiche, et l'alchimiste Albert Grotus cite le loup pour des utilisation en rapport avec la force physique et le courage (en rapport aussi avec la fertilité, mais c'est un tout autre contexte!).

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