Petites méditations sur la

Cult_Arthur

Par là, il y a une vraie merveille, en ligne sur le site de la BNF...

Mais, siouplait, ne cliquez pas tout de suite. Lisez quand même mon article !

http://expositions.bnf.fr/livres/lancelot/index.htm

Le personnage héroïque de Lancelot a été créé à la fin du XII° siècle, soit sept bons siècles après que la tradition arthurienne aie commencé à se former, et depuis, il y est devenu incontournable.

Le premier roman où il apparaît n'a pas grand rapport avec la "Historia" de Geoffroy de Monmouth, qui est à peu près contemporaine et qui relate la lutte des rois "bretons" (celtes quoi) de Bretagne contre les saxons. C'est un roman courtois dans toutes les règles.

On s'y émerveille, même n'étant pas initié à la symbolique médiévale ou celtique, des exploits de ce jeune homme. On le suit, on guette ce qu'il va advenir (cliquez ICI pour la fiche-lecture sur le roman)... Mais ce n'est pas là mon propos aujourd'hui.

La succession des épreuves imposées à Lancelot par son créateur et devenues, au fil des auteurs, "ses" épreuves à lui, "ses" quêtes, est encore plus effrayante quand on y cherche le message codé.

- Tout d'abord, la charrette qui lui vaut son nom de "chevalier à la charrette". Chrétien de Troyes l'explique par le fait qu'il était infamat d'y monter parce qu'on y promenait les gens qui avaient mal fait, comme on aurait pu les mettre au pilori. L'explication est plausible. on voit beaucoup, dans les archives médiévales, de peines d'infamie et certaines se font en se déplaçant... Très longtemps, j'ai donc accepté cette explication et je m'en contenterais s'il n'y avait que ça.

- Ensuite, il y a le fait que de ce fameux royaume de Gorre, personne ne revient jamais... C'est déjà symptomatique d'un changement d'univers, ça, dans les textes du moyens-age, mais pas suffisant, encore.

- Puis les deux ponts infranchissables : le pont de l'épée et le pont dessous l'eau (un gué, quoi)... A noter que celui qui tombe du pont dans la rivière reste sous l'eau sans se noyer. Nous sommes dons dans un endroit où on ne peut pas mourrir (c'est rassurant, vous me direz)

- Les tombes de personnes encore en vie que découvre Lancelot... Dont la sienne.

- Et là-dessus, s'ajoute que certains auteurs donne pour éthymologie à "Gorre" le royaume des morts (via le même mot que celui qui a donné la très belle expression "mer de verre")...

Ca devient tout de suite plus clair, cette quête, non ?

Ah ? Non ? C'est pas clair ? Du tout ?

Ouais... Peut-être bien... Faut être un peu marteau, pour aller dans le monde des Morts pour une paire de jolis yeux... Il est complètement siphonné, le Lancelot.

Un truc, quand même... Puisque Chrétien de Troyes n'en est pas encore à écrire sur des sujets hautement édifiants comme le Graal, est-ce que vous avez remarqué que dans cette histoire, l'Autre Monde n'a rien de chrétien ? Pas d'enfer, pas de paradis...

Bien sûr, Chrétien de Troyes est un trouvère français, qui n'avait pas forcément connaissance de toutes les légendes bretonnes (anglaises) ou armoricaine (à parier que les notions celtes relatives à l'autre monde devaient y être assez voisines). Mais je serais assez surprise qu'il aie été complètement ignorant de cet univers.