Cycle en rouge, blanc et noir ...

 

Texte-Contes-Celtes


Je fus, voilà si longtemps que j’en ai perdu le souvenir, goutte d’eau très haut figée dans les vents par le souffle d’un être au-delà ou par la lumière qui brillait alors sur moi.

En cette vie, je restais longtemps à briller avec de nombreuses gouttes semblables à moi, ou peut-être cela ne dura-t-il qu’un instant ? Puis je tombai et là encore je ne saurais pas dire combien de temps dura ma chute. Tout juste eu-je la sensation que cette lumière, à force de briller sur moi, avait fini par y entrer. Je tombais, donc et fus bu par la terre noire.

Je devins sève dans le tronc d’un arbre vieux et noueux qui se trouvait là et je fus aspiré vers le monde brillant d’où j’arrivais à peine, mais je devins alors fruit rouge et rond sur cet arbre, et bientôt, il me fallut encore tomber.

Parce que sur moi s’étaient refermée la puissante mâchoire d’une laie, je devins marcassin rayé, et grandis jusqu’à être bête noire redoutable puis devins encore, l’âge venant, vieux solitaire, et tombais sous la lance d’un chasseur au-dessus des racines d’un chêne où s’ouvrait un trou dans le sol.

Je devins alors lièvre au pelage d’argent, né dans cette tanière et courant la lande, allant d’arbre en arbre, sans aucune fatigue et ma course ne cessa que sous les crocs d’une louve au pelage noir et plus rapide, sans doute, que moi.

Je devins alors loup, aussi sombre que ma mère et aussi vif qu’elle, courant après la lune comme elle avait couru après le lièvre d’argent. Cela dura, aussi, bien longtemps, mais cessa sous une flèche empennée de rouge. Ma peau fut donnée par le chasseur à son épouse, en gage de son amour.

Je devins enfant humain, aux cheveux couleur de feu. Un jour, cesserai d’être cet être.

Mordu, cette nuit, par un animal ou un être du monde obscur, peut-être ne le suis-je déjà plus ?

Peut-être serai-je demain ou un autre jour, poisson, oiseau, ou vent d’été, porteur de fleurs et de cendres au-dessus des champs ?

Peut-être serai-je pierre forgée aux forges de la Terre ou lame forgée à celles des hommes ?

Peut-être aussi serai-je à nouveau eau, courant vive sur les rochers ou bien s’élevant pour se figer, lumineuse, dans les vents glacés ?

*

*

Ce texte (ça n'est pas un vieux texte celte, c'est un de mes écrits), vous l'aurez compris, si vous vous intéressez un peu au monde celtique, porte sur la transmigration.

Si le sujet vous intéresse, je vous donne rendez-vous ici cet automne.

Un article sur le sujet est prévu.

*

J'ai écrit ce texte "sur demande". Thème : traiter de la transmigration dans l'univers héroïque celte.

J'ai choisi, à l'époque, une forme de texte faisant directement allusion aux textes celtes ("transformations" de Gwydion dans le Cad Godden). Mais en fait, les "transformations" celtique, je n'ai pas très envie de les lire au premier degré. Plus que de la magie, j'y vois des récits d'expériences spirituelles.

A l'occasion, peut-être que j'expliquerai plus en détail mon point de vue sur la question...

Si vous avez aimé ce "truc" , vous pouvez voter sur