Le néo-druidisme, apparu au XVIII°, est parti du principe que les filids irlandais étaient héritiers des bardes d'autrefois et que les druides, interdits sous Tibère, avaient continué d'exister et cela jusque après l'apparition du christianisme.

Dans les grandes lignes, je suis d'accord avec ça...

Dans les grandes lignes, dis-je, car retrouver les traces du celtisme d'autrefois dans des textes du Moyen-Age est un travail de grande patience.

C'est bien simple: à côté de ça, grattouiller un sol, même très dur, même sous un soleil de plomb, pour repérer et dégager sans les déplacer d'un demi-millimètre des tessons informes, des bouts d'os et des clous mille fois trop rouillés, est monstrueusement facile.

Lire entre les lignes, chercher de vagues indices, les réfléchir mûrement, les comparer à d'autres éléments, les réfléchir encore, remettre en question les uns et les autres, en les imaginant pris à d'autres inflences...

Dans les Compagnons du Crépuscule (tome 3) de Bourgeon, un vieux moine, se préparant à raconter une histoire, dit "la légende, c'est ce qui reste des vérités d'hier quand elles sont passées par le crible des vérités d'aujourd'hui". C'est d'une grande justesse... Très grande !

Au travers des romans du Moyen-Age, on trouve, certes, des traces des origines de la tradition arthurienne, mais tellement bien camouflées et tellement déformées !

Dépouiller la tradition arthurienne de tout ce qui est "contexte féodal" et "contexte courtois" la ramène déjà à bien peu de choses. Imaginer quoi mettre dans les trous laissés par cette opération ne peut se faire que par une immersion dans les éléments "d'époque"

Par où commencer ? Déjà, l'époque, c'est la fin de l'antiquité, c'est à dire que si je veux fare dans l'exactitude, mes notables celtes ont toutes chances d'avoir l'air un peu romains. Donc : exit... De toutes façons, ça n'est qu'histoires d'apparences. Ca ne reflète pas forcément l'âme des personnages de l'histoire. On va laisser la légende s'exprimer un peu.

Parce que la légende, c'est une sorte d'âme collective. Elle est ce que les gens ont pensé et ressenti. Elle est le reflet dans l'imaginaire de ce qui s'est fait (ou ne s'est pas fait) dans la réalité.

Et puis...

Ces changements dans l'Imaginaire, ils ne datent pas d'hier.

C'est la malédiction et la grandeur de la tradition orale, tout en même temps : elle se meut sans cesse. La tradition que nous pouvons essayer, par bribes, de retrouver dans des textes transcrits au Moyen-Age, ne se rapprochera tout au mieux que de la période antique. Pour l'Irlande, qui n'a pas connu l'occupation romaine, cela revient, celte, heu, certes, à toucher du doigt la "période des dieux celtiques", mais cette période, combien de temps a-t-elle duré ? Peut-on être sûrs qu'il n'y a eu aucune évolution durant l'Âge du Bronze et l'Âge du Fer, dans la mythologie et la cosmogonie celtique ?

Personnellement, j'en doute...