Petites méditations sur la

Cult_Arthur

Les plus anciens textes arthuriens sont, peut-être, des poèmes figurant dans un manuscrit gallois du XIV° dit "le livre de Taliesin". Certains de ces poèmes dateraient du VI° siècle et auraient pour auteur Taliesin, un barde contemporain de la conquête saxonne.

Hélas... Peut-être, seulement, car le manuscrit qui nous les rapporte n'est pas d'époque et la datation n'est donc qu'une estimation. Pire encore, ils sont mêlés à des écrits postérieurs et c'est par les travaux de spécialistes de la littérature médiévale qu'on considère ceux-là comme étant à considérer autrement.

La chronique de Nennius "Historia Brittonum" (Histoire des Bretons) est plus correctement datée: IX° siècle. Soit déjà pas mal de temps après les faits et pas mal de bardes ou de scribes. D'où, sans doute, des incohérences comme celles relatives aux origines de Merlin.

Si on trouve des extraits du Livre de Taliesin assez aisément, sur le Net ou dans tel ou tel ouvrage (quoique sans indiquer toujours l'origine des poèmes), la chronique de Nennius, elle, relève de l'introuvable, en cet an de grâce 2008... Et cela malgré une édition en français en 1999. Vous me voyez donc grandement marrie de n'avoir pu la consulter.. Et fichtrement désolée de ne pouvoir en parler, crénom d'un casque à ailettes !

A deux semaines de parution de cet article, j'ajoute ici que les forums sont un moyen plus efficace que les mot-clé (et les moteurs de recherche) pour trouver des textes celtiques... Grand merci à l'arbre celtique ! Je vais pouvoir combler un peu mes lacunes, en ce qui concerne Taliesin, déjà, et quelques autres textes aussi, d'ailleurs... 

Passons à la suite...

Le sermon de St Gildas "De exidio Britanniae" (La ruine de la Grande-Bretagne) m'est également encore inconnu. C'est pourtant, semble-t-il, une source importante et qu'il me faudra impérativement consulter. Cliquez ICI pour Wiki. Cliquez ICI pour le texte de Gildas en anglais. Et là (cliquez ICI), il est question d'une traduction de Gildas dont j'ai, après recherche, réussi à savoir qu'elle était parue en 2001 et d'un autre livre, qui a l'air, lui aussi très inéressant... Piste à explorer.

Au XII° (1135 selon certains, 1138 selon d'autre, entre les deux, ailleurs, 1136 si j'en crois l'Arbre Celtique), le moine Geoffroy de Monmouth, faisant preuve d'une rigueur rare à l'époque, rédige la "Historia Regum Brittanicae" (Histoire des rois de Bretagne) (disponible en librairie, ou sur commande, sauf si mon exemplaire était un des derniers) . Une oeuvre beaucoup plus longue que la "Vie de Merlin", écrite pas le même dix ans plus tard... Et moins agréable à lire, de mon avis personnel. C'est en effet une chronique dans toutes les règles du genre, c'est à dire une relation rigoureuse mais pas toujours exacte (les chroniqueurs d'autrefois étaient plus des écrivains que des chercheurs). L'ouvrage m'a semblé émaillé, surtout concernant cette très longue généalogie et l'histoire des ancêtres des rois les plus importants du récit, d'emprunts à la littérature gréco-latine et au légendes chrétiennes. Ecrit par un auteur celte, dédié à un roi normand (Etienne), dans un pays dont l'élite sociale était depuis longtems saxonne, le livre a, cela a déjà été dit, des relents revendicatifs. Il s'achève avec la demande que les auteurs qui parleront des rois saxons n'évoquent pas les rois bretons, n'ayant pas sous la mains les sources dont dispose Geoffroy pour son livre à lui. Nous sommes ici en 1135-37, soit une soixantaine d'années après la conquête de la (Grande) Bretagne par les normands... Mais d'assez longues anées avant que Henri Plantagenêt, devenu roi, aie l'idée  un peu saugrenue de se positionner en successeur d'Arthur (il est pourtant normand).

On a ici la généalogie complète des rois de Bretagne d'origine bretonne, avant et après Arthur (il y en a très peu après lui), ainsi que l'histoire détaillée de la période du traitre Vortingern (qui s'étale sur trois règnes), du règne d'Uther et du règne d'Arthur. Il y a trop à dire... A l'occasion, il faudra que je fasse des articles séparés. Je note pourtant qu'Uther est un roi SENSATIONNEL. On notera aussi que Geoffroy, dans l'affaire "Ingern", a donné à Uther des scrupules quasiment cornéliens. Ce qui ne l'empêche pas, une fois qu'elle est veuve (il n'y est d'ailleurs pour rien) de filer le parfait amour avec elle. Quand à son attitude, vieillissant... Quel roi ! Quel roi ! Mais il laisse la tâche inachevée. Son fils lui succède (sans difficulté notable). Arthur, donc, chasse les saxons. Ah tiens ? Et il ne s'en tient pas là. Le voilà parti à la conquête du Danemark, de la Norvège, de la Gaule... Sous couvert de porter assistance, bien sûr, mais on sent la domination féodale qui pointe son nez, dans ces guerres-là. L'assistance militaire fait partie des droits et devoirs seigneuriaux et celui qui demande aide doit en retour assistance sous une forme ou une autre.

Au passage, il se querelle un coup avec l'empereur de Rome qui n'aime pas trop tout ça. Toutes ces conquêtes s'agrémentent de luttes contre les géants et de protection aux chrétiens contre les vilains païens. On en est là quand il est avisé que l'amant de sa femme lui a piqué son trône en son absence. Non, je ne pas de Lancelot. Je parle de Mordred, qui est aussi le neveu du roi (la faute n'en est que pire!). Bataille... Guenièvre va s'enfermer au couvent. Arthur doit mener d'autres batailles (moins glorieuses, c'est le temps du déclin, dirais-je!), puis meurt en laissant le trône à un autre de ses neveux (heureusement qu'il n'en manque pas).

Autre élément très important de ce livre : les prédictions faites par Merlin étant enfant. On en profite, au passage, pour apprendre que sa mère est nonne et fille de roi. Chez Nennius, ai-je cru comprendre, il y avait contradiction entre "enfant sans père" et "fils de patricien". Il s'agit d'un très long passage qui, pour le début, se rapporte à Vortingern et à des faits immédiats, puis aux temps d'Uther et à ceux d'Arthur, inclut des éléments mystérieux sans aucun rapport avec les saxons, mais ancrés dans les mémoires depuis longtemps au temps de Geoffroy. Se poursuit avec l'asservissement des saxons par les normands (déjà là) et se poursuit encore et encore... Très longtemps et de façons très obscure.

Mais une chose est certaine: Geoffroy, à un autre passage, déclare ne pas rapporter un oracle parce qu'il ne croit pas à ce qui a été dit. Il faut donc penser qu'il accorde foi aux prédictions de Merlin et invite ses lecteurs à en faire autant.

 

 

 

Quand à la "Vita Mirdini" (disponible en librairie, ou sur commande) c'est un conte initiatique dont la trame principale s'éloigne beaucoup des histoires de lutte bretons-saxons et des questions éventuellement politiques, car vraiment, la folie de Merlin le conduit à ne plus avoir aucun rôle dans les histoires humaines. Il n'entre en contact avec ce monde-là que de façon épisodique, tandis que les faits de guerre se déroulent pour la plupart très loin de lui et sans qu'il s'en soit occuppé. Un texte où le merveilleux est présent, quoique délicatement christianisé, mais sans contradictions de l'oeuvre avec elle-même.

Le livre raconte comment Myrdin, roi et chef de guerre, devenu fou et devin à la suite d'une bataille, se met à fuir les hommes, préférant vivre dans la forêt et à prophétiser. Ce n'est pas un personnage unificateur des celtes, ni rattaché au Bien ou au Mal. Il est détaché de toute logique humaine. Les luttes contre les saxons ne l'intéressent plus. Il est devenu un "innocent", un être proche des animaux par le fait qu'il n'a pas l'uage de la raison, et par là même, tout à la fois plus proche de Dieu et plus fragile aux attaques des démons. C'est sûrement là qu'est la logique de l'histoire et en même temps sa non-logique. Il ne faut pas chercher. Il faut abandonner la Raison.

Les gens qui furent autrefois les proches de Myrdin sont le lien entre lui et le reste du monde. Ce sont eux qui tentent de le ramener à une vie normale et recueillent ses prédictions. Sa guérison n'aura cependant lieu qu'à la veille de sa mort. C'est alors sa soeur qui prend sa place (le don de divination devait être héréditaire?).